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Politique

Acharnement judiciaire

Cédric Herrou devant les tribunaux : son « militantisme fort et revendiqué » mis en cause

Cédric Herrou : accusé en 2017 d’avoir aidé et hébergé des exilés italiens, l’agriculteur est depuis devenu une véritable figure du mouvement d’aide au migrants… et subit un véritable acharnement juridique. Placé en garde à vue plus d’une dizaine de fois, il est aujourd’hui de nouveau face aux tribunaux. Les faits qui lui sont reprochés ? « militantisme fort et revendiqué »

jeudi 12 mars

Crédit photo : AFP

Mercredi 11 mars : encore une fois, Cédric Herrou est devant les tribunaux. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’avocat général de Lyon, Fabrice Tremel, n’y va pas de main morte pour qualifier les faits de l’agriculteur : ce dernier se trouve ainsi qualifié de « hors-la-loi qui a fait le choix de la délinquance » voulant « mettre en échec les politiques migratoires » .
Placé en garde à vue plus d’une diazine de fois depuis 2017, Cédric Herrou subit depuis ces trois dernières années un véritable acharnement juridique. Aujourd’hui, l’avocat général requiert contre lui 8 à 10 mois de prison avec sursis, rejetant le "principe de fraternité"qui avait été consacré et affirmant que « l’immunité ne peut pas s’appliquer ». Son crime ? Avoir aidé et hébergé 57 migrants venus d’Italie.

« La justice ne comprend pas qu’on peut aider pour rien, juste parce que ce n’est pas moral de laisser les gens en galère. » , explique-t’il. « Si des gens ont besoin de mon aide, je la donne. »

« Il conteste la fermeture de la frontière en 2015. C’est un militantisme extrêmement fort et revendiqué. Il se positionne comme un leader. », rétorque Fabrice Tremel.
Car les premiers faits ne se déroulent pas n’importe quand : 2015, c’est précisément l’année ou, suite à la fermeture de la frontière italienne, plusieurs dizaines de migrants tentant de rejoindre la France sont refoulés à la frontière, contraints de s’entasser sur place dans des conditions misérables. Cedric Herrou dénonce ainsi un « racisme d’État », et continue « Je sais, c’est grave de le dire mais c’est encore plus grave de le vivre. Les ordres c’est “prenez tous les Blacks et dégagez-les en Italie !” »

Et c’est bien là le sens de l’affaire, la véritable raison de l’acharnement que subit depuis plusieurs années Cédric Herrou. M. Tremel lui même résume la situation à la perfection : l’objet n’est pas tant de condamner les faits en eux mêmes, mais bien plus encore de condamner une contestation de la fermeture des frontières, un rejet des politiques anti-immigration, de punir un « militantisme extrêmement fort et revendiqué » – Un militantisme « idéologique et politique », selon les dires de ce même Fabrice Tremel. Le simple fait d’être un militant antiraciste favorable à la liberté d’installation des migrants deviendrait donc un crime en soi.

Au sein d’un parquet et d’un état de plus en plus répressif, M. Tremel aura au moins eu le mérite d’être particulièrement clair : car ce n’est ni plus ni moins que la criminalisation du militantisme en tant que tel qui est ici en question – la mise en place, officieuse mais bien réelle, d’un délit de solidarité que dénoncent déjà depuis plusieurs années nombre d’associations, et qui ne serait qu’une énième confirmation de la politique xénophobe portée par Macron.




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