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Jeunesse

Jeunesse à l'avant-garde

Ce que la jeunesse peut apprendre de la mobilisation étudiante au Chili

Alors que le mouvement des gilets jaunes a ouvert un nouveau cycle de la lutte dans un des principaux pays impérialistes, au Chili, ce sont les étudiants et les lycéens qui mènent la mobilisation contre la vie chère et le gouvernement Pinera. Un exemple important pour la jeunesse française qui va devoir affronter aux cotés des travailleurs et gilets jaunes la réforme des retraites.

lundi 21 octobre

Crédits photos : Elvis Gonz·lez/EFE/SIPA

Une Jeunesse qui se lève contre les inégalités partout dans le monde

C’est une des coordonnées de la situation internationale que l’on peut difficilement outrepasser. Alors que s’exprime une polarisation sociale importante à l’international, la jeunesse joue un rôle prépondérant dans les différents mouvements qui se succèdent aux quatre coins du monde. Les explosions sociales, expressions d’une grave crise de la bourgeoisie internationale et du refus croissant des populations à se soumettre aux impératifs capitalistes, voient se réveiller une jeunesse qui refuse tout compromis et se lie aux travailleurs pour renverser le système.

La jeunesse mondiale avait déjà commencé à exprimer un rejet important de ce système l’année dernière avec des mobilisations massives pour le climat. Au-delà de la question de vivre sur une planète bleue, les collégiens et lycéens exprimaient aussi l’aspiration à une société plus juste, débarrassée des inégalités sociales, à l’instar des allocutions de Greta Thunberg. Le 20 septembre dernier, c’était encore plusieurs millions de jeunes qui ont marché pour sensibiliser sur la question climatique, et l’inaction des gouvernements après plusieurs mois de mobilisation commence à pousser une frange non négligeable de ce mouvement vers des actions de désobéissance civile, dont la pointe avancée a été la semaine de rébellion internationale organisée par Extinction Rebellion.

Mais les mobilisations qui se multiplient aujourd’hui et dont la jeunesse est l’étincelle expriment une radicalité qui se place directement sur le terrain de la lutte des classes en affrontement direct avec les gouvernements. En effet, si les mobilisations qui ont lieu en Algérie, à Hong Kong, en Equateur ou encore au Chili (pour n’en citer que quelques unes) sont bien sûr liées à des réformes locales et une situation politique particulière, les tendances qui se dégagent ne font aucun doute sur le retour de la lutte des classes à un niveau inédit. En premier lieu les attaques libérales qui témoignent de l’urgence pour le capitalisme mondial de se maintenir alors que la crise de 2008 n’est pas refermée et qu’une seconde se profile. Ensuite parce que depuis les gilets jaunes, les populations refusent une à une de payer cette crise à la place des riches. Également, la spontanéité et l’extreme radicalité des mobilisations est une constante partout dans le monde.
Mais aussi, la place de la jeunesse, qui constitue un secteur de la mobilisation massif, et montre une détermination impressionnante à ne pas se plier aux injonctions des puissances impérialistes et à leurs institutions.

La jeunesse chilienne comme exemple à suivre de la jeunesse à l’avant-garde

Au Chili, une rébellion populaire a explosé autour de la hausse du prix des ticket de métro, qui aurait rendu impossible pour toute une frange de la population de se payer ne serait-ce qu’un aller-retour au travail. Alors que le gouvernement misait sur une division du mouvement en précisant que le tarif n’augmentait pas pour les jeunes, les étudiants et lycéens ont quand même pris la rue en affichant un clair soutien à leurs parents et grands parents, accablés par une énième mesure anti-pauvre.

La révolte de la jeunesse ne vient pas de nulle part et est une réponse à la criminalisation dont elle a fait l’objet tout au long du mandat du président Pinera, dans la continuité de la dictature Pinochet. L’état d’urgence qu’a décrété le gouvernement avec couvre feu et militarisation du pays sont d’ailleurs une aggravation des traits autoritaires du régime, contre lesquels la jeunesse chilienne s’est massivement mobilisé en 2006 et 2011. L’expérience de ces mobilisations importantes permet d’ailleurs aujourd’hui à la jeunesse chilienne de s’appuyer sur une tradition de la lutte et d’en tirer les bilans pour ne pas se retrouver face aux mêmes contradictions. C’est en ce sens que les figures du mouvement étudiant comme Karla Peralta, militante de Vencer, appellent à l’auto-organisation pour construire une grève étudiante massive qui permettent d’appuyer celle des travailleurs et avancer démocratiquement sur les revendications à porter : "Une fois de plus, nous, les jeunes, avons démontré que nous sommes l’étincelle qui peut déclencher des mobilisations massives dans tout le pays, et Piñera le sait. C’est pourquoi il a appelé à la militarisation des rues, approuvant même l’état d’exception pour Antofagasta. Face à cela, les jeunes, nous devons paralyser nos universités et nos lycées, et renforcer la lutte. C’est pourquoi (les organisations étudiantes) et les centres d’étudiants doivent appeler à une grève générale en unité avec les travailleurs pour renverser l’état d’urgence et battre Piñera".

La jeunesse joue donc un rôle central dans la mobilisation, largement revendiqué par les autres secteurs en lutte qui se sentent renforcés par cette solidarité inter-générationelle contre l’ennemi Pinera. Et la répression honteuse que subissent les jeunes, avec des blessés par balle et 7 morts en une semaine, démontre une détermination de taille qui se fonde notamment sur la conviction d’être en capacité de gagner face au gouvernement malgré un usage des forces de répression inédit depuis la fin de la dictature en 1980.

La nécessité pour la jeunesse française de rentrer dans la danse pour le 5 décembre

Les mouvements de 2016 et 2018 témoignent d’une radicalité latente de la jeunesse française, qui ne parvient pas encore à inverser le rapport de force malgré des mobilisations importantes ayant paralysé pendant plusieurs semaines les universités et lycées. Le poids de ces défaites est bien sûr une donnée qui alourdit la capacité de la jeunesse à se projeter vers une bataille victorieuse.

Mais la jeunesse en France est forte d’une tradition étudiante d’ampleur. À commencer par Mai 68, qui est l’expression la plus aboutie des potentialités du mouvement étudiant et de sa capacité à être une avant-garde qui pallie à la frilosité des directions syndicales pour emmener le mouvement d’ensemble sur un terrain révolutionnaire. C’est aussi 1986, où la réaction massive à l’assassinat de Malik Oussekine a fait reculer le gouvernement de Chirac. C’est encore 2006, où la jeunesse s’est levée contre l’offensive libérale du CPE, avec un rôle important des lycéens.

Ces mobilisations peuvent nous permettre, comme c’est le cas au Chili, de tirer les bilans des échecs et d’avancer vers le réveil d’un mouvement étudiant combattif qui saura prendre part aux prochaines explosions sociales pour en faire des victoires pour toutes et tous. Car en france aussi, les luttes à venir ont besoin de l’étincelle de la jeunesse. Face à la réforme des retraites, la jeunesse peut jouer un rôle d’ampleur pour faire tomber le gouvernement responsable de la précarisation des classes populaires, de la répression de ceux qui luttent, et de la stigmatisation des musulman.e.s.

Le 5 décembre peut constituer pour les nouvelles générations une "répétition générale", un tremplin vers la victoire sur toute la ligne du mouvement contre Macron et le système pourrissant contre lequel nous nous battons déjà depuis des mois à travers les mouvements pour le climat. Comme à Santiago de Chile, Valparaiso et Antofagasta, construire le 5 décembre dans les universités et les lycées est non seulement important pour s’allier aux secteurs qui se préparent à lutter pour notre avenir, mais surtout la condition sine qua none pour que le gouvernement ne s’appuie pas sur notre inertie pour appliquer sa réforme aux entrants sur le monde du travail.




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