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Société

Pas de délits pour les aidants, des lits pour les migrants !

Cédric Herrou : 3 000 € d’amende pour avoir aidé des migrants

Alors que les quatre policiers qui ont agressé Théo, et ceux qui ont tué Adama courent encore, la justice vient de condamner Cédric Herrou à 3 000 € d’amende avec sursis. Son crime ? Avoir aidé des centaines de personnes qui ont fui leur pays pour sauver leur vie. Décidément, le coût de la vie est vraiment cher dans ce monde. Et s’il est clair que le seul verdict acceptable était la relaxe totale, il est certain que l’écho et le soutien qu’ont suscité sa mise en procès ont joué un rôle im-portant dans l’allègement de la peine comparée aux menaces initiales.

vendredi 10 février 2017

L’agriculteur de 37 ans, condamné pour « délit de solidarité avec les migrants », est reconnu depuis plusieurs semaines maintenant, comme une figure de proue dans la lutte pour l’aide aux migrants. Mais il incarne également l’exemple du traitement réservé à ceux qui ne marchent pas dans les clous plantés par l’Etat et sa politique à l’égard de la crise migratoire actuelle. Lors de son dernier passage au Palais de justice de Nice le 4 janvier dernier, il encourait plus de 5 ans de prison et 30 000 € d’amende. Le soutien des quelques 300 présents devant le tribunal avait certainement pesé dans le jugement qui avait finalement requis 8 mois de prison avec sursis. Ce vendredi 10 février, toujours accompagné de plusieurs centaines de soutiens, Cédric s’est finalement vu condamné à 3 000 € d’amende avec sursis pour avoir pris en charge des migrants sur le sol italien, et a été relaxé du reste des charges. Une peine bien allégée par l’écho qu’a eue son affaire, mais déjà scandaleuse de par son existence même.

Un avis qui n’est pas partagé par le président Les Républicains du conseil des Alpes-Maritimes, Monsieur Eric Ciotti, qui avait déjà déversé à plusieurs reprises ses injures sur Cédric et à travers lui, sa haine des étrangers. Ce vendredi, il attaquait à nouveau via une lettre demandant à Bruno Le Roux de porter plainte contre les propos tenus par Cédric le matin-même à Europe 1. En effet, Cédric y dépeignait alors un tableau affligeant pour les gestion des personnes migrantes dans la région : « Dans les Alpes-Maritimes il y a de la course aux Noirs, les policiers attrapent les Noirs, jeunes ou pas jeunes et les ’refoutent’ en Italie ». Selon Eric Ciotti, « ces propos scandaleux sont profondément déplacés. Teintés de l’accusation de racisme, ils portent l’opprobre sur l’ensemble des policiers et jettent un soupçon inadmissible sur l’action des forces de l’ordre »

C’est-à-dire qu’il devient de plus en difficile de ne pas généraliser alors que l’on entend jeudi 2 fé-vrier qu’un jeune aulnaysien - Théo - se remet douloureusement de ses blessures à l’hôpital après avoir été agressé et violé par quatre policiers, viol que l’IGPN qualifie finalement d’ « accident », pendant que les jeunes sortis en réaction à l’agression sont condamnés en comparution immédiate à 6 mois fermes. Difficile aussi quand Théo, ainsi qu’Adama, « nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna couraient ». Et Malik Oussékine. Et Amine Bentounsi. Et la liste est longue.

Difficile encore, quand le décompte très pragmatique du nombre de morts en méditerranée s’envole à 11 411 entre 2010 et 2015. Des milliers de morts, de milliers de Aidan, des milliers de vie ignorées, objectivées sous le terme de « migrants », chiffrées pour qu’elles perdent toute humanité. Et pour ceux qui manifestent pour l’accueil de l’ensemble des personnes qui le demandent, en réquisitionnant les centaines de milliers de logements vides qui existent ne serait-ce qu’en région parisienne, pour ceux qui refusent cette déshumanisation, qui refusent l’hypocrisie qui consiste à protéger l’entrée de ses frontières, mais à n’en respecter aucune autre lorsqu’il s’agit de faire ses profits, pour ceux-là qui choisissent la solidarité plutôt que la méfiance, l’Etat réserve un traitement de choc : lacrymo, procès et condamnation.

Avec Cédric c’est une autre voix qui s’est exprimée : celle de la solidarité contre la répression, celle de l’usage politique de sa mise en procès, celle de l’engagement militant contre les politiques racistes d’un gouvernement. Et c’est bien cette voix-là qu’il nous faut amplifier.




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