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Politique

Acte XVIII

Castaner sur la sellette, le préfet de Paris sert de fusible

L’ampleur et la radicalité de l’acte XVIII ont fait l’effet d’une douche froide au sein du gouvernement. Ne pouvant désavouer Castaner, qu'il a lui-même nommé, Macron a besoin d’un fusible pour conserver, pour le moment, Castaner à son poste.

mardi 19 mars

Crédits photo : Frederick Florin / Reuters

Alors que Macron et son gouvernement pensaient déjà pouvoir enterrer le mouvement des Gilets Jaunes, ce qui s’est notamment traduit par le départ de Macron au ski pendant l’acte XVIII, et la virée nocturne de Castaner le soir même de l’acte précédent, les manifestations qui ont eu lieu les ont brutalement ramenés à la réalité.

Alors même que Castaner déclarait que le mouvement des Gilets Jaunes « n’existe plus », le caractère massif et radical de la mobilisation de samedi le contredisaient totalement. Les médias dominants eux-mêmes l’ont fait mentir en faisant leurs choux gras des images de boutiques enflammées aux abords des Champs-Élysées, à commencer par le Fouquet’s.

La débâcle sécuritaire, confinant à l’humiliation, constitue une atteinte directe à l’autorité de l’état – en conséquence, c’est Christophe Castaner lui-même qui sort fragilisé, comme l’écrit François Fressoz dans un édito du monde : « Le premier, le plus immédiat a trait à l’autorité. L’Etat régalien a été de nouveau défié. A qui la faute ? La question tombe au plus mauvais moment pour Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, qui a vécu son baptême du feu avec le mouvement des « gilets jaunes », a promis à chaque fin de manifestations « la plus extrême fermeté » à l’égard des casseurs, mais peine à s’imposer comme « le premier flic » de France. Les magazines people Voici et Closer ont publié cette semaine des photos de lui dans une discothèque parisienne la nuit du 9 et 10 mars, après la dix-septième journée de mobilisation des Gilets jaunes. « Soirée privée a-t-il fait valoir. Mais un ministre aussi exposé a-t-il encore droit à un espace privé pour décompresser ? »

En effet, alors que la colère jaune est loin de s’éteindre, les premières réponses du gouvernement n’ont pas tardé : un nouveau tournant ultra-répressif, annoncé notamment par Edouard Philippe ce lundi, et qui se traduit par toute une série de mesures telles que l’interdiction de manifester sur les Champs Élysées mais aussi sur des places symboliques de Toulouse et Bordeaux ; l’utilisation de drones et de marqueurs chimiques…

Mais, impossible pour Macron de désavouer celui qu’il a appointé lui-même. De plus, en l’absence de remplaçant, et au vu de la période de crise, impossible pour le gouvernement de faire sauter Castaner pour le moment. C’est donc un fusible qu’il fallait trouver. « Un fusible dans l’administration (le préfet de police de Paris), l’interdiction des Champs-Élysées et des sanctions renforcées, le tout annoncé par Édouard Philippe, voilà qui ressemble aussi à un système de protection du ministre de l’Intérieur » écrit Cécile Cornudet dans un édito pour les Echos. En effet, Le premier à en faire les frais a été le préfet de Paris, limogé sans autre forme de procès, responsable d’après l’exécutif d’un manque de fermeté dans le maintien de l’ordre et d’un dysfonctionnement dans « l’exécution de la stratégie décidée par le gouvernement ». Nulle mention évidemment aux nombreuses victimes de violences policières depuis le début de la mobilisation.

Mais d’après des sources gouvernementales, et même si Edouard Philippe a annoncé lundi qu’il n’en avait jamais été question, Castaner n’est pas passé loin d’être lui-même remercié. En effet, dans le contexte de polarisation croissante, le premier flic de France pourrait faire office de fusible idéal.

Interrogé mardi à ce propos sur France Inter, Christophe Castaner déclare n’avoir jamais songé à démissionner : « J’ai échangé avec Emmanuel Macron samedi toute la journée, je l’ai vu samedi soir, j’ai échangé avec lui à plusieurs reprises dimanche, je l’ai encore vu hier ». Mais le terme « d’échange » avec le président semble ici être un euphémisme.

En effet, plusieurs journalistes rapportent que sous la pression de l’opposition, il se serait pris un méchant soufflet. « Macron lui a remonté les bretelles avec une très grande sévérité, en mode ’y’en a marre’, raconte une source proche du gouvernement. C’était tendu et limite désagréable ».

Castaner est passé à deux doigts du limogeage et il joue aujourd’hui son va-tout. « Christophe Castaner, conforté par ses pairs, peut-il être celui-là ? Peut-il casser le procès en incompétence que l’opposition lui intente, et imposer sa légitimité abîmée sur ses troupes ? Désormais commence son acte II » écrit Cécile Cornudet dans le même édito. Un membre de l’exécutif a même déclaré : « Il va falloir assumer, même si un black bloc qui met le feu au Fouquet’s s’en prend une et finit tétraplégique ». En d’autres termes, le premier flic de France doit aujourd’hui faire ses preuves en renforçant encore le dispositif répressif qui a déjà engendré des centaines de blessés et de mutilés, et des milliers d’interpellations, allant jusqu’à évoquer l’idée d’assumer une escalade répressive toujours plus violente, au risque de voir se multiplier encore les blessés graves, sans quoi son départ ne serait plus qu’une question de temps.




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