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Chez AAA les salariés seront licenciés lors des fêtes de fin d’année : le prix du « dialogue social »

« Le PSE a montré que la stratégie de baisser la tête, rester dans son coin et bien travailler pour essayer de passer entre les gouttes et ne pas se faire repérer par le patron, ne sert à rien », explique Arnaud Robin, délégué CFDT chez le sous-traitant aéronautique AAA.

mercredi 16 décembre 2020

L’annonce du PSE chez AAA avait fait beaucoup de bruit. Non seulement parce qu’il était un des premiers PSE qui tombait dans le secteur aéronautique, mais surtout par la dimension de l’attaque : après avoir mis fin aux contrats d’environ 800 intérimaires, la direction du groupe avait annoncé le 8 juillet un PSE qui visait 719 salariés sur 1587, soit plus de 45 % des effectifs. Deux semaines après l’annonce du plan de suppressions de postes chez à Airbus, le PSE à AAA illustrait l’impact des décisions du donneur d’ordre sur les salariés des sous-traitants et anticipait l’offensive patronale qu’on vit aujourd’hui.

A l’image du reste du patronat de l’aéronautique (sous-traitants et donneurs d’ordre compris) la direction d’AAA s’est servi de l’argument des difficultés financières pour faire payer la crise aux salariés. En effet, bien que la crise du secteur soir réelle, le groupe s’est bien gardé d’annoncer que le PDG de AAA cumule plus d’un million d’euros de salaire par an, que 800 000 euros vont pour le directeur général, et que plus de 10 millions de dividendes ont été versés aux actionnaires de l’entreprise au cours des quatre dernières années ! Mais où il est cet argent quand il s’agit de sauver les emplois ? Comme nous le rappelait Arnaud Robin, délégué CFDT AAA « les licenciements et les attaques aux salaires ce sont des choix visant à garder les intérêts du patronat et non une fatalité lié à la crise ».

Cependant, sous le choc de l’annonce qui se mélangeait à la crise sanitaire, à la peur de perdre l’emploi et au climat général de passivité entretenu en grand partie par les directions syndicales, la mobilisation chez AAA n’a pas prise malgré les appels des équipes syndicaux CFDT. Dans ce contexte d’atonie, la direction, avec l’appui de FO et CFE-CGC a pu faire passer le PSE en se servant d’un manœuvre habituel et déjà loué par le gouvernement et le patronat comme on l’a vu chez Daher : annoncer un PSE énorme pour ensuite réduire le nombre au cours des négociations et pouvoir donner des gages aux syndicats maison pour le signer.

En effet après trois mois de « dialogue social », les syndicats FO et CFE-CGC de AAA, sans consulter à aucun moment avec l’ensemble des salariés, ont signé un PSE concernant 567 licenciements ou suppressions d’emplois au lieu de 719. Au total, si on compte les 800 intérimaires, ce sont donc près de 1400 salariés qui vont être mis à la porte.

Le PSE est d’autant plus scandaleux et brutal que parmi les 567, 415 vont recevoir la lettre de licenciements le 28 décembre. Alors que ce sont nombreuses les familles qui vont passer ce noël avec quelqu’un de moins suite à la pandémie et la gestion catastrophique du gouvernement, « le patronat nous offre ce cadeau pour les fêtes de fin d’année », comme nous l’explique ironiquement Arnaud Robin. Cela n’est pas un cas isolé, chez Cauquil, les salariés vont recevoir la lettre de licenciement aux alentours du 24 décembre. Tous les deux, des cas qui rappellent les drames familiaux qui vont toujours avec ces attaques patronaux.

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Tel qui nous l’explique Arnaud, « la direction semble s’avoir rendu compte après coup que le PSE est trop nombreux par rapport à la charge de travail qu’on va avoir. Parmi les 567 salariés visés par le PSE, 152 vont être licenciés aux alentours de fin mars. Ils vont devoir travailler pendant 3 mois tout en sachant qu’ils vont être licenciés. Pour les garder motivés le manager leur dit que peut être le group aura toujours besoins d’eux après mars. Les salariés sont considérés comme des moins que rien, c’est scandaleux. »

De plus « les critères des licenciements sont complètement opaques et la direction refuse de nous les dire. Il y a des travailleurs handicapés ou âgées d’entre 40-50 ans qui sont licenciés alors que leurs perspectives de trouver un emploi ailleurs sont beaucoup plus compliqués. Loin de suivre des critères liés aux compétences ou à la productivité il semble que la direction cherche à se débarrasser des gros salaires et laisser ceux qui lui coûtent beaucoup moins cher. Il ne serait pas étonnant qu’une fois le PSE passé la direction embauche plus tard des intérimaires pour faire le même travail moins cher ».

De même, « le PSE a montré que la stratégie de baisser la tête, rester dans son coin et bien travailler pour essayer de passer entre les gouttes et ne pas se faire repérer par le patron ne serve à rien. Des collègues qui ont travaillé pendant tout ce période ce sont fait licencier tandis que ceux qui ont resté au chômage partiel n’ont pas été visés. Se tuer à la tache où avoir participé à quelques rassemblements n’a pas fait la différence. La seule voie d’échapper aux licenciements c’est de ne pas tomber dans la piège du « dialogue sociale » et de lutter collectivement par la grève pour 0 suppression d’emploi comme le font les salariés de Toray ».




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