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Chambéry : Trois mois de prison avec sursis pour un jet de maïzena !

Ce jeudi 4 juin, Benjamin, jeune maraîcher ayant participé aux manifestations contre la réforme des retraites, a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dispersé de la maïzena lors de la manifestation du 20 février.

jeudi 4 juin

Crédit photo : TVNet Citoyenne

Après une semaine d’attente, le verdict est tombé ce jeudi 4 juin : Benjamin, maraîcher fraichement installé à la Chambotte, a été condamné à trois mois de prison avec sursis, ainsi qu’au versement de 1 400€ de dommages et intérêts. Malgré les multiples témoignages et la preuve vidéo qui auraient dû disqualifier les faits, le tribunal de Chambéry prononce donc une condamnation extrêmement lourde destinée à marquer les esprits et à satisfaire les deux policiers plaignants.

Benjamin était en effet jugé pour avoir pulvérisé une poudre bleue préparée à base de Maïzena et de colorant alimentaire, durant la manifestation contre la réforme des retraites du jeudi 20 février 2020 à Chambéry. Le mélange, totalement inoffensif et aisément lavable, était destiné à colorer la vitrine du local de Patrick Mignola, député MoDem / LREM, pour matérialiser sans danger l’opposition franche des manifestants à la réforme des retraites et au passage en force via le recours à l’article 49-­3.

Comme on peut le voir sur une vidéo, le vent a dispersé un peu de cette poudre bleue, touchant ainsi deux policiers stationnés devant la vitrine – dont le commandant présent sur les lieux. Bien que non visés par le jet, cela n’a pas empêché ces derniers de porter plainte pour violences : une caractérisation totalement exagérée, comme l’a expliqué Me Ripert, l’avocat de Benjamin. Les faits jugés ne constituent en effet pas une infraction et, sur le plan pénal, cela constitue encore moins une violence : en quoi projeter de la maïzena sur un bâtiment pourrait-il être considéré comme une violence envers un agent de police ?

Dans leurs attestations, les personnes qui ont témoigné ont d’ailleurs, sans exception, rappelé à quel point l’action s’était déroulée dans un cadre festif, et expliqué qu’un simple époussetage leur avait permis de se débarrasser de la légère poudre bleue qui s’était déposée sur eux. Pour quelques grammes de poudre inoffensive, Benjamin a donc été arrêté et menotté à l’issue de la manifestation, et a passé 24h en garde à vue sans manger, dans une cellule très sale avant d’être condamné à de la prison.

Lors de son procès, jeudi dernier, le procureur avait requis trois mois de prison avec sursis ainsi que l’obligation de suivre un stage de citoyenneté. Ce même procureur, constatant avec surprise le rassemblement de soutien de 80 personnes devant le tribunal avant le procès de Benjamin, avait insulté un des participants et demandé aux policiers gardant le tribunal de verbaliser tout le monde ! Au final, la juge a cru bon de ne pas retenir le stage de citoyenneté, mais d’ajouter une condamnation à verser 700€ de dommages et intérêts aux deux policiers plaignants : on comprend ainsi mieux pourquoi les agents ont décidé de poursuivre Benjamin.

Si le gouvernement parle du monde d’après, cette condamnation montre qu’il n’a absolument pas changé. D’autant plus lorsque l’on sait que les agriculteurs ont été mis en avant pendant la pandémie comme travailleurs essentiels. La justice bourgeoise a douché toute illusion pour cet agriculteur réprimé pour avoir lutter contre la réforme des retraites.

Comme l’évoque Mireille Berthod, militante à la LDH de Chambéry, le procès s’est déroulé à huis clos : si tout un chacun peut en effet aller s’entasser au boulot, dans un hypermarché ou dans un lieu de culte, les règles sanitaires en vigueur interdisent néanmoins l’accès du public aux tribunaux. Une façon de tenter d’empêcher la solidarité, et de rendre les jugements de la façon la plus discrète possible.

Une si lourde condamnation vise à faire peser sur tous les militants des pressions à se taire face à une répression de plus en plus féroce. En cette période de crise sanitaire, nous devons peut-être être masqués, mais nous ne serons jamais muselés !




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