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Culture et Sport

Cas de force majeure

Censure politique. Une BD sur les violences policières non publiée pour avoir critiqué Darmanin

« Cas de force majeure », la dernière BD de Remedium, devait paraître aux Éditions des Équateurs qui a finalement renoncé à la publier. Pour cause ? Un récit peu flatteur pour le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

lundi 7 juin

A quelques jours de la publication de son dernier ouvrage, l’auteur et illustrateur Remedium s’est vu censuré par la maison d’édition des Équateurs. Sa BD, Cas de force majeure, est consacrée au sujet des violences policières et dresse un portrait de l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre en France à travers les histoires tristement célèbres de Michel Zecler, de Théo ou encore de Zineb Redouane. Mais sa publication a finalement été annulée en raison des quelques bulles mettant en scène Darmanin.

Une critique du ministre qui n’a pas plu au directeur des Équateurs, Olivier Frébourg, qui a qualifié le récit de diffamatoire. Pourtant loin de proférer des allégations mensongères, l’auteur s’est appuyé sur différents articles de presse pour composer un portrait criant de vérité. Quand Remedium évoque les propos homophobes du Ministre de l’Intérieur, on pense par exemple à ses nombreux tweets anti-mariage gay. De même, le qualificatif de « phallocrate » est presque faible pour cet homme accusé d’avoir usé de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles…

Finalement l’éditeur a proposé à Remedium de publier le livre en compromis d’une modification quasi-intégrale des pages consacrées à Darmanin. Ce à quoi l’auteur a répondu en résiliant le contrat d’édition. Il déplore que les auteurs, sous contrainte financière, doivent parfois sacrifier leur liberté d’expression au nom d’un politiquement correct qui ne devrait pas froisser le pouvoir en place. Il avait d’ailleurs fait l’expérience de la censure en octobre 2020 avec sa BD consacrée à Jean-Michel Blanquer qui avait dû être modifiée car accusée de diffamation et d’atteinte à la vie privée.

Dans cette période où la dénonciation des violences policières connaît un écho grandissant depuis le début du mouvement #BlackLivesMatter et où le gouvernement français prend un tournant sécuritaire au travers de la Loi Sécurité Globale, la culture tente elle aussi de prendre le problème en main au travers de publications engagées telle que Cas de force majeure. Pourtant, à l’image du paysage médiatique français, les grandes maisons d’édition sont loin d’être impartiales et suivent globalement la ligne imposée par les gouvernements. Les Éditions des Équateurs appartiennent d’ailleurs au même groupe (Humensis) qui a publié Le séparatisme islamiste. Manifeste pour la laïcité écrit par Darmanin.

Face à la censure, les auteurs doivent continuer à écrire en toute indépendance au travers de maisons d’édition à la ligne ouvertement militante (La Fabrique, Éditions Amsterdam, Communard.e.s) ou se tourner vers l’autoédition. Il est nécessaire de garantir l’accès à une culture libre et critique du pouvoir en place afin de permettre aux lecteurs de se forger une opinion en dehors des médias traditionnels. A l’heure où les libertés individuelles sont menacées par des politiques xénophobes et sécuritaires, dénonçons ces attaques à la liberté d’expression des auteurs qui mettent en lumière les failles du système en place !




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