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Chanteloup-les-Vignes ou « l’ennemi intérieur » : répression et racisme face à la crise sociale dans les quartiers populaires

Chanteloup-les-Vignes vient confirmer que le gouvernement et l’ensemble de la sphère politico-médiatique n’ont que faire du mal-logement dans les vieux immeubles HLM ou de l’absence de perspective de la jeunesse. Après les affrontements ce samedi soir entre les jeunes du quartier de la Noé et la police, ministres, politiciens et journalistes se sont relayés pour dénoncer les violences, et faire dans la surenchère sarkozyste, avec le même discours sécuritaire et islamophobe en vogue ces dernières semaines.

mercredi 6 novembre

Photo : La Haine, tourné à Chanteloup-les-Vignes en 1995

De Zineb El Rhazaoui appelant, sur Cnews, à « tirer à balles réelles » sur les jeunes de banlieues, au gouvernement qui n’a pas tarder pour en faire un exemple de sa politique sécuritaire après le déplacement d’Edouard Philippe en Seine-Saint-Denis ce week-end pour annoncer des hausses d’effectif dans la police dans le département, l’affaire de Chanteloup-les-Vignes n’est pas sans rappeler le traitement dont la révolte des banlieues de 2005 avait fait les frais, après la mort de Zyed et Bouna un 27 octobre, il y a 14 ans.

« Cachez cette misère que je ne saurais voir... »

« J’ai pleine confiance en la police pour identifier les auteurs de ces actes lâches et imbéciles », twittait Edouard Philippe après l’incendie d’un cirque lors d’affrontements entre des jeunes du quartier de la Noé et la police ce samedi 2 novembre à Chanteloup dans les Yvelines. La droite et l’extrême-droite se sont empressé de prendre la tangente, en accusant le gouvernement de « déni » et de « banalisation » face à « des actes criminels » selon les mots du député LR Eric Ciotti. De même, le Syndicat de Défense des Policiers Municipaux (SDPM) s’est empressé d’exiger la généralisation du port d’arme chez les policiers municipaux, affirmant que « tous les policiers, de Chanteloup ou d’ailleurs, doivent être armés ».

Une source policière citée par RFI a pour sa part lié les affrontements au projet de rénovation urbaine dans le quartier, qui « dérange l’économie souterraine ». Une version reprise sans plus de preuves par la maire divers-droite de la ville, Catherine Arenou, qui s’est émue de la « désespérance pour tous les enfants » qui ne pourront plus fréquenter le cirque, tout en rappelant que la construction de la structure avait coûté 800.000€, alimentant les pires discours réactionnaires selon lesquels si les pauvres sont pauvres, c’est de la faute des pauvres...

Le gouvernement Macron en plein tournant régalien sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration s’est quant à lui empressé d’envoyer trois ministres sur place ce mercredi. « Odieux et inacceptable » a déclaré Christophe Castaner, qui a affirmé sa « détermination pour que les trafiquants qui considèrent qu’ils sont ici chez eux se rendent compte que tel n’est pas le cas ». De son côté la ministre de la Justice a sorti le grand jeu en s’assurant que « les deux personnes interpellées ont été placées en détention pour des fait de nature criminelle ». Tandis que le ministre du Logement, Julien Denormandie, inconnu au bataillon pour la grande majorité de la population qui galère pour payer son loyer, annonçait en grande pompe que son ministère participera financièrement à la reconstruction du cirque.

Entre misère sociale et stigmatisation : quand la jeunesse des quartiers populaires explose

Ce discours tout-répressif contre les jeunes, couvert par les accusations de trafic de drogue courageusement diffusées par les médias sans qu’aucun travail d’investigation sérieux n’ait été mené quant à la cause des affrontements, comme l’a souligné le sociologue Laurent Mucchielli, n’a pas non plus échappé au discours islamophobe en vogue ces dernières semaines. Ainsi l’universitaire Gilles Kepel, interrogé sur BFM TV à propos de cette affaire, n’a pas hésité à affirmer qu’avec l’affaire de Chanteloup-les-Vignes « on voit qu’on a maintenant un terrorisme d’ambiance ». Et de rajouter pour stigmatiser les habitants des quartiers populaires « on va écouter le prêche salafiste dans le quartier, on vit entre soi, on limite les interactions, les lois de la société française sont rejetées, on ne veut pas s’y intégrer ». Pendant que la présentatrice Apolline de Malherbe se dépêchait le plus normalement du monde d’ajouter que « précisément, il y a à Chanteloup-les-Vignes une rénovation, une réhabilitation qui dérange l’économie souterraine ».

C’est donc à une véritable campagne répressive et judiciaire contre les habitants des quartiers populaires et en particulier la jeunesse, que le gouvernement et la sphère médiatico-judiciaire s’adonne aujourd’hui. Il est pourtant clair que ce qui fait la misère dans les quartiers populaires des villes de la vallée de la Seine comme Chanteloup, 49ème ville la plus pauvre de France, durement touchée par les délocalisations et le chômage, ce ne sont pas les jeunes, mais bien la crise économique et les politiques néo-libérales qui détruisent les emplois, cassent les droits des plus précaire, et n’offrent comme perspectives à la jeunesse que l’échec scolaire, la galère, ou la débrouille.

Et il est également clair que dans le contexte actuel de crise sociale, l’offensive islamophobe du gouvernement et de l’extrême-droite qui s’ajoute aux habituelles violences policières, n’est pas sans susciter la colère de ces jeunes, qui sont non seulement exclus et cantonnés au ban de la société, mais sont en plus ainsi montrés du doigt et désignés comme un ennemi intérieur à combattre. Les affrontements entre les jeunes et la police à Chanteloup témoignent donc surtout de cette colère dans les quartiers où la seule réponse de l’Etat à la misère reste la répression, tandis que les représentations politiques et médiatiques se font toujours plus racistes.

Dans cette situation les habitants des quartiers populaires ne peuvent compter que sur leur propre organisation en toute indépendance de l’Etat et des institutions pour se défendre et par l’unité à construire avec le mouvement ouvrier et les organisations qui s’en revendiquent, pour s’opposer à ce système pourrissant.




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