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L'impérialisme est responsable !

« Champignon noir » : Une nouvelle infection naît de la catastrophe sanitaire en Inde

En Inde, si le pic de la deuxième vague commence à se faire entrevoir, un nouveau fléau inquiète : l’émergence de « champignons noirs » et dernièrement « blancs » mortels atteignant d’anciens malades du Covid-19. Plusieurs explications sont avancées et toutes trouvent à leur source la gestion impérialiste de la pandémie.

mardi 25 mai

L’Inde est devenue lundi 24 mai le troisième pays à dépasser les 300 000 décès dus au Covid-19, après les Etats-Unis et le Brésil. Alors que la pandémie continue à faire rage parmi les 1,3 milliard d’habitants qui la composent, une nouvelle catastrophe pourrait voir le jour : la mucormycose. Une infection rare également désignée sous le nom de « champignon noir » qui noircit la peau finissant par atteindre les sinus, le cerveau et les poumons et entraîner de graves amputations. L’affection est mortelle dans 50% des cas.

Près de 10 000 cas de mucormycose ont été recensés chez des convalescents du Covid et une dizaine d’Etats ont d’ores et déjà classé l’infection en épidémie. La capitale, New Delhi compte 475 cas d’infection par le champignon noir. Avant la deuxième vague seuls 2 cas avaient été répertoriés. A lui tout seul, l’État du Maharashtra, où se situe Bombay, a recensé plus de 2000 casde mucormycose.

Le 19 mai quatre cas de candiose, également appelée « champignon blanc » ont été détectés à Patna, la capitale de l’Etat indien du Bihar rapporte The Independent. La découverte d’un nouveau champignon, blanc cette fois-ci, a inquiété la communauté scientifique, d’autant plus que les patients touchés par cette nouvelle infection présentaient des symptômes du Covid sans pour autant que leur test se soit avéré positif. De plus le « champignon blanc » serait plus mortel que « le champignon noir », dont le taux de mortalité est pourtant supérieur à 50% et se propagerait plus facilement dans plusieurs parties du corps, dont les ongles, l’estomac, les reins et le cerveau.

D’où provient cette nouvelle infection ?

Plusieurs explications existent pour éclaircir l’apparition de la mucormycose, le « champignon noir ». Selon le Monde « les experts soupçonnent en priorité l’utilisation abusive de stéroïdes chez certains patients gravement atteints par le Covid-19, notamment les diabétiques dont l’immunité a pu être, ainsi, fortement réduite. Car les stéroïdes permettent de réduire l’inflammation pulmonaire, mais ils entraînent une réduction de l’immunité et une augmentation du taux de glycémie, deux facteurs aggravant pour les diabétiques. L’usage de l’oxygène pourrait également être en cause. Confronté à une pénurie majeure, le gouvernement a dû autoriser le recours à l’oxygène industriel, qui a peut-être été conditionné dans des bouteilles sans l’hygiène appropriée. »

Il existe pourtant un remède efficace avec l’amphotéricine B liposomale, mais l’Inde fait face à une importante pénurie de ce traitement. La Haute Cour de Delhi, saisie par un malade, a en ce sens notifié lundi 24 mai que la différence entre la demande et l’offre disponible est trop conséquente pour être colmatée : « Il semble que la production actuelle et les prévisions d’approvisionnement et d’importation ne suffisent pas à répondre aux besoins de traitement du champignon noir ».
Pour l’instant, si aucun chiffre officiel n’a circulé, cette mycose qui infecte les tissus humains se propage très rapidement, et aurait déjà coûté la vie à plusieurs centaines de personnes.

Pourquoi en Inde ?

Le surgissement de cette mycose en Inde s’explique par la combinaison mortelle entre le nombre élevés de malades atteind du Covid et la prépondérance du diabète. L’Inde est le pays le plus touché au monde par cette maladie avec plus de 70 millions de cas. C’est ce qu’explique, leDr V Mohan, président et consultant en chef du centre éponyme de recherche sur le diabète à Chennai : « La raison pour laquelle nous constatons un si grand nombre de mucormycoses et ce plus que dans tout autre pays est la conséquence du nombre élevé de patients diabétiques, notamment souffrant d’un diabète non contrôlé, et du nombre record de cas de covid. ».

A l’origine de cette situation, il y a la dépendance économique vis-à-vis des puissances occidentales. La place de l’Inde dans le capitalisme mondial cest celle d’une manne de main d’œuvre bon marché pour concurrencer la Chine pour les industriels occidentaux. Alors que selon la Banque Mondiale Blogs 90% des travailleurs indiens sont dans le secteur informel, la pauvreté est généralisée et omniprésente. En 2006, le rapport de la National Commission for Enterprises in the Unorganised Sector (aussi connue sous le nom de Commission Arjun Sengupta du nom de son président) a conclu de ses enquêtes que 77% des Indiens vivaient avec moins d’un demi-dollar par jour. C’est sur cette précarité et auprès des secteurs les plus pauvres que le diabète prolifère. La sous-alimentation rend l’utilisation de stéroïdes risqués, l’organisme inadapté pouvant développer un diabète.

Les puissances impérialistes sont responsables

Le message d’alerte de la revue médicale The Lancet en décembre 2020 prend aujourd’hui une résonnance particulière tant il est vrai que « les pays riches [auront bénéficié] des nouvelles technologies [et des vaccins] lorsqu’elles [sont arrivées] sur le marché, tandis que les pays pauvres [auront continué] à être dévastés par la pandémie. » La contradiction entre la logique capitaliste du profit et la résolution de la pandémie s’est d’abord exprimée sur la question du brevet. L’émergence du variant indien, la prolifération du Covid en Inde et aujourd’hui des mycoses sont la conséquence directe de la politique d’apartheid vaccinal des pays impérialistes. Ainsi l’opposition des grandes puissances impérialistes à la levée des brevets, et à contrario l’octroi d’aides financières publiques aux grands laboratoires en échange de contrats leur donnant la primauté nationale sur les doses produites a favorisé l’émergence de situations catastrophes. L’Inde est devenu en même temps l’un des pays les plus touchés au monde par le virus et un « laboratoire à variant » dès lors que la mutation d’un virus bien que phénomène naturel, répond au cadre fixé par les stratégies sanitaire. Et plus la circulation du virus est importante, plus l’apparition de nouveaux variants est favorisée. 

C’est dans ce contexte d’intense propagation du virus qu’ont pu émerger les « champignons noirs et blancs ». Alors que la qualité des respirateurs utilisés pour sauver les malades du Covid apparait être un facteur à la genèse de l’apparition de la mycose, la responsabilité des puissances impérialistes est centrale. Les médecins Indiens en dernier recours utilisaient du gaz industriel pour faire face à la pénurie, les pays impérialistes en ont profité pour s’afficher comme les grands sauveurs de la population indienne, l’Etat français par exemple avait communiqué début mai avec grandiloquence sur l’envoi « impressionnant » de huit générateurs d’oxygène. Dans le même temps tous refusaient alors de s’attaquer à la source du problème et à la levée des brevets qu’il soient de vaccins mais aussi d’antibiotiques ou de respirateurs artificiels.

Ainsi, la tragédie que subit la population indienne, et en premier lieu les secteurs les plus paupérisés de cette dernière, illustre la défaillance du système capitaliste face à l’urgence de la résolution de la crise sanitaire et son incompatibilité structurelle avec la possibilité de protéger la vie de milliards de travailleurs, à l’échelle des États comme sur le plan mondial. Les interventions impérialistes, y compris celles qui revêtent un emballage « humanitaire », ne font que renforcer ce constat.

L’émergence de nouvelles infections dresse la possibilité d’un scénario catastrophe à l’échelle mondiale et des milliers de morts qu’elles ont déjà causé. Plus que jamais une campagne de vaccination efficace est urgente, mais la gestion capitaliste et concurrentielle de la crise sanitaire nous plonge dans une impasse. Pour dépasser cette situation on ne peut plus laisser les commandes de la résolution de la crise à une minorité qui ne pense qu’à ses profits. Pour une distribution massive, rapide et efficace des vaccins, au monde entier la levée des brevets est un pas nécessaire mais insuffisant. C’est toute la chaîne de production, des matières premières à l’acheminement des doses en passant par le conditionnement, qui doit être réquisitionné, nationalisée et mise sous contrôle des travailleurs de l’industrie pharmaceutique, qui sont les seuls à même de gérer une telle entreprise.




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