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Catastrophe climatique : jusqu’à 11 000 décès dus à la canicule cet été

L’Insee vient de rendre public un premier recensement des décès survenus au cours des derniers mois qui fait apparaître une mortalité nettement supérieure à celle des dernières années, avec des pics coïncidant avec les vagues de chaleur qui se sont succédées cet été. Une terrible manifestation du changement climatique qui va avant tout affecter les plus précaires et les plus fragiles.

vendredi 9 septembre

Selon les dernières estimations de l’Insee parues le 2 septembre dernier, plus de 11000 décès supplémentaires auraient été enregistrés entre le 1er juillet et le 22 août comparé à la même période de l’année 2019, qui avait elle aussi connu un été caniculaire. On constate également une hausse des décès comparé aux années 2020 et 2021, marquées pour leur part par la pandémie de covid-19.

Les chiffres sont encore pour le moment à confirmer en y ajoutant les décès survenus au cours de la dernière semaine d’août et en tenant compte de l’effet du vieillissement de la population, qui tend à élever le taux de mortalité indépendamment d’autres facteurs. Le bilan définitif devrait être publié le 30 septembre prochain. Toutefois le lien avec la canicule semble manifeste : les pics de surmortalité suivent les vagues de chaleurs successives qui ont été enregistrées au cours de l’été. Les décès liés à la chaleur sont difficiles à comptabiliser car elle n’est généralement pas la cause directe du décès.

Mais déjà au cours de l’été, plusieurs morts au travail directement causées par la chaleur ont été recensés. Les fortes chaleurs augmentent aussi le risque d’accident du travail, accidents auxquels ce sont les ouvriers qui sont les plus exposés en raison de leurs conditions de travail.

Au-delà du risque professionnel, on a pu constater au cours de la canicule de 2003 que le facteur économique était déterminant dans la mortalité liée à la vague de chaleur. La climatisation et la ventilation peuvent être inaccessibles aux personnes âgées ayant les revenus les plus modestes, à Paris 41% des personnes décédées lors de la canicule de 2003 vivaient dans un logement doté d’une seule pièce, souvent avec une seule fenêtre, et un tiers vivait dans un appartement sous les toits. On constatait d’ailleurs que la carte de la surmortalité à Paris lors de la canicule de 2003 se superposait largement à celle des inégalités de revenus. Enfin on sait aussi que les facteurs de risque de décès lié à une forte chaleur sont davantage présents au sein des classes populaires : par exemple des bas revenus ou le fait d’être au chômage sont des facteurs de risque connus d’infarctus du myocarde.

Les épisodes de fortes chaleurs sont amenés à devenir de plus en plus fréquents en raison du réchauffement climatique et les étés meurtriers comme celui de 2022, ou comme celui de 2003 qui avait causé près de 19 500 décès risquent de devenir habituels sans un changement radical du mode de production, responsable des émissions démesurées de gaz à effet de serre. Dans une étude parue en 2021, « The Mortality Cost Of Carbon », l’économiste Daniel Bressler calculait ainsi les morts entraînés par l’émission d’un million de tonnes de CO2, en raison du réchauffement planétaire qu’il cause. D’après lui, 1 million de tonnes émises en 2020 causeraient 226 décès supplémentaires d’ici à la fin du siècle. Les 11 000 décès qui seraient liés à la canicule de cet été en France sont une illustration brutale de cette réalité.
Seulement 90 entreprises sont responsables de deux tiers des émissions de CO2 au niveau mondial et ce sont les 1% les plus riches qui émettent en moyenne 70 fois plus de gaz à effet de serre que les 50% les plus pauvres. Des chiffres qui rappellent qui sont les responsables de morts de la canicule et qu’un système entier est à combattre.



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