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Chambéry. Face aux inégalités de la continuité pédagogique, les étudiants d’anglais s’organisent

En période de crise sanitaire et sociale, alors que que les entreprises envoient les travailleurs au casse-pipe au nom du business et que le gouvernement gère de façon catastrophique la crise sanitaire, des jeunes étudiants se mobilisent et s’organisent.

mercredi 1er avril

C’est dans un contexte d’inégalités qu’est né le combat des L1 LLCER anglais de l’Université de Chambéry. Au sein de cette promotion, un questionnaire en ligne révèle que 23 % d’étudiant.e.s ont une connexion insuffisante pour suivre les cours à distance assurés en visioconférence par les professeurs, dans une discipline linguistique où la place de l’oral est centrale. Ces 23 % de jeunes vivent donc une angoisse scolaire accrue qui vient s’ajouter à l’angoisse sanitaire. Ce problème de connexion s’ajoute aussi aux nombreuses difficultés qu’ils et elles éprouvent : problèmes familiaux, manque de matériel, précarité, proches malades, augmentation des heures hebdomadaires quand on travaille dans la grande distribution, etc.

Remettre en question les routines universitaires : en période de crise, les notes sont-elles indispensables ?

Dans ce genre de moment de crise, il est nécessaire de revoir nos habitudes, de remettre en question nos modes de fonctionnement. En d’autres termes, il est nécessaire de s’organiser le mieux possible. C’est le cas justement des L1 anglais, qui face à la crise, se sont montrés solidaires. Mais, alors que partout en France, l’ambiance générale est des plus mornes, la Présidence du campus Jacob-Bellecombette de Chambéry a laissé entendre mi-mars que les partiels pourraient être reportés en mai-juin. Cette annonce, vous l’aurez deviné, a plombé le moral de plus d’un étudiant, dans la mesure où une très grande partie d’entre eux travaille dès la fin des partiels pour financer la suite de ses études.

Face à une telle décision, on peut légitimement s’interroger : premièrement, comment la présidence peut-elle prévoir la date de levée du confinement et décider de reporter les examens ? Deuxièmement, comment peut-on réussir son semestre quand ne peut pas assister aux « cours » (virtuels) pour toutes les raisons évoquées ci-dessus ?

Ces deux questions ont fait réfléchir les L1 anglais durant les deux dernières semaines et cela a conduit à la mise en place d’une mobilisation réactive, déterminée et efficace. Les six référent.e.s (délégué.e.s) des trois groupes de TD L1, avec l’aide précieuse de leur professeure principale, du comité de mobilisation du campus de Jacob-Bellecombette et du syndicat Solidaires étudiant.e.s ont rendu cette lutte possible.

Leurs buts : faire pression sur la Présidence pour que les examens soient remplacés par la validation automatique du 2nd semestre. Si les modalités exactes (note plancher améliorable par exemple) sont à définir en discussion avec les étudiants des autres filières, cette revendication vise à combattre les inégalités entre étudiants générées par la situation de confinement, et à s’assurer qu’aucun étudiant ne redoublera à cause de la crise sanitaire.

Épaulés par les profs ou encore le syndicat, c’est à coups de discussions sur Discord, d’appels et de motivation que le petit groupe d’anglicistes a fait son entrée en scène dans la lutte. Deux sondages ont été créés pour appuyer leur démarche. Le premier, à l’initiative de la responsable des L1, a démontré que 23 % des étudiants ont une connexion insuffisante pour suivre les cours à distance assurés par visioconférence. Le second, qui a recueilli plus de 800 réponses en quelques jours, est le fruit du travail d’étudiants du syndicat Solidaires étudiant.es. Mais le parcours est long et complexe : il y a de la pression dans l’air. Il y a beaucoup de démarches à faire, beaucoup de rôles à avoir. Il faut par exemple parler aux autres représentants des autres promotions, des autres filières afin de rassembler le maximum de personnes pour la mobilisation.

Combattre l’individualisme

Dans une volonté d’étendre la lutte aux autres filières et promotions du campus, les L1 anglais ont pris contact avec les étudiants de L2 et de L3 anglais. Ils ont cependant rencontré quelques difficultés à les convaincre de rejoindre la partie. C’est le cas notamment des référents des L3 LLCER anglais, pour qui « travailler » reste le seul moyen de s’en sortir à la fac. Malgré la crise sanitaire profonde, certains d’entre eux mettent en avant qu’il suffit de « s’organiser », comme si ce n’était pas ce que chacun essaie déjà de faire, et comme si chacun était responsable individuellement de réussir ou non, malgré les inégalités criantes évoquées plus haut. Selon eux, le passage des examens en mai-juin ainsi que les notes restent primordiaux, quelles que soient les conséquences sur la santé morale des étudiants.

Pour les étudiants mobilisés, en temps de crise sanitaire, il paraît logique de se serrer les coudes et de défendre les intérêts de chacun à travers une lutte collective. Cela nécessite d’arrêter de travailler chacun de son côté, et de réfléchir aux différentes situations pour ne laisser aucun étudiant être éjecté du système universitaire – ce qui arrivera forcément si on maintient les partiels. Cette lutte sociale, si modeste soit-elle, amène donc à rompre avec les routines universitaires et la méritocratie qui les sous-tend, et de poser une première pierre pour combattre l’individualisme encouragé par la société capitaliste. En cela, les étudiants de L1 anglais peuvent être fiers d’eux !




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