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TRANSPORTS EN GREVE

Chambéry. A SynchroBus, troisième jour de grève pour les salaires et les conditions de travail

Après une première journée de grève majoritaire ce lundi, avec un taux de grévistes à 70 % chez les conducteurs et conductrices, et une journée plus faible jeudi 29 septembre, les salariés de SynchroBus ont remis le couvert ce vendredi. Ils réclament des augmentations de salaire et dénoncent la gestion catastrophique de Keolis, qui gère le réseau depuis 2019.

vendredi 30 septembre

Après une première journée de grève majoritaire ce lundi, avec un taux de grévistes à 70 % chez les conducteurs et conductrices, et une journée plus faible jeudi 29 septembre, les salariés de SynchroBus ont remis le couvert ce vendredi. Avec un taux de 50 % de grévistes sur les roulants du jour, ils ont réussi à bloquer considérablement les principales lignes, dites « chrono » (A, B, C, D), ainsi que des lignes secondaires. Ils réclament des augmentations de salaires et dénoncent la gestion catastrophique de Keolis, qui gère le réseau depuis 2019.

Le réseau de bus de l’agglomération de Chambéry est en délégation de service public, c’est-à-dire que l’agglomération lance un appel d’offres et choisit un prestataire chargé de gérer le réseau pendant les six années qui suivent. Les infrastructures, pour leur part, appartiennent à l’agglomération : le prestataire qui gère le réseau a donc la responsabilité d’entretenir le réseau, notamment les bus. Tous les six ans, les conducteurs sont donc susceptibles de voir leur patron direct changer – le nouveau patron apportant également ses protocoles et modifiant les conditions de travail et d’emploi.

En 2019, le réseau a quitté les mains de Transdev pour atterrir entre celles de Keolis, un groupe détenu à 70 % par la SNCF et à 30 % par la Caisse de dépôt et placement du Québec. Depuis, comme l’explique Naïm, conducteur depuis 20 ans, la gestion de l’entretien des bus a lieu à flux tendu : « Keolis exige par exemple qu’on attende que le témoin des plaquettes de frein s’allume pour envisager la réparation. Mais quand on commande la pièce, on ne la reçoit pas avant au moins trois semaines. Le bus roule donc trois semaines avec son témoin de plaquettes allumé, sans qu’on sache s’il va pouvoir freiner. On nous oblige à mettre en danger les usagers, et nous avec ! C’est pareil pour la climatisation, pourtant cruciale cet été : sur 86 bus, une quarantaine est censée être équipée. Même Keolis reconnait qu’en réalité, la clim n’est opérationnelle que dans 20 bus. Nous on a mesuré la température au niveau du siège de conducteur : elle atteignait 70 degrés dans certains bus, parce qu’il n’y a même pas d’aération correcte ! »

Lors de la reprise en main par Keolis, six directeurs ont débarqué sur le site, ce qui représente un coût de 760.000€ à l’année d’après les salariés mobilisés. Une société a été créée spécifiquement, Keolis Chambéry, pour assurer la gestion du réseau. Alors que le contrat précédent, passé avec Transdev, prévoyait que les bénéfices réalisés devaient revenir à l’agglomération, ce n’est désormais plus le cas. En 2019, sur 471.000€ de gains, 85 % ont été captés par Keolis groupe, la maison mère, laissant alors, après impôts, l’équivalent d’une trentaine d’euros par salarié. Par contre, quand en 2020, Keolis Chambéry a dû faire face à un déficit, le groupe a laissée l’entreprise endettée.

Mohamed Hamoudi, délégué CGT au CSE de l’entreprise, ajoute : « L’Agglo devrait avoir la mission de protéger les usagers et les salariés des transports qu’elle délègue. Au lieu de ça, elle choisit le prestataire le moins cher, au mépris des conditions. Keolis, quand on les a vus débarquer, on savait à quoi s’attendre : ils opéraient déjà à Aix-les Bains, on avait vu les dégâts. Pour l’instant, ici, c’est moins pire, parce qu’on résiste ! Mais le groupe, tout en faisant des gains faramineux, est en train de laisser se dégrader le réseau. Dernièrement, ils ont vendu deux de nos bus pour 1500€ chacun, sans attendre qu’on ait reçu les nouveaux véhicules pour les remplacer. Du coup, ils louent deux bus au parc de Keolis – c’est pratique, ça fait remonter de l’argent au groupe. Ils ne veulent pas nous dire combien coûte la location. »

Une logique qui, en plus de dégrader toujours plus les conditions de travail, dégrade grandement le service pour les usagers. Mohamed Hamoudi poursuit : « Le pire, c’est que sur ces véhicules, la plateforme pour les personnes à mobilité réduite est manuelle : or nous, on n’a pas le droit de sortir du bus pour l’installer. Il faut donc qu’on dise aux personnes en fauteuil de se débrouiller, ou de faire appel à un autre passager ! C’est une dégradation de service, un manque de respect pour les usagers, et ça occasionne des tensions entre les voyageurs et nous. »

Un dernier sujet est évidemment dans la tête de tous les grévistes en cette période d’inflation : celui des salaires et du pouvoir d’achat. L’inflation est actuellement aux alentours de 6 %, et on peut l’estimer à 9 % hors loyers et tabac. Depuis 2019, date de l’arrivée de Keolis, les salaires n’ont, pour leur part, augmenté que de 3 %. Les travailleurs encaissent donc une perte sèche sur leur salaires réels. Face à ça, le mépris des directeurs de Keolis Chambéry est total : lors des dernières NAO, ils ont proposé... de baisser le prix du café de 15 centimes !

Actuellement, Les grévistes réclament donc des augmentations dignes de ce nom. Comme le dit Naïm : « on commence régulièrement à 4h du matin, on peut finir à 2h. On est tous gros, parce qu’on mange mal et sans horaire fixe. On n’a pas de week-end. Et tout ça pour 1850€ nets par mois, ou 2000€ à partir de 15 ans d’ancienneté ! Mercredi, après des échanges avec un des directeurs, un accord était en voie d’être négocié ; mais jeudi matin, le directeur s’est brutalement rétracté. Il a juste voulu donner l’impression qu’il était ouvert à la négociation. De toutes façons, il reste deux ans à Keolis, donc ils jouent la montre jusqu’à la fin du marché actuel. »

Les grévistes, de leur côté, ont travaillé sur une proposition de gestion directe par l’Agglo. D’après leurs calculs, se passer de prestataire permettrait d’économiser entre 1 million et 1 million et demi d’euros. Après l’échec des négociations aujourd’hui, l’assemblée générale des grévistes a voté la reconduction de la grève pour lundi 10 octobre. Une preuve de plus qu’un peu partout, la colère des salariés face à l’inflation et aux conditions de travail dégradées est bien présente, et que nous avons toutes et tous besoin d’un programme et d’un plan de bataille à la hauteur des enjeux auxquels nous nous affrontons.



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