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Politique

Scandale des tests

Centres de tests-covid saturés, salaires de misère, les salariés des labos Oxylab en grève pour la dignité

Depuis le 17 septembre les salariés des laboratoires Oxylab qui réalisent les tests PCR sont en grève et revendiquent de meilleurs salaires et des moyens à la hauteur de la pandémie. Une mobilisation de la « première ligne » qui dévoile l'impréparation du gouvernement face à la seconde vague.

samedi 26 septembre

Crédit photo : DR

Répartis sur dix laboratoires d’analyse médicale en Auvergne et en Lozère pour un total de 145 salariés, les travailleurs des laboratoires Oxylab sont en grève depuis le 17 septembre. Cette grève reconductible est suivie par environ 80% es salariés selon la CGT. Ils revendiquent notamment un renforcement des effectifs avec une pérennisation des postes et une augmentation de salaire de 10 %, des meilleures conditions pour effectuer des tests efficaces, et une reconnaissance de leurs responsabilités alors qu’ils sont en première ligne de la crise sanitaire.

Dans un communiqué, les organisations syndicales d’Oxylab pointent des conditions de travail qui se sont fortement dégradées depuis des années, et qui ont encore empiré depuis le Covid. "Nous avons tous su montrer nos capacités d’adaptation et d’implication ces derniers mois. Notre conscience professionnelle a permis de maintenir un service de qualité, mais jusqu’à quand ? Nous n’avons aucun soutien de notre direction."

Ces dégradations importantes de leurs conditions de travail dateraient du rachat d’Oxylab, il y a quelques années, par le groupe Inovie, géant de l’analyse médicale. Par ailleurs, on sait que ces grands groupes privés s’enrichissent grandement depuis le Covid. Le monde diplomatique révélait ces chiffres au mois d’avril : l’action du laboratoire pharmaceutique Gilead grimpait de 20 % après l’annonce des essais cliniques contre le Covid-19. Celle d’Inovio Pharmaceuticals gonflait de 200 %, à la suite de l’annonce d’un vaccin expérimental, INO-4800. Ou encore certains laboratoires qui n’hésitaient pas à proposer des tests payants pour donner des résultats plus rapidement, dans un délai de « 24 à 48 heures ».

Oxylab ne sont pas les seuls laboratoires à s’être mobilisés ces dernières semaines. Le bal s’est ouvert avec la grève de six jours de 20 laboratoires du groupe Biofusion également effectué une grève portant des revendications similaires. Lundi, une des grévistes de ce laboratoire mettait en exergue auprès de Révolution Permanente les fortes difficultés pour les laborantines et l’absence totale de moyens donnés par l’État : « Le test Covid n’est pas organisé. Il faut y aller franchement, on prend tout le monde et on teste tout le monde. Le problème c’est qu’on n’a pas le matériel nécessaire pour tester tout le monde : il nous faut plus de machines. Il faut investir dans ces appareils, parce que c’est ça la priorité. ». En effet Olivier Veran, ministre de la santé, a fixé un objectif de un million de tests par semaine, sans prévoir de moyens supplémentaires en parallèle. Le résultat est flagrant : des travailleurs épuisés par les cadences qui s’accélèrent, et des patients inquiets.

Ces mouvements dans les laboratoires sont inédits pour ce secteur, très féminisé, resté majoritairement extérieur aux dernières grandes grèves. Aujourd’hui ces femmes relèvent la tête, pour la plupart il s’agit de leur première grève, et elles qui sont au devant de la scène de la gestion de la pandémie, se mettent au devant de la lutte pour revendiquer des conditions de travail plus dignes.

Il est scandaleux que les grands groupes de laboratoires privés s’enrichissent et profitent de la crise sanitaire pendant que les salariés de ces mêmes laboratoires souffrent de conditions de travail exécrables. Face au rebond de l’épidémie, aux centres de dépistage saturés devant lesquels les usagers sont obligés de faire la queue pendant plusieurs heures, il est nécessaire d’exiger un service public de la santé centralisé sous contrôle des travailleurs et des travailleuses, ainsi qu’un grand plan d’embauche pour ces salariés des laboratoires pour qu’ils puissent travailler moins et mieux et pour que la population et les soignants ne paient pas la mauvaise gestion de la crise.




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