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Politique

Nouvelles mesures liberticides ?

Castex contre l’anonymat : « Les réseaux sociaux, c’est le régime de Vichy »

Dans une interview donnée au Parisien, Jean Castex s'est attaqué à l'anonymat sur les réseaux sociaux, qu'il juge « très choquant » du fait qu’il ouvrirait la porte aux « fausses informations ». En pleine affaire Darmanin, le nouveau premier ministre a comparé l'anonymat sur les réseaux au régime de Vichy.

jeudi 16 juillet

Alors que les premiers effets de la crise économiques se font ressentir, que le gouvernement est fragilisé et sous le feu des critiques concernant sa gestion catastrophique de la crise sanitaire et plus généralement sa politique antisociale, la colère des soignants et le mouvement contre le racisme d’État et les violences policières en témoignent, ce dernier approfondit toujours plus sa politique répressive et sécuritaire.

Ainsi, ce mercredi, lors de son discours de politique générale, Castex a mis en avant la nécessité de la « lutte contre l’islamisme » et contre les « minorités ultra-violentes [qui] s’en prennent aux forces de sécurité », dénonçant par la suite la pseudo « impunité » de la « petite délinquance » pour annoncer la mise en place de « juges de proximité spécialement affectés à la répression des actes d’incivilités du quotidien. ».

Quelques heures avant, alors qu’il répondait à des questions de lecteurs du Parisien, ce dernier a ouvert la voie à une prochaine attaque liberticide. Ce dernier s’en est pris au principe d’anonymat sur les réseaux sociaux. Son objectif : attaquer le droit de rester anonyme sur les réseaux sociaux, ce dans le but de « lutter » contre « la propagation de fausses informations ». En réalité, à l’instar de la loi anti Fake-News qui avait été instaurée en 2018, en plein mouvement des Gilets jaunes et pour les élections européennes, ces mesures n’ont d’autre rôle que celui de renforcer la possibilité de censurer toute publication mettant en cause le gouvernement et ses intérêts.

Il n’est pas anodin que ces annonces interviennent en plein cœur du scandale autour de Gérald Darmanin, nommé ministre de l’Intérieur alors qu’il est sous le coup d’une enquête pour viol et harcèlement sexuel. Une nomination lourdement critiquée et dénoncée, dans la rue mais aussi sur les réseaux sociaux, notamment par nombre de collectifs et de militantes féministes.

Face à cette situation, les membres du gouvernement, à travers Emmanuel Macron mais aussi Jean Castex et Marlène Schiappa, anciennement secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes, ont montré leur soutien à Darmanin, en se posant comme les défenseurs de « la présomption d’innocence ». Macron ayant réitéré sa confiance dans le Ministre de l’Intérieur : « J’ai eu une discussion avec lui […] il y a aussi une relation de confiance, d’homme à homme si je puis dire ». Même argumentaire du côté de Marlène Schiappa. Une discussion qui permettrait donc de dédouaner le premier flic de France et de clamer son innocence.

Et c’est dans ce contexte, où le gouvernement défend corps et âme son soldat épinglé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines autour de cette enquête pour viol, que Jean Castex fustige l’anonymat sur les réseaux sociaux. Le présentant comme un outil qui laisserait la place à la « délation », aux « fausses informations », et qu’il faudrait donc combattre. Pour imager ce danger de la « délation » que le gouvernement entend défendre, Jean Castex est allé jusqu’à comparer, non sans un cynisme et un mépris considérable, l’utilisation de l’anonymat sur les réseaux sociaux au régime de Vichy.

En effet, ce dernier a osé affirmé ceci : « Il y a quelque chose de choquant, c’est l’anonymat. On peut vous traiter de tous les noms, de tous les vices, en se cachant derrière des pseudonymes. Dans ces conditions, les réseaux sociaux c’est le régime de Vichy : personne ne sait qui c’est ! ». Un parallèle absurde et cynique, qui tend à criminaliser les internautes qui véhiculeraient de « fausses informations ». Outre ce parallèle inapproprié, qui représente une insulte pour l’ensemble des personnes qui ont vécu et ont été victimes de la seconde guerre mondiale et du régime de Vichy, il faut aussi dénoncer l’instrumentalisation de la part du gouvernement du concept de « Fake news » pour en réalité faire taire et criminaliser toute opposition politique, position mettant en cause la politique et les membres du gouvernement.

L’ensemble de l’interview de Castex est par ailleurs éclairante à ce propos puisqu’il pose les possibilités d’une prochaine attaque liberticide remettant en cause le droit à l’anonymat au regard de la confiance qui s’est perdue entre la population et le gouvernement. « Le complotisme, la circulation de fausses informations, cela reflète le fait qu’une partie de notre société ne fait plus confiance aux pouvoirs publics, à ’ceux qui gèrent’. Aujourd’hui, les gens se disent spontanément que les politiques mentent » a-t-il affirmé.« À la tête de ce gouvernement, ma modeste contribution sera justement d’essayer de restaurer la confiance ».

Le moyen qu’il compte utiliser pour « restaurer la confiance » entre population et gouvernement, à l’heure où ce dernier est de plus en plus fragilisé et décrié, autant en interne que dans la rue, consiste donc à étouffer le plus possible toute contestation politique et chaque affaire qui pourraient le fragiliser davantage. Ce dans la droite lignée de la politique autoritaire et répressive qu’il mène depuis le début du quinquennat afin de compenser la fragilité de sa base sociale et de sa légitimité.

En effet, la macronie a tenté à maintes reprises de contrôler toujours plus l’information, et in fine l’information qui la dérange et qui s’oppose à elle. Ainsi, fin décembre 2018, en plein mouvement des Gilets jaunes et alors que ces derniers avaient remis profondément en cause Macron et la politique de son gouvernement, il avait fait adopter la loi anti Fake News dans le cadre des élections européennes de mai 2019. Ainsi, les trois mois précédant un scrutin électoral, le juge des référés avait donc la possibilité de faire suspendre la diffusion d’une information en moins de 48h. Comme nous l’avons vu, cette loi n’a jamais inquiété des membres du gouvernement qui ont par ailleurs été friands de Fake News lors de cette période, à l’instar de Christophe Castaner et de son mensonge autour de l’hôpital de la Pitié-Salpetrière.

Lors de la même période, le gouvernement a réprimé et tenté d’intimider à maintes reprises, à coups de garde à vue, des journalistes indépendants qui couvraient les mobilisations des Gilets jaunes et dénonçaient les violences policières, à l’instar de Gaspard Glanz. Toujours au sujet des violences policières, Christophe Castaner a voulu étouffer cette réalité, aujourd’hui largement dénoncée et mise sur le devant de la scène, en voulant restreindre le droit de filmer les policiers et rendre obligatoire le floutage systématique de ces derniers.

Toujours pendant la lutte des Gilets jaunes, Emmanuel Macron s’était par ailleurs déjà prononcé pour une « levée progressive de l’anonymat ». Un discours repris aujourd’hui par son premier ministre, à l’heure du tout sécuritaire et où les réseaux sociaux représentent déjà un terrain où la répression s’exprime.

En effet, comme nous l’avions dénoncé à l’époque, en 2019, plusieurs pages critiques de la Macronie ont été concernées par des opérations de censure (comme celle de NordPresse), voire de fermeture (comme celle de Rouen dans la Rue). Sans savoir si elles sont liées à une intervention du gouvernement, ces opérations ont déjà donné un avant-goût de ce que pourrait devenir le contrôle du web avec les nouvelles dispositions prises par le gouvernement ces dernières années et qu’il va probablement approfondir.

Ainsi, si Jean Castex a affirmé qu’il ne pensait pas proposer de loi dans l’immédiat, mettant en avant d’autres priorités, entre autres la gestion de la crise et la volonté de maintenir les intérêts du patronat dans ce contexte économique, il a indiqué que c’est « un sujet dont il va falloir que l’on s’empare ». Quand on voit que le gouvernement compter accélérer sa politique répressive et sécuritaire et qu’il a essayé il y a quelques semaines d’imposer la loi Avia (la mal nommée loi Anti-haine), par la suite retoquée par le Conseil d’Etat du fait de son aspect liberticide et des possibilités de censure qu’elle risquait d’engendrer, il faut en effet s’attendre à de nouvelles mesures répressives et liberticides.

Si le gouvernement n’a jamais cessé depuis le début du quinquennat, d’adopter des mesures liberticides et répressives pour étouffer la colère qui gronde contre lui, le contexte actuel, économique et sanitaire, va approfondir les éléments de contestation et de luttes de classes, affaiblissant toujours plus la macronie. La répression risque dès-lors de s’accentuer. Articulée à la lutte pour préserver nos acquis et ne pas avoir à payer la crise économique, la lutte pour la défense de nos droits démocratiques sera donc centrale.




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