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Politique

VERS UN QUINQUENNAT EXPLOSIF ?

« Changement de méthode » : fragilisée, la macronie entame son quinquennat à la défensive

A l'aube d'un nouveau quinquennat, la macronie promet en coeur une « nouvelle méthode » et « plus de concertation ». Des annonces qui traduisent une fébrilité nette, liée à la crainte d'explosions sociales dans le cadre d'un nouveau mandat marqué par une faible légitimité électorale.

lundi 25 avril

Crédit photo : THOMAS COEX / AFP

Concertation, horizontalité, participation… : les nouveaux éléments de langage de la macronie pour habiller son manque de légitimité

Ce dimanche 24 avril, Emmanuel Macron était réélu avec 58,6 % des voix, sur fond d’abstention record. Un mandat entamé avec un discours sans éclats, loin de l’emphase « jupitérienne » de 2017. « Ce vote m’oblige » a notamment expliqué le Président, qui promettait ces dernières semaines un changement de « méthode » pour son nouveau quinquennat. Et pour cause, Macron et son entourage sont conscients de leur fragilité, après un premier quinquennat explosif, et du risque qui l’accompagne.

Dans ce cadre, ce lundi matin, ministres et proches de Macron ont défilé sur les plateaux télés et radio pour décliner la promesse de ce fameux « changement de méthode ». Sur RTL, Elisabeth Borne a ainsi insisté sur le fait que le Président était « conscient de la nécessité de rassembler, d’apaiser ». La ministre Agnès Pannier-Runacher a également appelé à un changement de « méthode », de même que Bruno Le Maire qui a affirmé : « bien sûr qu’il faut que nous changions notre façon de gouverner ». Alors qu’Olivier Véran promettait dimanche soir au micro de BFMTV que « les messages ont été entendus », affichant la volonté de « concerter davantage (avec) les Français », Jean-Michel Blanquer a repris ces éléments de langage en notant : « il y aura des choses nouvelles et des thèmes sur lesquels l’accent sera davantage mis, l’écologie étant centrale. La méthode sera la plus participative possible dans un pays qui a besoin d’aller vers moins de radicalité et plus de nuances. » Sur France Info, Stanislas Guerini a annoncé que Macron gouvernerait « avec plus d’horizontalité » et prendrait « un peu plus le temps de la concertation ».

« Horizontalité », « concertation », « changement de méthode »… Les éléments de langage sont faciles à recenser et l’objectif clair : donner l’impression d’une rupture pour le second quinquennat, et compenser la faible légitimité électorale par une gouvernance se voulant plus « participative ». Pièce maîtresse de ces déclarations d’intention, les concertations sur le modèle de la Convention Citoyenne pour le Climat. Quatre sont prévues dans les mois à venir comme le note Thierry Pech, directeur du think-tank Terra Nova et co-président de la Convention Citoyenne pour le Climat, dans l’Opinion : « une convention citoyenne sur la fin de vie, une concertation de toutes les parties prenantes de la communauté éducative sur l’école, une concertation territoriale sur l’offre de santé, et enfin une transition écologique plus négociée dans les secteurs économiques et les territoires ».

Une méthode qui fera sourire ceux qui se rappellent de la mascarade qu’a été la Convention Citoyenne pour le Climat, qui a abouti à un véto du gouvernement sur une grande partie des mesures heurtant de trop près les intérêts du patronat.

La réforme des retraites : test décisif et révélateur des contradictions des promesses du gouvernement

Surtout, les promesses de concertation se heurtent à la volonté – logique - du gouvernement d’appliquer le programme pour lequel il a été élu. A l’image de la réforme centrale des retraites. Sur ce terrain, l’hypocrisie est également de mise. Gabriel Attal annonçait ainsi lundi matin que le gouvernement allait « multiplier les concertations » pour « entendre les angoisses » sur la réforme, tandis qu’Elisabeth Borne expliquait sur RTL vouloir accorder « une place importante pour de la concertation ».

Derrière ces grands mots, c’est en réalité la carte du « dialogue social » qu’entend ressortir le gouvernement. En ce sens, Macron a annoncé une « conférence sociale » sur la réforme des retraites pour pouvoir la lancer « dès l’automne prochain », promettant d’ores et déjà quelques gages comme la hausse des pensions ou la revalorisation des minimas sociaux pour pouvoir revendiquer par la suite un « compromis ». Là encore, l’annonce veut conjurer le spectre des grèves massives qu’avait entraîné la réforme Delevoye, et espère pouvoir compter sur des directions syndicales qui se sont engouffrées avant même les résultats du second tour.

Mais même avec une telle méthode, la crainte reste forte. Dans Les Echos, Elsa Freyssenet rapporte : « les avis divergents de deux lieutenants du chef de l’Etat sur le contenu de la politique : « Si la réponse démocratique, c’est j’applique mon programme quoi qu’il en coûte, cela ne répond pas à la colère », dit l’un. « Quand tu es élu avec une majorité, il faut dérouler ton programme, sinon c’est la tyrannie de la minorité, » dit l’autre. » En ce sens, alors que certains éditorialistes pointent le danger d’une « tentation de l’inaction » et insistent sur la nécessité de mettre en œuvre rapidement la réforme des retraites, d’autres exhortent à une réforme des institutions préalable pour tenter d’élargir la légitimité du gouvernement. Une préoccupation qui se retrouve dans les doutes sur la composition et la nature du prochain gouvernement.

Une chose est sûre, les promesses de « changement de méthode » autant que les débats suscités par celles-ci traduisent une fébrilité claire du macronisme. Avec sa base sociale extrêmement fragile et la haine qu’il suscite, gouverner est plus que jamais un défi pour Macron.

Dans ce cadre et face à la crainte du gouvernement de la rue, il est fondamental de préparer la contre-offensive, non seulement pour empêcher les contre-réformes du gouvernement, mais aussi pour exiger des mesures aussi élémentaires que des augmentations de salaires pour toutes et tous. En ce sens, il faut exiger des directions syndicales qu’elles rompent le dialogue social et mettent sur pied un véritable plan de bataille, tout en travaillant à la constitution d’un bloc de résistances, capable de s’opposer frontalement au macronisme et de préparer la riposte sur le terrain des grèves et manifestations.



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