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Du Pain et des Roses

Meeting des femmes en grève !

« Ce 8 mars, on se lève et on se bat ! » Elsa de Du Pain et des Roses à Nanterre

A l’occasion de la Coordination des Facs et Labos en Lutte qui se tenait à Nanterre à deux jours du 8 mars, les militantes de Du Pain et des Roses organisaient vendredi un meeting de femmes en grève, pour transmettre la mémoire du combat mené par ces « guerrières » pendant deux mois, et faire se rencontrer le monde universitaire et celles qui se sont battues contre Macron et son monde.

dimanche 8 mars

A deux jours du 8 mars, journée internationale de lutte pour le droit des femmes, et alors que le monde universitaire se met en branle contre la LPPR avec une première journée de manifestation le 5 mars très réussie, les militantes du collectif Du Pain et des Roses avaient décidé vendredi soir de faire se rencontrer les femmes qui sont aujourd’hui les protagonistes de la lutte contre Macron et ses réformes néolibérales.

« Faire un meeting de femmes travailleuses dans une université ce n’est pas juste un acte de témoignage mais un message puissant, qui veut dire que nous devons mettre tous nos savoirs, tout ce qu’on apprend en cours, toutes les élaborations théoriques qu’on produit au service des luttes, précisément pour qu’elles cessent de repartir de zéro » explique en ce sens Elsa, militante du collectif.

Contre la volonté des classes dominantes de faire perdre à notre classe la mémoire de ses luttes et donc les outils pour permettre sa victoire, il semble ainsi primordial de faire dialoguer les secteurs qui se battent… mais également que le monde de la recherche et les universités contribuent à l’élaboration d’une « récit alternatif ». Comme le note Elsa : « Notre travail et notre responsabilité c’est que la grande leçon de détermination que ces femmes nous donnent avec leur lutte ne soit pas perdue, qu’on apprenne de ce combat qu’on a tous vécus ensemble depuis le 5 décembre ».

Pour cette raison deux grévistes de la RATP, Hanane et Nadia, une gréviste du secondaire, Marion, ainsi que deux étudiantes et une chercheuse mobilisées avaient été invitées. Devant la centaine de personnes réunie, c’est d’abord Mara Montanaro, ATER et chercheuse en philosophie à Paris 8, qui prend la parole pour dénoncer la manière dont « les universités deviennent des entreprises du marché gérées par la gouvernance capitaliste ». Elle continue en insistant sur la situation des « précaires de l’Enseignement supérieur et de la recherche » qui sont « toujours confrontées à une surcharge de travail, à des rémunérations insuffisantes et à une précarisation croissante. » Mais citant une gréviste d’Ibis Batignolles, elle assène : « On ne lâche rien ! ».

De fait c’est autour d’un discours combatif que Mara Montanaro conclue son intervention car, pour elle, « la grève est encore vivante et c’est une action qui place les femmes comme sujet politique, contre la tentative systématique de réduire leur douleur à la position de victime qui devrait être réparée par l’Etat. » Pour cette chercheuse précaire, spectatrice de l’oppression que subissent les femmes dans la société capitaliste et de la précarisation et la privatisation, seule la « révolution » peut aujourd’hui permettre l’émancipation de la majorité de la population.

Comme elle, Marion, enseignante qui a fait grève aux côtés des camarades de la RATP et de la SNCF et qui lutte désormais contre les E3C et l’autoritarisme de Blanquer, a vu ses illusions détruites par la réalité des services publics aujourd’hui s’effacer devant les politiques néolibérales. Elle dénonce également « l’ambivalence d’un gouvernement qui se prétend du côté des femmes, entre un féminisme à la Schiappa ou un Blanquer qui compare Polanski à Da Vinci, en disant que si un artiste a des défauts ce n’est pas très grave en vérité ». Pour elle, seule la grève reconductible peut permettre de gagner et c’est l’enseignement qu’elle tire de ces mois de lutte face à un gouvernement qui n’a plus rien à perdre, hypocrite et faussement progressiste.

Alors que les attaques ne font que s’amplifier et que la réforme des retraites est aujourd’hui la pointe avancée de la destruction progressive de tous les acquis sociaux que la lutte nous a donné, deux grévistes de la RATP ont répondu présentes également. Des femmes qui ont mené un combat exemplaire pendant plus de deux mois et dans cette expérience fait la démonstration que « quand elles s’arrêtent, tout s’arrête ». Ainsi, Nadia, machiniste revient sur la force que ce combat lui a donné pour la suite. Ce n’est pas sa première grève mais cette fois elle a été aux avants postes, sur les piquets, préparant le brasero et manifestant en tête de cortège. Une expérience qui lui a donné envie de se battre pour ses droits en tant que femme, alors que sur son dépôt les travailleuses subissent aussi le harcèlement sexuel.

Cette année elle a décidé de manifester le 8 mars pour la première fois, elle explique : « Avant dans notre entreprise le 8 mars on nous accueillait avec une rose, mais derrière lorsqu’on avait besoin d’un changement de service d’urgence à cause de nos enfants, cela nous était refusé. ». Face à cette hypocrisie elle a décidé de prendre la rue pour s’affirmer. Pourtant, pour elle, le 8 mars doit être tous les jours, parce que l’égalité face à la vie pour les femmes est bien loin d’exister.

Hanane, conductrice de métro et gréviste a décidé de donner de l’espoir à l’audience, qui dans sa majorité a décidé de se mettre en ordre de bataille contre la destruction de l’Université. Pour elle-même si la première phase n’était pas victorieuse elle n’est qu’un pallier, qui va permettre aux prochaines luttes de gagner, parce « maintenant on sait ce qu’il faut faire, et surtout ce qu’il ne faut pas faire ! ». Elle a invité les femmes à « s’imposer » dans un monde qui veut les laisser en arrière-plan et appelé à se coordonner entre secteurs mobilisés comme elle l’a fait lors de la Coordination RATP/SNCF, parce que « notre meilleure arme c’est la grève, la grève de masse, généralisée » et que « une fois que le blocage de l’économie sera réalisé, Macron on l’aura. »

Ensuite, une militante féministe étudiante du Collectif féministe intersectionnel de l’Université de Nanterre (CoFin) a pris la parole pour dénoncer les discriminations en cours à la fac et contre « les critères élitistes » qui y sont en place. « Quand j’étais au lycée je voyais la fac comme le symbole de la méritocratie, mais je me rends compte qu’au niveau de l’éducation, tout ce qui est l’excellence est basé sur des critères bourgeois. » a-t-elle expliqué. Alors que « 40% des étudiants travaillent en parallèle de leurs études », l’illusion de l’égalité des chances est plus que fissurée et ce sont les femmes et les minorités qui en font l’expérience de la manière le plus crue.

Finalement, pour conclure les interventions c’est Elsa, militante à Du Pain et des Roses et au NPA / Révolution Permanente et étudiante à Nanterre qui a pris la parole. Pour elle le 8 mars doit être la manifestation de toutes « ces femmes qui veulent changer la société. » Alors que le contexte international de lutte a montré le rôle des femmes, à l’avant-garde des combats, que ce soit en Argentine, au Chili, en Equateur, ou au Liban, le 8 mars de cette année a un goût particulier, celui du combat mené par toutes ces femmes pour changer le monde. De fait, « malgré la torture, malgré les viols, les femmes se sont battues avec une détermination, » cette année pour revendiquer leur droit à une vie digne.

En France ce sont d’ailleurs les femmes Gilets Jaunes qui « ont montré ce que c’était que la détermination », elles « qui luttaient pour l’honneur et pour une vie qui mérite d’être vécue. » Alors que « la réforme des retraites c’est la promesse de la précarité à vie », les grévistes ont quant à elles montré que « quand elles relèvent la tête tout s’arrête, mais pour nous c’est là que ça commence »… parce que c’est à ce moment qu’enfin la perspective d’un monde sans exploitation, ni oppressions semble possible.

Elle, qui fait partie de la génération à qui on a toujours expliqué qu’une autre société était impossible a choisi son camp et ses alliés, la classe ouvrière. « Je veux me battre avec la conviction que je peux abattre le système qui nous exploite, nous opprime et qui nous tue » déclare-t-elle, convaincue que les jeunes aujourd’hui peuvent espérer mieux. C’est dans cette esprit qu’elle a conclu le meeting en appelant à ce que les femmes prennent la rue : « Pour ce 8 mars, ce que j’aurais envie de dire, en reprenant Virginie Despentes, c’est ‘’On se lève et on se bat !’’ ».