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Chasse aux chômeurs : quand Pôle Emploi piste un chômeur sur les réseaux sociaux

Vendredi 29 novembre, plusieurs journaux se sont accordés pour fustiger un fraudeur chez Pôle emploi. Ce qui semble pourtant scandaleux, ce sont les méthodes de Pôle emploi qui mène une chasse aux chômeurs jusque sur les réseaux sociaux.

samedi 30 novembre

Ce vendredi 19 novembre, plusieurs media tels que Capital, Le Figaro et Ouest France sortaient des articles à propos d’une supposée fraude à Pôle Emploi. Scandalisés par ce qui leur semblait être un acte "crapuleux", ils ont pourtant oublié de préciser que les méthodes employées par Pôle Emploi pour pister les "nouveaux fraudeurs" étaient peut-être, elles aussi, crapuleuses.

"De septembre 2016 à septembre 2018, il a [...] touché crapuleusement plus de 18.000 euros d’allocations chômage" : c’est de cette manière que Le Figaro présente l’affaire. Pourtant, il suffit de faire un simple calcul mathématique pour se rendre compte que 18 000 euros sur 2 ans sont équivalents à 750 euros par mois. Une misère quand on sait que le seuil de pauvreté (à 60%) est à 1041€ en France.

Plus encore, selon Le Figaro, "inscrit en tant que demandeur d’emploi, le jeune fraudeur ne se présentait à aucune des convocations et ne s’était pas mis non plus en quête d’un emploi." Pourtant, chez Pôle Emploi, si le chômeur ne se présente pas aux rendez-vous, les allocations devraient être suspendues.

"La raison ? Il ne vivait pas en France, mais en Turquie, son pays natal. [...] Le pot-aux-roses a été découvert sur Facebook par les agents de Pôle emploi, après avoir consulté le compte du fraudeur, régulièrement actualisé avec de nouvelles photos et vidéos", continue Le Figaro. Au-delà du fait que des photos sur des réseaux sociaux ne constituent pas la preuve empirique que le chômeur habite en Turquie (il aurait pu être en vacances), cela montre les méthodes de Pôle emploi, qui consistent à étendre la chasse aux chômeurs jusque sur les réseaux sociaux.

Présentant cette affaire comme un fait divers, Le Figaro participe pourtant à la construction d’une opinion publique selon laquelle les fraudeurs sociaux seraient de plus en plus nombreux, justifiant ainsi les méthodes de pistage de Pôle Emploi. En janvier 2019, le gouvernement a publié un décret, réformant le contrôle des chômeurs ; selon rebondir.fr, “des équipes (qui passeront de 200 à 600 personnes d’ici à mi-2019, puis à 1000 d’ici à 2020) seront dévolues au contrôle de la recherche active d’emploi par les chômeurs. Cette réforme fait de Pôle Emploi un outil de contrôle des chômeurs, plus que d’aide aux chômeurs. Ainsi, avec la réforme de Pôle Emploi, le nombre de conseillers est diminué, tandis que celui des contrôleurs, lui, est augmenté. Plus que du contrôle, c’est une véritable oppression des chômeurs qui se joue là, les sanctions pouvant être très lourdes, allant de “la suppression du revenu de remplacement”, jusqu’à de la prison ferme, comme c’est le cas pour le chômeur du Figaro. Quatre mois de prison ferme, pour une fraude supposée et prouvée par quelques photos sur Facebook, c’est bien la peine qui a été prononcée par la justice.

Accusé d’être trop généreux et d’inciter les chômeurs à rester chez eux, le régime d’indemnisation des chômeurs est, dans la réalité, tout autre. En plus d’être contrôlés en permanence et de subir une pression sociale poussant à la honte, les chômeurs sont parmi les plus précaires de notre société. Ainsi, en février 2019, 30% ne recevaient aucune indemnité et 50% touchaient moins de 500 euros par mois. Mais cette précarité s’est encore aggravée avec la réforme du chômage qui s’attaque aux conditions d’accès pour l’ouverture de droits au chômage et touche près de la moitié des 2,6 millions d’allocataires, sur un total de 6 millions d’inscrits à Pôle Emploi.

Face à cette réforme, passée en catimini en début d’année, mais aussi contre ce système d’allocations plus punitif que réellement assurantiel, la seule réponse qui puisse faire trembler Macron et sa clique se trouve dans la rue. Le 5 décembre, mais aussi le 6, le 7 et le 8, soyons tous dans la rue aux côtés des travailleurs en grève, afin d’en finir avec ce système qui nous précarise au quotidien !

Crédits-photo : afp.com/PHILIPPE HUGUEN




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