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Monde

Tournant répressif

Catalogne. Détention d’activistes indépendantistes sous l’accusation de terrorisme

Dans le cadre du tournant réactionnaire qui s’opère dans l’Etat espagnol, ce lundi 23 septembre, la Guardia Civil espagnole a arrêté neuf personnes soupçonnées d'actes terroristes, de rébellion et de sédition, dans plusieurs localités de Catalogne.

mercredi 25 septembre

Après avoir durement réprimé les plus de deux millions de catalans qui ont lutté pour mettre en place un referendum d’autodétermination en septembre 2017, l’État espagnol entamait en février dernier un procès politique contre 18 dirigeants indépendantistes. Carlos Lesmes, le président du Tribunal Suprême de Madrid, affirmait que ce procès politique était « le plus important que nous ayons organisé depuis [le rétablissement de] la démocratie » après la mort du dictateur Francisco Franco. En effet la volonté d’écraser le mouvement démocratique catalan s’inscrit dans un processus de « restauration conservatrice » où l’État espagnol vise à refermer la crise que traversent la monarchie, le régime politique et ses institutions, par la réaction.

C’est dans ce contexte d’instabilité où la sentence de ce procès devrait tomber dans les prochaines semaines que s’inscrivent les détentions de ce lundi 23 septembre. Devant un scenario qui se prévoit agité avec la répétition des élections générales, l’anniversaire du referendum du 1er octobre et l’annonce d’une sentence judiciaire probablement très dure, l’Etat espagnol s’apprête à marquer le ton en durcissant la répression.
Les opérations de police de ce lundi matin ont été effectuées sous l’ordre du Tribunal National espagnol (Audiencia Nacional), héritier direct du Tribunal de l’Ordre Public, une ancienne institution chargée de juger les crimes de sédition, de rébellion, de désordre public et de propagande illégale sous le régime franquiste. Les activistes catalans, membres des Comités de la Défense de la République (CDR, cadres d’auto-organisation lancés lors du premier octobre 2017), ont été accusés de terrorisme, de sédition et de rébellion et ont été placés sous le régime de la Loi antiterroriste, c’est-à-dire sous un régime d’incommunication qui oscille entre les 24 et les 48 heures.
Dans le but de préparer l’opinion publique à une nouvelle intervention politique et éventuellement policière sur la Catalogne pour cet octobre, la Guardia Civil a publié une vidéo – ensuite diffusé sur tous les médias du régime – des fouilles montrant le matériel présumé pour créer des explosifs. Cependant, le lieu dont ils ont publié les images sert d’entrepôt pour des pièces pyrotechniques des fêtes populaires de la ville de Sabadell, qui s’étaient déroulées une semaine auparavant. Un montage évident du côté de la police et des instances judiciaires prétendant faire passer ce matériel pyrotechnique pour des armes et des indices d’une organisation terroriste. Cette manière de procéder sans preuves du côté de la police et du pouvoir judiciaire est une manière habituelle, qu’on avait déjà pu voir au Pays Basque, pour écraser la contestation politique. Il y a un an deux autres activistes indépendantistes des CDR, Tamara Carrasco et Adrià Carrasco, ont également été accusés de terroristes. Deux ans plus tard, il a été démontré qu’ils étaient innocents.

Contre cette nouvelle tentative d’en finir avec le mouvement démocratique catalan par le biais d’opérations judiciaires et policières clairement politiques, les CDR se sont immédiatement mobilisés en réponse. D’abord à Sabadell, qui a été le centre des opérations policières et judiciaires mais également dans d’autres villes et endroits de la géographie catalane. La mobilisation immédiate de plusieurs dizaines de milliers de personnes, ainsi que la mobilisation massive de ce 11 septembre avec plus de 600.000 manifestants, montre que le mouvement catalan est toujours vivant, malgré la répression de l’Etat espagnol et la politique des directions d’Esquerra Republicana per Catalunya (ERC) et Junts per Catalunya (JxCat) qui tentent de le pacifier.




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