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Charges et interpellations massives. Darmanin attaque toujours plus notre droit de manifester

Lors de la manifestation de samedi dernier contre la loi « sécurité globale » et contre la loi « séparatisme », durement réprimée, le gouvernement témoignait une nouvelle fois de tout l’arsenal représsif à sa disposition pour mener à bien son offensive sécuritaire. Plus de 142 interpellations, Darmanin joue la politique du chiffre.

lundi 14 décembre 2020

Crédits photos : Charles Platiau/Reuters

Charges systématiques, interpellations massives, violences policières et répression en masse : tel est le visage de la « nouvelle stratégie » du ministre de l’Intérieur. Une stratégie inspirée du « maintien de l’ordre » déjà utilisé lors des Gilets jaunes, lors du 1er mai 2019. 

Samedi, une manifestation sous haute répression

Samedi 12 décembre, plus de 10 000 personnes ont manifesté dans les rues, à Paris, des milliers à Toulouse, Bordeaux ou Montpellier, contre l’offensive sécuritaire du gouvernement portée par la loi "de sécurité globale" et la loi "séparatisme". Une mobilisation non négligeable malgré la répression et la mise en place d’un dispositif policier des plus impressionnants . Et pour cause : sous couvert de démontrer sa capacité à maintenir l’ordre, Darmanin n’a pas hésité à renforcer et mobiliser tout l’arsenal répressif dont le gouvernement dispose. Pour cela, 3000 policiers et gendarmes étaient présents à Paris, soit une augmentation d’environ 50% par rapport à la semaine précédente. 

Un nouveau dispositif que Darmanin a mis en œuvre pour scénariser une reprise en main du maintien de l’ordre, comme en témoigne notamment les tweets du ministre de l’Intérieur, qui, depuis son téléphone, couvrait la répression. De 24 interpellations alors que la manifestation n’avait pas encore débuté à 142 pour le bilan final de la journée, Darmanin s’enorgueillit de tels chiffres qui ont permis d’arrêter des « individus ultra-violents » et d’empêcher les « centaines de casseurs » de commettre des violences. De l’ultraviolence effectivement il y en avait, et on sait de quel coté : du côté des forces de police.

Intimidation et répression, les maîtres mots de la nouvelle stratégie de Darmanin

Une « stratégie de fermeté », on ne peut en douter, arbitraire et violente, non plus. De nombreuses vidéos, tweets et témoignages en attestent, la répression a été particulièrement forte sur l’ensemble des villes où défilaient les cortèges. Des assauts à répétition des policiers sur les manifestants afin de les éparpiller ont ainsi caractérisé la marche :

Des manifestant·es pacifiques qui, dans l’incompréhension la plus totale pouvaient se voir la seconde d’après tabassé·es et traîné·es au sol sans raison, comme en témoignnt e de nombreuses vidéos, dont celle de ce musicien au visage ensanglanté que BMFTV, en diffusant malencontreusement les images, s’est empressé de déguiser en « maquillage ». En témoignent également les canons à eaux et les lacrymos utilisés Place de la République en fin de manifestation.

Et toujours sous couvert de cette lutte contre les « casseurs », les policiers ont multiplié les arrestations arbitraires et les gardes à vues sans motif avéré - si tant est qu’il puisse y avoir de motif pour réprimer les manifestants. Comme le souligne l’article d’Antton Rouget sur Médiapart, en relevant qu’au regard des éléments et témoignages recueillis, « les personnes interpellées dans le cortège parisien étaient en grande partie des manifestants pacifiques, qui ne sont d’ailleurs par poursuivis pour des faits de violences » ; en attestent ainsi les chiffres du parquet de Paris qui montrent l’absence de poursuites pour la grande majorité des manifestants interpellés, comme c’est le cas de ces deux mineurs âgés de 16 ans arrêtés et gardés à vue pendant 24 heures avant d’être relâchés après que leur affaire soit classée sans suite.

Un exemple parmi tant d’autres, qui, comme le souligne l’article de Mediapart, prouve « que la stratégie policière était bien de foncer dans le tas et de procéder à des arrestations arbitraires. ». Une atteinte évidente au droit de manifester que le gouvernement tente de faire passer pour un moyen de garantir la sécurité.

Il s’agit d’une énième attaque au droit de manifester, qui se matérialise également par les fouilles préventives que certain·es ont dû subir, notamment des journalistes, attestant une nouvelle fois d’une atteinte à la liberté de la presse. Ainsi, après avoir fouillé cinq fois un groupe de journalistes indépendants, les policiers ont voulu les inscrire « dans le fichier des personnes recherchées ».

Bilan de la journée pour Darmanin : 142 « casseurs » interpellés parmi lesquels des journalistes venus couvrir la manifestation, des avocats, des mineurs ou encore des manifestants voulant sortir du cortège. Des arrestations inscrites dans une politique du chiffre, assorties d’intimidation et de violences tout au long de la manifestation. Ainsi, lorsque Darmanin tweet que « Force est restée à la loi », Violence est restée au gouvernement est sans doute plus proche de la réalité.

Le système policier répressif d’un gouvernement liberticide

Mais derrière, cette nouvelle stratégie de « fermeté » de Darmanin, il y a en réalité un enjeu supplémentaire : conforter le gouvernement dans sa capacité à maintenir l’ordre, suite notamment à la manifestation du 5 décembre, alors qu’il est sous importante pression de la droite - Xavier Bertrand joue même la surenchère suite à la manifestation du 12 décembre, appelant à "traquer" les black blocs avant les manifestations - et des syndicats policiers au regard notamment des dernières déclarations de Macron sur la question des violences policières. C’est en clair ce qu’exprime le tweet de Darmanin « Force est restée à la loi », ce dernier se félicitant de cette journée de répression, cherchant à remettre les points sur les i face aux critiques. En somme, le monopole de la violence légitime doit rester du côté de l’État, ses lois et ses forces de police. 

Alors que la jonction de la lutte contre la loi "sécurité globale" et contre la loi "séparatisme" réunissait les manifestants ce samedi, le gouvernement n’a donc fait qu’attester une nouvelle fois de son offensive autoritaire et répressive. La mise en place d’un tel dispositif, à Paris notamment, montre la volonté du gouvernement de faire taire toutes revendications contre la politique autoritaire qu’il mène. Un moyen d’intimidation et de répression qui remet en cause le droit de manifester comme la liberté de la presse. Un gouvernement liberticide dans ses lois comme dans ses actes et une nouvelle preuve de l’importance de continuer la lutte contre l’offensive du gouvernement.




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