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Politique

Cercle du Siècle. L’affaire Duhamel éclabousse le gouvernement

Éclaboussée par l’affaire Duhamel, la très discrète association « le Siècle », qui réunit tous les derniers mercredi du mois hauts fonctionnaires et grand patrons rue du faubourg Saint Honoré, se retrouve sous le feu des projecteurs. L’ancien président de ce cercle, Olivier Duhamel, était président de cette association et a dû démissionner suite aux accusations d’inceste dont il fait l'objet, le 6 janvier dernier. Mais, d'après L'Obs, 11 membres du gouvernement, dont Darmanin et Blanquer, font aussi partie de ce cercle très fermé.

lundi 8 février

Crédit Photo : Agence Sofiacome / Le Cercle Interallié

Une association d’élite éclaboussée par l’affaire Duhamel

Le cercle dit « le Siècle », association fondée par d’anciens résistants en vue de refonder l’élite politique française d’après-guerre, réunit le gratin de la haute fonction publique et du patronat français tous les derniers mercredis du mois, depuis 1944 et jusqu’au début de la crise sanitaire. À l’occasion de grand diners mondains tenus dans les salons de l’Interallié, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, l’élite politique et médiatique française sélectionnée par cooptation s’y rencontre pour échanger sur les grands thèmes du moment, selon un rituel solennel régit par le principe de « discrétion » : rien de ce qui s’y dit ne doit sortir du Siècle. Selon Marianne, le Siècle est « un point de rencontre obligé pour ceux qui aspirent à diriger et ceux qui veulent continuer à le faire ».

Peu connu du grand public jusqu’à maintenant, ce cercle fondé sur le modèle maçonnique est sous le feu des projecteurs suite à l’affaire Duhamel. En effet, le juriste Olivier Duhamel, accusé d’inceste par sa belle-fille Camille Kouchner, en était le président depuis un an. Suite au scandale, il a démissionné du Conseil d’Administration du Siècle, ouvrant la voie à une investigation médiatique concernant les différents membres de cette association, qui pourraient avoir eu connaissance des faits antérieurement à l’explosion de l’affaire.

Selon L’Obs, 11 membres du gouvernement feraient parti du Siècle

C’est ainsi que l’Obs a révélé que, parmi les 561 membres et 159 « invités » du Siècle recensés au 1er janvier 2020, pas moins de « onze membres du gouvernement actuel apparaissent, comme membres à part entière ou invités (statut intermédiaire avant de devenir membre). On y trouve ainsi le nom de l’ancien Premier ministre, Edouard Philippe, et Muriel Pénicaud (ex-ministre du Travail, devenue représentante permanente de la France à l’OCDE), ainsi que de Jean-Michel Blanquer (Education), Gérald Darmanin (Intérieur), Florence Parly (Armées), Elisabeth Borne (Travail), Sébastien Lecornu (Outre-mer), Emmanuelle Wargon (Logement), Amélie de Montchalin (Fonction publique), Agnès Pannier-Runacher (Industrie), Jean-Baptiste Djebbari (Transports), Franck Riester (Commerce extérieur), Clément Beaune (secrétaire d’Etat aux Affaires européennes). Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, fait également partie des invités du Siècle. ».

Ainsi, plus d’un quart du gouvernement participe à ces rendez-vous mondains mensuels durant lesquels ils échangent directement avec « la fine fleur du capitalisme français et de la fonction publique », dont notamment Philippe Wahl (La Poste), Véronique Morali (Fimalac), Denis Kessler (Scor), Patricia Barbizet (ex-Pinault), Sophie Boissard (Korian), toujours selon L’Obs.

Si la porosité entre la haute fonction publique et le grand patronat est bien connue et largement démontrée, la médiatisation de l’existence et la composition du cercle du Siècle met en lumière à quel point ces milieux sont imbriqués et associés dans le maintien de l’ordre bourgeois, à travers des « cadres de sociabilités » qui permettent aux classes dominantes de s’organiser, d’échanger politiquement, discuter de la manière dont ils exploitent ou dirigent le pays au service des grands capitalistes. Qu’ils soient membres du gouvernement, hauts fonctionnaires, patrons du milieu médiatique ou de l’édition, ou encore universitaires libéraux, les membres du cercle partagent des intérêts économiques et tous les moyens sont bons pour organiser leur défense.

Si l’affaire Duhamel ouvre une crise importante au sein de cette association, provoquant démissions et désaveux en chaine comme le rapporte également L’Obs, de tels cercles se maintiennent et se recomposent toujours selon les besoins de la bourgeoisie, que ce soit dans des sociétés privées ou dans les salons feutrés des ministères. En effet, ces liens étroits que le grand patronat, le gouvernement et la haute administration de l’État entretiennent, ne sont pas surprenants. L’affaire "du Siècle" n’est qu’une illustration de plus des médiations que les classes dominantes entretiennent pour maintenir leur domination sur le monde du travail : elles permettent à ceux qui nous exploitent et reproduisent les oppressions de déterminer la meilleure politique à mener pour gérer leurs affaires courantes, y compris dans les moments de crise grave comme celles que nous vivons actuellement. Le cercle du Siècle est une expression du degré extrême d’organisation de la bourgeoisie. Face à une telle organisation, il est plus qu’indispensable d’opposer notre propre organisation : celles des exploités et des opprimés.




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