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Stop à la casse sociale

« Cet après-midi, cette nuit, on produit rien » : 2ème journée de blocage à la Fonderie de Bretagne

Après avoir bloqué leur usine ce mardi, les salariés de la Fonderie de Caudan se sont mis en grève reconductible, pour s’opposer à la vente de l’usine par Renault. Nous étions sur place ce mercredi pour les rencontrer.

mercredi 28 avril

Après un premier rassemblement le mois dernier, les ouvriers de la fonderie de Bretagne sont passés à l’offensive pour s’opposer à la politique criminelle de Renault. C’est suite à une réunion ce lundi, réunissant représentants de la filière et membres du gouvernements, qui a conclu sur l’ouverture d’un fond de 50 millions d’euros pour la reconversion des travailleurs du secteur en actant les licenciements et les suppressions d’emplois, que la grève s’est imposée comme une évidence. Rapidement, les salariés se sont organisés et ont bloqués l’usine, prenant à part des membres de la direction et leur interdisant de sortir jusqu’à l’obtention de réponses. Ainsi, contrairement à ce que la presse a déclaré, les ouvriers n’avaient pas l’objectif de séquestrer leur direction, à laquelle ils interdisaient tout simplement la sortie. « J’ai jamais vu des personnes séquestrées dans 37 hectares !  » rappelle le délégué syndical pendant une réunion ce matin.

Car ce choix d’abandonner la fonderie est loin d’être évident. Les ouvriers de Renault en effet, avaient déjà accepté sans sourciller de s’adapter à la reprise après un incendie de l’usine en 2019. Ils se sont pliés à de nouveaux horaires, de nouveaux outils de travail, de nouvelles techniques pour maintenir les profits de Renault. Car l’entreprise, qui a réalisé des milliards de bénéfices ces dix dernières années, cherche aujourd’hui à mettre à la porte les 350 salariés du site. Et c’est justement ce qui rend incompréhensible la décision du groupe pour les ouvriers. Certains, comme Éric, ingénieur en process finition et suppléant CGT au CSE, nous racontait : « Ils ont investis entre 120 et 150 millions pour avoir un outil de travail tout neuf. C’est incompréhensible.  ». Il explique ensuite : « Franchement, c’est à gerber. On est en train de démanteler toute une filière, ils vont laisser derrière eux des champs de ruines  ».

Si la décision de la grève a été si rapide, c’est aussi face au silence du groupe après la réunion de lundi. Éric, un autre élu CGT, nous la résumait : « La pression a commencé à monter lundi […] de la part de Renault, c’est silence radio, une fois de plus, c’est un mur.  ». C’est après les événements de mardi, que les ouvriers ont décidés ce mercredi d’organiser une grève reconductible. Ils se réunissent donc selon leurs 3 équipes de 8h de travail pour discuter de la grève et ses avancées et se coordonner ensemble.

Ce mercredi donc, les fondeurs se sont réunit pour faire un point sur la situation, introduit par Maël le Goff, délégué syndical. Ce qui prime, c’est le sentiment de ne pas être écoutés : « Ca fait un an que y’en a 345 qui sont dans la merde, et ça dérange personne  ».

Une réunion est fixée à 11h30 avec les élus de la préfecture et de la mairie. Le sentiment s’étend jusqu’à ces derniers, dont les ouvriers ont plus l’impression qu’ils sont préoccupés par leurs prochaines élections que par les 345 familles citées plus tôt. L’ambiance est à la préparation face à cet énième mur : « On va prendre les heures les unes après les autres  » déclare encore Maël, «  mais ce qui est sûr, c’est que la situation va pas rester comme ça  ». A 14h, lorsqu’il s’agira de résumer la réunion aux camarades grévistes, Maël leur explique :« Si on a été appelés ce matin, c’est pour entendre la même chose. Ils continuent d’être d’accord avec nous, mais après il se passe rien  ».

Face à l’impasse évidente du dialogue social, et après avoir vu leur demande de réponses déformée par la presse, après avoir vu une direction plus disposée à chercher un repreneur en mi-août (en pleine période de vacances, comme c’est pratique), les grévistes changent de tactique : « On doit se faire respecter  » déclare Maël, « on s’est adaptés aux horaires, aux changements de poste depuis l’incendie 2019  ». C’est le rapport de force qui primera a présent : « Cet après-midi, cette nuit, on produit rien. Les pièces elles restent ici. ». Comme il sera maintes fois répétées, à présent « on rentre dans le dur ». Les fondeurs ont donc reconduit la grève au lendemain, et commencé à mettre en place une caisse de grève.

Ce mépris de la part d’un grand groupe comme Renault est loin d’être isolé dans la période. Alors que la crise sanitaire est loin d’être terminée, et qu’elle et accélère une crise économique et sociale de plus en plus profonde, les grands patrons ont clairement choisi leur ligne : prioriser leurs profits. Entre les chèques offerts à Renault, les différents cadeaux fait par l’État depuis le début de la crise, leur objectif est clair : que ce soit les travailleurs qui payent leurs crises, en supprimant des emplois qu’ils ne recréeront pas et en supprimant des moyens.

Face à la gestion pro-patronale de la crise, où les patrons et le gouvernement travaillent main dans la main pour nous faire payer la crise, la lutte des salariés de la Fonderie de Caudan est un premier pas pour commencer à imposer un programme de lutte. A ce titre, il est central de soutenir les fondeurs, qui ne se battent pas que pour leurs emplois, mais les futurs emplois de toute une future génération, pour leurs familles, pour les quelques 700 sous-traitants qui travaillent autour de l’usine, ainsi que pour les innombrables travailleurs dans des secteurs utilisant leurs pièces.




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