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Culture et Sport

Liberté de l’art

Censure de Cirio. Quand le ministère de l’Intérieur se fait commissaire d’exposition

Après la fermeture du site web de l’œuvre “Capture the police” sur ordre du Ministère de l’Intérieur, le Studio National des Arts Contemporain, une institution dans laquelle a siégé Darmanin, annule l’exposition de Cirio… Une double censure qui a de quoi réjouir les syndicats de police qui relaient la nouvelle sur les réseaux sociaux.

lundi 5 octobre

Crédit image : Paolo Cirio

Darmanin demandait il y a quelques jours sur Twitter l’annulation de l’exposition et la clôture du site web de l’oeuvre contestataire de Paolo Cirio, qui cible la reconnaissance faciale et les violences policières.

On trouvait sur le site web de cette œuvre digitale les photographies de plusieurs policiers prises par la presse ou des manifestants durant les derniers mouvements sociaux. Il était demandé aux spectateurs de les identifier, avant la confirmation par un logiciel de reconnaissance faciale.

L’œuvre semble avoir dérangé le ministre de l’Intérieur, et à juste titre. Comme l’expliquait l’artiste sur son site avant sa mise hors-ligne : « Le paradigme des puissants observant, et des faibles se faisant observés, est inversé. La volonté de la police à utiliser la reconnaissance faciale sur les manifestants, les minorités et les citoyens se retourne contre les autorités qui en réclament l’usage. »

Une œuvre censurée par l’Intérieur...

La réaction ne s’est pas faite attendre : le site a été mis hors ligne en à peine 24h sur ordre du ministère de l’Intérieur. Quelques jours plus tard, le 2 octobre, un communiqué du Fresnoy (le Studio National d’Art Contemporain), où était programmée l’exposition de Cirio, nous informe de son annulation. Le communiqué invoque pour l’annulation des raisons de rupture des termes d’engagement avec l’artiste.

Le centre d’art dit ne pas pouvoir “adhérer à une démarche qui associe l’œuvre en question à une plateforme numérique où l’artiste invite le public à identifier et désigner nommément des policiers, dont les photographies ont été préalablement diffusées sur internet”, et justifie l’annulation en expliquant que “l’artiste a violé les engagements qu’il avait pris de ne rien faire de tel devant les responsables du Fresnoy”.

Si le communiqué ne mentionne pas le ministre de l’Intérieur, le collectif Documentations. Art a justement pointé sur ses réseaux sociaux ce que confirme le site web et les documents du Studio d’Art du Fresnoy : Gérald Darmanin y a siégé en qualité de vice-président de son conseil d’administration lors de l’exercice de ses fonctions de maire de Tourcoing...

... Pour la plus grande joie des syndicats policiers

Une censure effective dont les syndicats policiers ne manquent pas de se réjouir : “Clap de fin pour l’artiste anti-flics !” a célébré ainsi le syndicat Alliance Police sur Twitter.

Au syndicat Police Synergie de surenchérir en encensant Darmanin pour le remercier pour l’annulation de l’exposition et de la fermeture du site web de l’œuvre.

Ce n’est ni à la police ni au ministère de l’Intérieur de dicter quelle œuvre est ou non exposée.

L’art contestataire est particulièrement ciblé en période de crise, comme dans la crise sanitaire économique que nous traversons qui pourrait se révéler explosive pour le gouvernement. Mais la censure de Cirio à la demande explicite du ministre de l’Intérieur appelle aussi à une réflexion plus large sur la liberté et l’indépendance de l’art : voulons d’un art soumis non seulement à un impératif économique et financier, mais aussi au bon vouloir de la classe dominante ? Une question qui n’est pas sans rappeler cette phrase du Manifeste de l’artiste André Breton et du révolutionnaire Léon Trotsky : “L’indépendance de l’art, pour la révolution ; la révolution, pour la libération définitive de l’art !”




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