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Politique

Un « rempart » ? Plutôt poreux…

Ces soutiens de Fillon qui prônent un rapprochement avec le F-Haine

Si la soirée électorale de dimanche dernier n’a pas été une grande surprise et a vu la droite ultra-libérale et réactionnaire de Fillon l’emporter sur Juppé, elle a aussi permis d’en savoir un peu plus sur celles et ceux qui soutiennent vraiment le nouveau candidat de la droite, et notamment ceux qu’il reconnaît comme ses soutiens. Alors que François Fillon se targue d’être le meilleur rempart contre le FN, notamment grâce à son programme « résolument de droite », il n’a pas hésité à s’entourer de rabatteurs de voix qui prônent plus ou moins ouvertement le rapprochement avec le partis des Le Pen. Et parmi eux, Charles Millon, ancien ministre et président de région qui s’était (beaucoup) rapproché du FN en 1998. Un rapprochement qu’il n’a jamais vraiment abandonné.

vendredi 2 décembre 2016

Charles Millon, une figure du rapprochement entre la droite et l’extrême droite

Si l’ex-ministre de la Défense d’Alain Juppé est une figure plutôt inconnue pour les plus jeunes d’entre nous, son nom est pourtant associé à l’un des épisodes les plus flagrants de rapprochements du Front National avec la droite de l’époque, le RPR, dont est issu l’UMP, ainsi que l’UDF, dont il fait alors partie. En effet, aux élections régionales de 1998, il est élu président de la région Rhône Alpes avec les voix du FN, comme l’ont été 4 autres président de région de l’UDF (Union pour la Démocratie Française), ancêtre du MoDem de Bayrou. Parmi ces cinq présidents, deux démissionneront (Jean-Pierre Soisson en Bourgogne et Bernard Harang en région Centre), mais Charles Millon (Rhône Alpes), Charles Baur (Picardie) et Jacques Blanc (Languedoc-Roussillon) s’accrocheront à leur siège et seront exclus de l’UDF. Millon fait élire 13 vice-présidents de commissions frontistes et donne ainsi au parti de Jean-Marie Le Pen l’une des plus fortes assises territoriales de son histoire.

Proche de la droite chrétienne de Jean-Frédéric Poisson et de Christine Boutin, ainsi que des milieux libéraux-conservateurs, il a fondé les collectifs « Phénix » et « L’Avant-garde », notamment avec son ami Charles Beigbeder, celui-là même qui avait affirmé en 2015 « je n’hésiterais pas une seconde et je n’aurais aucun état d’âme à soutenir le FN ». Une droite catholique, conservatrice, et pour qui le FN n’est pas tant un problème que cela. Lors de la fondation du collectif Phénix, Beigdeber avait affirmé l’avoir créé pour que tous les candidats s’en inspirent « y compris le FN ».

Millon, un ami de longue date de Fillon a su lui rappeler

Charles Millon n’était pas dimanche soir dernier au QG de campagne de François Fillon par hasard : les deux hommes se connaissent bien depuis longtemps et ont su, en bons politiques du système, entretenir des relations « vertueuses » l’un envers l’autres à travers leurs relations respectives. Déjà, à la fin des années 1990, les deux hommes se retrouvent dans un petit groupe de politiciens de droite : les « rénovateurs » veulent virer la vieille droite qui a perdu deux fois contre Mitterrand. Parmi ces douze hommes, Philippe de Villiers, François Bayrou, Philippe Séguin mais aussi François Fillon et Charles Millon. Des amis qui n’ont jamais vraiment perdu le contact, et qui ont dû, vu la proximité du programme de L’Avant garde (disponible ici) et de François Fillon, beaucoup discuter ces derniers temps. Un programme, encore une fois, « à la disposition du FN ».

La primaire de la droite a été le bon moment pour Millon de se montrer à nouveau, après avoir annoncé qu’il soutiendrait François Fillon et appelle ses amis à faire de même : « c’est l’un des premiers qui ont dénoncé le totalitarisme islamiste et pris la défense des Chrétiens d’Orient, c’est l’un des premiers qui ont souligné la nécessité d’un dialogue franc avec la Russie. Il est attaché tant à ses valeurs familiales et sociétales qu’à ses convictions religieuses et ne l’a jamais caché. C’est un catholique social, un libéral conservateur. » Ce soutien, loin d’être anodin, révèle bien la proximité de François Fillon avec les milieu les plus conservateurs et réactionnaires, loin d’être des « remparts contre le FN ».

Il ne s’agit pas « d’épisodes » ou de « détails » de la vie politique. Ces rapprochements montrent bien la proximité actuelle entre la droite et l’extrême droite, réalité politique que Nicolas Sarkozy a largement consolidé, après l’épisode des régionales de 1998, mais aussi des liens connus entre l’UNR et le SAC. La proximité entre LR et l’extrême droite au sens large du terme qu’exprime François Fillon est donc une poussée de longue date.




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