^

Politique

Chasse aux sorcières et offensive islamophobe. L’Académie de Besançon appelle les profs à la délation

Dans un courrier concernant la rentrée, l’inspecteur d’académie du Jura se fait le relais du Parquet en demandant aux chefs d’établissements d’inciter les professeurs à dénoncer tout comportement assimilé à de l'« apologie du terrorisme ». Une notion floue pour une campagne répressive inscrite dans la logique de « chasse aux sorcières » du gouvernement.

dimanche 1er novembre

Crédit photo : Hommages à Charlie Hebdo en 2015 - CHRISTOPHE AGOSTINIS/PHOTOPQR/LE DAUPHINE

A deux jours de l’hommage national à Samuel Paty dans l’Education Nationale, l’inspecteur d’académie du Jura s’est fait sans détour, ce 30 octobre, le relai de la logique du gouvernement. Dans un courrier adressé aux chefs d’établissements, c’est une véritable logique de « chasse aux sorcières » parmi les élèves et les personnels qui a en effet été promue auprès des chefs d’établissements.

Après avoir rappelé que « le fait pour quiconque de porter, sur le crime (sic) de Samuel Paty ou sur son auteur, un jugement favorable ou même de manifester une égale considération pour la victime d’un acte de terrorisme et de son auteur, ou de s’identifier à lui » pourrait constituer un délit « d’apologie du terrorisme », l’inspecteur d’académie appelle en effet les chefs d’établissements à diffuser aux équipes pédagogiques une véritable injonction à la délation.

« Tout fonctionnaire qui acquiert (…) la connaissance de la commission d’un crime ou d’un délit doit en aviser sans délai le procureur de la République » commence par rappeler l’inspecteur avant de préciser : « le procureur de la République attache une grande importance à ce que ces faits soient effectivement et sans délai portés à la connaissance du parquet des mineurs si de tels agissements devaient être imputés à un mineur, et au le (sic) procureur de la République s’ils devaient être le fait d’un majeur. » Un appel clair et net à signaler le moindre comportement suspect, dont on imagine bien qu’il vise en premier lieu les élèves.

Dans une période marquée par une très forte polarisation sociale, où une offensive islamophobe de grande ampleur est menée par le gouvernement sous couvert de l’assassinat de Samuel Paty par un fanatique, un tel courrier exprime la volonté du gouvernement d’aller au bout de sa logique de « chasse aux sorcières ». Après les organisations musulmanes comme le CCIF, après les « islamo-gauchistes » dans les partis ou les syndicats, c’est au tour des élèves et des personnels d’être visés. Une logique qui ne peut qu’attiser la défiance, voire la haine, en faisant des professeurs le bras armé de la politique réactionnaire du gouvernement.

Une telle politique a des précédents. En 2015, 70 perturbations des minutes de silence hommage à Charlie Hebdo avait eu lieu en France. Un phénomène ultra-marginal, 0.001% des établissements, et qui avait à l’époque était réglées en interne, déjà dans une logique répressive. Cette fois, le gouvernement va plus loin en cherchant à judiciariser à tout prix tout comportement jugé déviant. Une politique ultra-répressive, probablement pas cantonnée à l’Académie du Jura, et qui souligne ce qui se cache derrière la défense de la « liberté d’expression » promue par le gouvernement.

A l’heure où il faudrait rétablir la confiance et ouvrir un dialogue, le gouvernent continue de vouloir mettre de l’huile sur le feu et tente d’embrigader les professeurs dans son opération. Alors que de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une rentrée sans protocole sanitaire à la hauteur et sans moyens supplémentaires, il est probable que Blanquer voit rapidement arriver le retour de bâton.

Le courrier de l’Académie du Jura :




Mots-clés

Education nationale    /    CGT educ’action   /    SUD-Education   /    Politique