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Cédric Chouviat : une enquête de l’IGPN révèle le mensonge des policiers

Différents témoignages, documents et images ont permis de démentir les déclarations initiales des policiers impliqués dans l’interpellation et commencer à clarifier les raisons qui ont conduit à la mort du livreur de 42 ans.

mercredi 22 juillet

Le vendredi 3 janvier à 9h55, Cédric, un livreur de 42 ans, était arrêté par la police Quai Branly. Après plus de 10 minutes de contrôle tendu, la police procède à une interpellation violente, au cours de laquelle Cédric demande qu’on lui retire son casque de moto en répétant 7 fois « j’étouffe ». Une demande totalement ignorée par les policiers, qui non seulement ne l’ont pas secouru, mais l’ont menotté. Quelques instants plus tard, il sera transporté à l’hôpital et mourra dans la nuit de samedi à dimanche.

Médiapart et Libération ont eu accès à des documents de l’enquête de l’IGPN sur les circonstances de la mort du livreur qui révèlent la responsabilité des policiers, ainsi que celle de leurs collègues et de leur hiérarchie après l’interpellation.

Au cours de leurs auditions, après avoir été mis en examen et placés sous contrôle judiciaire pour « homicide involontaire », ils ont d’abord préféré mentir sur les faits, protégés par leurs supérieurs, et ont opté pour dire qu’ils n’avaient rien entendu, ni rien fait, ils « ne se souviennent pas », tout a été « involontaire », ils « étaient fatigués », ou « choqués » ont ainsi justifié les policiers.

Mais les nouveaux éléments montrent le contraire. Tout d’abord, les vidéos montrent clairement qu’il y a eu une clé d’étranglement et au moins une traction sur la gorge de l’interpellé, et pas seulement un « maintien de tête » comme le prétend le policier chargé de l’exécution de cette technique. Ensuite, les vidéos démentent également l’idée que la police « n’a pas entendu » Cédric lorsqu’il a répété sept fois qu’il s’étouffait, puisque l’on y entend l’un des policiers dire à l’un de ses collègues : « C’est bon, c’est bon, lâche ». Enfin, les images et les témoignages contredisent également la version selon laquelle les policiers ont agi immédiatement après le malaise de Cédric. Selon un document cité par le journal Libération, «  à partir de la prise de conscience du malaise, il s’écoule 1 minute et 58 secondes avant que la première menotte soit retirée, et 2 minutes 56 secondes pour qu’un massage cardiaque débute. Une éternité alors que chaque instant compte pour préserver les organes privés d’oxygène ».

Les éléments avancés par Mediapart et Libération montrent également comment les policiers ont tenté sciemment d’organiser leur défense et celle de leurs collègues, en tronquant ou altérant les faits. « Venu en urgence du commissariat du VIIe, l’un des commandants de police, Yves C., est informé par le chef de bord des pratiques utilisées lors de l’interpellation. Face à l’IGPN, il raconte ce qui lui a alors été rapporté : « Il lui fait un maintien de tête, d’après ce qu’il m’a montré de la main droite, au niveau du casque (...) Il est très vite déséquilibré et il tombe au sol en arrière avec lui dessous et l’homme dessus (...) après je ne peux pas être plus précis sur l’intervention elle-même. »

Pourtant, dans le compte rendu qu’il envoie à l’état-major de la DSPAP, à 10 h 30, il se contente d’écrire : « À ce moment-là, l’individu se rebelle, essaie de se soustraire à l’interpellation, il est amené au sol par les collègues. Et à ce moment-là les collègues s’aperçoivent qu’il ne respire plus et entament le massage cardiaque. » » rapporte ainsi Mediapart.

Pour cette affaire, trois policiers ont été mis sous examen pour homicide involontaire le 16 juillet mais ils ne font toujours pas l’objet d’une demande de suspension de fonction. La famille remet en cause cette classification pénale, car elle soutient que tous les éléments démontrent le caractère volontaire des violences.

Il y a quelques jours seulement, Le Monde a publié une vidéo reconstituant les faits de l’interpellation qui a conduit à la mort d’Adama Traoré en juillet 2016. Il s’agit d’analyses faites à partir des images des caméras de surveillance, des échanges radio et de l’accès aux témoignages de différents témoins clés. La justice a pleinement accès à toutes ces informations probantes, et ce bien avant qu’elles ne soient découvertes, analysées et publiées par les médias.

Cependant, une fois de plus dans cette affaire, à l’image de la majorité des affaires qui incriminent des policiers pour des faits de violences, la procédure judiciaire est un parcours semé d’embûches pour les victimes. En ce sens, la note de synthèse de l’IGPN qui reconnait le recours à une technique d’étranglement exprime la pression que subit cette institution dans un contexte de mobilisation et de sensibilisation à large échelle sur la question des violences policières et de l’impunité de la police




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