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Monde

Levée des brevets !

Catastrophe sanitaire en Inde : maintenir les brevets sur les vaccins est un crime !

L’Inde est en proie à une résurgence forte du Covid qui plonge les habitants dans le Chaos. Si cette crise a été analysée comme directement liée à la politique irresponsable d’extrême droite du gouvernement indien, elle est également la conséquence directe du comportement des pays les plus riches, et de la propriété privée des brevets sur les vaccins.

mercredi 28 avril

Crédits photo : AFP

Une situation chaotique

En proie à une résurgence dramatique du Covid, l’Inde a annoncé plus de 350 000 nouvelles contaminations et 2 812 morts du virus ce lundi d’après le monde. Ce dimanche, le pays de presque 1.4 milliards d’habitants comptait 40% des nouvelles contaminations mondiales. Au total, le pays approche les 200 000 morts de l’épidémie. Ces chiffres officiels sont sans doute très sous-estimés. Le monde explique ainsi que la presse locale a montré à plusieurs reprises que les données officielles ne correspondaient pas à l’explosion du nombre de personnes incinérées. A ce sujet, Joseph Boillot, chercheur à l’institut IRIS va jusqu’à affirmer que « les derniers chiffres, il faut les multiplier par 30, pour faire simple ».

Les malades meurent dans les files d’attentes devant les hôpitaux en raison du manque de lits, d’oxygène et de médicaments. A new Delhi, la ville la plus touchée, les crématoriums sont surchargés et les bûchers funéraires sont allumés par milliers dans les rues, les jardins et les parcs publics. Après l’oxygène qui aurait pu les sauver, c’est le bois pour incinérer les victimes qui vient à manquer. Parallèlement, les familles des malades se retrouvent obligées de chercher oxygène et médicaments sur le marché noir à prix d’or

La pharmacie du monde en feu

Avant la crise du Covid, l’Inde était le plus gros producteur mondial de vaccins- et elle s’est également imposée comme un important producteurs de vaccins contre le covid 19 notamment avec le Serum institute, plus grand fabricant de vaccins au monde. En effet, elle produit 62 % des vaccins mondiaux et fournit en vaccins l’OMS à hauteur de 70%.

Mais ces capacités sont bridées en raison de « droits exclusifs et des monopoles sur leurs vaccins respectifs des entreprises pharmaceutiques » comme l’affirme la People’s Vaccine Alliance, citée par Oxfam ou encore de l’embargo criminel sur les constituants de vaccins excercé par les Etats-Unis, que la maison blanche s’est très récemment engagé à lever devant l’ampleur de la catastrophe.

Le pays surnommé « La pharmacie du monde » se retrouve dans une situation gravissime, dont les causes ont majoritairement été analysées comme étant la politique arrogante et démagogique du premier ministre, Narendra Modi, comme par exemple dans un édito récent du monde, qui l’accuse d’avoir tenu des meetings géants sans gestes barrières, avoir permis le pèlerinage de la Kumbh Mela ou encore privilégier la distribution diplomatique d’une partie des doses de vaccins.

Résumée de manière simpliste, la situation illustrerait « les ravages du populisme, partout où des marchands d’illusions prospérant sur les inégalités parviennent à vendre aux électeurs leurs promesses de salut fondées en réalité sur le nationalisme et l’ignorance ». Comme nous l’affirmions hier : « le gouvernement d’extrême-droite en place en Inde a bien une grande part de responsabilité du fait d’avoir nié les risques d’une potentielle deuxième vague, afin de préserver l’économie au détriment de la santé des travailleurs ».

En effet, le gouvernement avait transformé les vaccins en un outil d’influence permettant de concurrencer la puissance de la Chine en les fournissant gratuitement ou à prix réduit au Bangladesh, Bhoutan, Népal, Sri Lanka, Birmanie ou encore aux Maldives, au Brésil ou en Egypte. Mais cette analyse passe sous silence la responsabilité des puissances impérialistes, qui s’affichent en sauveurs de la population indienne mais également des firmes pharmaceutiques qu’elles soutiennent. A ce qu’il faut ajouter la dépendance économique de l’Inde vis-à-vis des puissances occidentales et à sa place dans le capitalisme mondial comme manne de main d’œuvre bon marché. Avec 90% des travailleurs dans le secteur informel selon la Banque Mondiale Blogs, les mesures de confinement et de couvre-feu ne sont réalisables que pour une très petite minorité de la population indienne.

10 pays concentrent 75% des vaccins administrés

Les puissances impérialistes accaparent les vaccins. Leur responsabilité directe dans la situation est alors fortement engagée. Nous écrivions la semaine dernière que selon l’OMS, « parmi les quelques 200 millions de vaccins administrés au niveau mondial, 75% l’ont été dans 10 pays. D’un autre côté, 130 pays, où vivent plus de 2,5 milliards de personnes, n’ont pas reçu un seul vaccin ». Dans un communiqué de février, Oxfam insiste également : « Plus de 108 millions de personnes ont été vaccinées à ce jour à travers le monde, mais seulement 4% du total des vaccinations l’ont été dans des pays en développement, dont la grande majorité en Inde ». Également, 82% de la production de Pfizer et 78% de la production de Moderna sont ainsi détenus par les premières puissances mondiales.

L’express explique aussi que « 29 pays les plus pauvres - comptant 9% de la population mondiale - ne représentent que 0,1% des vaccinations. ». L’Union Européenne s’est engagée à l’achat de presque 2,6 milliards de doses pour une population totale de 600 millions d’habitants.

Non content d’accaparer les doses, les puissances impérialistes défendent également les brevets sur les vaccins. Alors que, comme écrit dans l’humanité, « Depuis des mois, au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Inde réclame, en partenariat avec l’Afrique du Sud et avec le soutien d’une centaine de pays parmi les plus pauvres, la mise en place d’une dérogation temporaire aux brevets sur les vaccins, les médicaments et toutes les technologies utiles contre le Covid-19 », les puissances principaux pays impérialistes comme le Royaume-Uni, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne avaient refusé sous prétexte que « les brevets encouragent la recherche et le développement des médicaments ».

D’après l’UNICEF, citée par Oxfam, « seulement 43% des capacités mondiales de production de vaccins COVID-19 sont actuellement utilisées pour produire des vaccins qui ont été validés ». En Inde, 20 autres producteurs de vaccins autre que le Serum Institue pourraient participer à la production mais en sont exclus car l’accès aux technologies en œuvre et aux licences de propriétés intellectuelles leur sont refusés. En s’accaparant ce capital intellectuel, les firmes pharmaceutiques comme Moderna et Pfizer/BioNTech se garantissent des profits faramineux au détriment de la santé mondiale, et ce alors qu’elles ont touché des sommes importantes d’argent public pour le développement des vaccins. En effet, d’après la BBC « un rapport publié en février dans la revue médicale The Lancet montre que les producteurs de vaccins ont reçu quelque 10 milliards de dollars de fonds publics et à but non lucratif pour financer leurs vaccins. Et ce chiffre, selon le rapport, est peut-être sous-estimé car une grande partie des données sur ces projets n’est pas publique ».

Le prix des vaccins comme celui de nombreux autres médicaments est fixé lors de négociations entre les Etats et les laboratoires, le prix finalement adopté s’éloignant très souvent du coût de revient réel du vaccin et s’approchant du prix potentiellement supportable par l’acheteur. Dans ces conditions, limiter la production et se concentrer sur les pays les plus riches peut s’avérer une stratégie gagnante pour les producteurs. En ce sens, les entreprises pharmaceutiques sont le pan légal et généralisé du marché noir qui fleurit à New Delhi.

L’échec de Covax, ou la ruine de la bonne conscience impérialiste

Cette situation sanitaire désastreuse montre enfin l’échec du dispositif Covax, partenariat public-privé mis en place par l’OMS censé permettre de lutter contre les inégalités dans la répartition des vaccins entre pays riches et pauvres. En effet après que le démarrage de la campagne de vaccination, guidée par la concurrence économique entre puissances et les intérêts des laboratoires détenant les brevets du vaccin, ait dévoilé l’hypocrisie des beaux discours sur la « distribution abordable et équitable du vaccin » des pays du G20, Covax est venu dissimuler « l’apartheid vaccinal » et refaire une bonne conscience aux pays accaparant les vaccins. Au contraire des conséquences de la levé des brevets, qui permettraient d’utiliser pleinement les capacités de production disponibles, le Covax est un accord bilatérale dans lequel les laboratoires continuent à avoir la main, entre autres, sur le nombre de doses produits

Ainsi l’Inde, important producteur de vaccins distribués par ce dispositif avec un engagement de 1.1 milliard de doses sur les 2 milliards de doses prévus sur 2021, peine à vacciner sa population et met aujourd’hui en place une politique de priorisation nationale avec notamment l’interruption de l’exportation des vaccins AstraZeneca. Cette nouvelle fragilise à l’extrême le dispositif Covax en le privant d’un producteur principal. Cette situation montre toutes les limites et l’hypocrisie des états impérialistes, qui se donnent bonne conscience en finançant pour partie ce programme tout en ayant créé sa nécessité et en agissant sciemment dans le sens de son échec.

Face à l’urgence de la crise, le dispositif Covax s’est avéré inefficace et ridicule. La production et la répartition des vaccins ne peuvent être laissées dans les mains des organisations gouvernementales au service des grandes puissances ni des laboratoires pharmaceutiques qui ne cherchent qu’à conserver leurs profits. Pour répondre réellement à l’urgence et à l’ampleur de la crise, il faut abolir les brevets et nationaliser les industries pharmaceutiques sous contrôle ouvrier pour relancer la production et permettre une vraie planification sensée et égalitaire de la stratégie vaccinale à l’échelle mondiale




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