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Du Pain et des Roses

Violences sexuelles

Chili. Des femmes arrêtées dénoncent des sévices sexuels et des menaces de viol

Des organisations de défense des droits humains, et des droits des femmes dénoncent la violence et les abus sexuels perpétrés contre les femmes chiliennes par les forces policières et l’armée dans le cadre du soulèvement populaire qui embrase le pays.

mercredi 23 octobre

Une traduction de l’article de Céleste Murillo.

Au cours des derniers jours, des organisations de défense des droits humains et des organisations féministes ont signalé plusieurs cas de passages à tabac, d’abus sexuels et de menaces de viol contre des femmes qui participent au soulèvement populaire au Chili. Les forces répressives chiliennes appliquent des méthodes de répression et de torture qui ne sont pas inconnues des femmes d’Amérique latine.

Alors que se multiplient les arrestations et la chasse aux manifestants, des cas d’abus sexuels commis par les forces spéciales chiliennes et l’armée ont été révélés ces derniers jours. Dans le contexte de l’état d’urgence et du couvre-feu décrétés dans plusieurs villes, des informations circulent faisant état de multiples cas de violences extrêmes contre les femmes.

De nombreuses plaintes déposées parlent de mauvais traitements, de passages à tabac, d’actes de torture et d’harcèlements sexuels, entre autres violations des droits individuels. La situation des femmes participant aux manifestations inquiète des organisations tel que le « Réseau chilien contre les violences faites aux femmes » [Red Chilena Contra la Violencia hacia las mujeres)]. Silvana del Valle, avocate de cette organisation, explique qu’il existe une histoire de la violence sexuelle et politique au Chili et en Amérique latine.

L’une des accusations qui a été révélée raconte que « les filles qui ont été arrêtées ont toutes été déshabillées devant des hommes et non devant des femmes comme la loi l’exige. Elles ont toutes été touchées à leurs parties génitales, leurs poitrines ; plusieurs se sont fait mettre la pointe du fusil ou la crosse dans le vagin et on les a menacées d’être « violées par le cul, traitées comme des putes » ; qu’elles allaient être violées puis tuées, beaucoup de ces filles ne sont toujours pas rentrées chez elles" explique une psychologue de Santiago du Chili, qui n’a pas voulu rendre son nom public. L’incertitude sur le sort de nombreuses personnes arrêtées, qui, selon divers médias, s’élèvent à 2 000, joue également un rôle pour terroriser et discipliner la population.

Une femme détenue a dénoncé avoir été plaquée au sol et qu’un membre de l’armée ait menacé de la tuer si elle bougeait, qu’il l’a pointé avec un fusil et lui a dit qu’il allait "la pénétrer avec l’arme". La plainte a été reprise par l’Institut national des droits de l’homme (INDH), qui a présenté plusieurs mesures juridiques pour appeler au respect des conditions de détention.

Une autre plainte connue est celle de Pamela Maldonado détenue avec son père à Santiago. Elle a signalé qu’au cours de son transfert dans un commissariat, un policier l’a menacé de l’agresser sexuellement, "Voyons si ça te plaît dans le cul", lui aurait-il dit.

Ce n’est pas la première fois que les forces répressives chiliennes sont les auteurs de violences et d’abus sexuels. Lors des manifestations étudiantes chiliennes de ces dernières années, de nombreuses plaintes ont été déposées contre les forces spéciales pour avoir soulevé les jupes des lycéennes. Les étudiantes arrêtées lors des manifestations ont également confirmé qu’ils avaient touché leurs parties génitales, les avaient déshabillées et que les insultes les plus courantes étaient celles liées à leur sexualité ("putes de merde", "Lesbiennes", etc.).

La violence sexuelle en tant qu’arme du terrorisme d’État

En Amérique latine, les tortures perpétrées par les Forces armées contre les femmes sont connues : les abus et les viols étaient monnaie courante pendant les dictatures militaires d’Amérique latine. Ce qui est appelé la « discipline du genre » est un élément important de la violence de l’État à l’égard des femmes. Lors du procès contre Miguel Osvaldo Etchecolatz pour crime contre l’humanité dans le cadre de la dictature Argentine, l’avocate Myriam Bregman, plaignante dans ces affaires et députée du FIT, Front de gauche, a souligné que la "violence sexuelle mise en œuvre dans le cadre du terrorisme d’État" devait être reconnue comme faisant partie des actions des Forces armées.

De même, sous les gouvernements "démocratiques" qui ont remplacé les dictatures, les violations et les abus sont une arme couramment utilisée par les forces répressives. L’un des cas les plus connus de ces dernières décennies a été la répression à San Salvador Atenco (Mexique) en 2006, lorsque l’ancien président Enrique Peña Nieto était gouverneur de l’État du Mexique. Les autorités ont entrepris une répression sauvage contre les habitants de San Salvador Atenco qui défendaient leurs terres. Dans le cadre de cette répression, les femmes ont dénoncé avoir été harcelées, humiliées et violées par des policiers.

Les violations perpétrées par les membres des forces répressives ont pour objectif de marquer les corps, de les punir et de discipliner, terroriser, tant physiquement que politiquement. Les violences ne cessent pas avec les abus mais se poursuivent ensuite par l’étouffement des dénonciations, le fait de réduire les femmes au silence.

S’il y a un cas paradigmatique, c’est celui des troupes de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) qui sont accusées de viols, d’abus sexuels et d’être à l’origine de réseaux de prostitution de femmes et de filles. De nombreux membres des forces répressives au Chili, ainsi qu’au Brésil, en Uruguay, en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Guatemala, au Paraguay et au Pérou, ont été formés et entrainés dans cette force spéciale. En Haïti, 225 femmes, dont un tiers étaient mineures, ont dénoncé les abus sexuels et l’exploitation sexuelle de soldats « de la paix ».

Selon un rapport des Nations Unies, 480 plaintes pour exploitation et abus sexuels ont été déposées entre 2008 et 2013, dont un tiers concerne des enfants. Les missions en République démocratique du Congo, au Libéria, en Haïti et au Sud-Soudan concentrent le plus grand nombre de ces plaintes. En 2014, 51 plaintes pour exploitation et abus sexuels contre des casques bleus de l’ONU ont été déposées. Près de la moitié des plaintes contre des soldats étaient liées à des rapports sexuels avec des mineurs et 15 % à des viols et des agressions sexuelles.

Les abus actuels des forces répressives montrent une fois de plus que la violence sexuelle est une arme utilisée contre les femmes dans des contextes répressifs. Les mobilisations féministes et les mobilisations contre la violence sexistes particulièrement développées en Amérique latine ont mis en avant la complicité de l’État dans la reproduction d’une longue chaîne de violences patriarcales.