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Monde

Chili. Grève générale ce mercredi à l’appel des syndicats, organisations étudiantes et sociales

La mobilisation pour ce mercredi et ce jeudi a été confirmée lors d'une conférence de presse par les principaux syndicats, la fédération universitaire et la coordination contre le système de retraites privées.

mardi 22 octobre

Les organisations de travailleurs, étudiantes et sociales ont tenu une conférence de presse ce mardi pour convoquer une grève générale ce mercredi et ce jeudi.

A cette conférence initiée par le Colectivo Unidad Social, ont participé des organisations telles que la Central Unitaria de Trabajadores (CUT) [la principale centrale syndicale du pays], l’Unión Portuaria de Chile [principal syndicat des dockers], CONFUSAM [syndicat de travailleurs de la santé], le Colegio de Profesores [syndicat de professeurs], la Federación de Trabajadores del Cobre (FTC) [syndicat du cuivre], la Confederación de Estudiantes de Chile [Confech, principale organisation étudiante au Chili], Coordinadora de Trabajadores NO+AFP [la coordination des travailleurs contre le système de retraite privée] et encore d’autres.

Le document lu devant le public appelle à la grève avec mobilisation ce mercredi avec des marches qui partiront de la Plaza Italia [place centrale et point de convergence routier] au cœur de Santiago du Chili et d’autres lieux de mobilisation dans chacune des régions du pays.

Jeudi, la mobilisation se déroulera sous forme de rassemblements et d’assemblées.

Les revendications sont les suivantes :

1) Abrogation immédiate de l’état d’urgence et retour des militaires dans les casernes

2) Que les parlementaires effectuent une grève législative et que, tant que l’état d’urgence se poursuit, aucun projet de loi ne soit examiné.

3) Le retrait des projets de loi qui touchent le peuple chilien : pensions de retraite [le système de retraite chilien est basé sur une gestion privée des fonds de pension], réforme fiscale, le TTP 11 [traité transpacifique approuvé par l’assemblée nationale le 19 avril 2019, il offre plus de protections aux multinationales, il restreint le champ d’action des politiques publiques et affecte les droits sociaux], etc.

4) Mise en œuvre d’un ensemble de mesures d’urgence

5) Assemblée nationale constituante pour élaborer en particulier un nouveau cadre structurel et ouvrir la voie à un nouveau modèle de développement national qui mette fin au modèle néolibéral actuel.

6) Nous rejetons les déclarations de Piñera selon lesquelles « il est en guerre » contre le peuple chilien. Nous exigeons sa démission.

Les mineurs de cuivre rejoignent la lutte

Cet appel intervient après plusieurs jours de répression policière et militaire brutale, avec des centaines de blessés et d’arrestations, et au moins une douzaine de morts dans le cadre des opérations des carabiniers.

Lundi, l’appel à la grève générale initié par les dockers a eu un fort écho, et ces derniers ont paralysé les 20 ports les plus importants du pays.

De leur côté, les travailleurs de la mine de cuivre de La Escondida, la plus importante au monde, se sont joints à l’appel contre la répression gouvernementale et les abus des entreprises.

« Notre organisation syndicale n’acceptera pas d’abus ou de répression de la part des patrons ou de leur gouvernement, encore moins lorsque la répression touche y compris les enfants des travailleurs qui manifestent contre un système injuste qui a été imposé par ceux qui gouvernent actuellement. » C’est ce qu’affirment dans leur communiqué officiel les travailleurs du Sindicato N°1 de la mine Escondida.

Le communiqué publié par ce syndicat signale également : « Nous appelons tous les travailleurs des mines de notre pays à manifester pour protester contre la répression exercée contre le peuple et les abus patronaux. »

Echec de la politique de Piñera

Pour sa part, la politique d’unité tentée par Piñera avec toute l’opposition a échoué ce mardi. Le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PC) n’ont pas participé à la réunion étendue par le Secrétaire de la Présidence Gonzalo Blumel à tous les partis politiques de l’"Opposition" - dont le Frente Amplio. L’objectif de ces réunions était de mettre fin aux manifestations massives qui ont éclaté contre l’état d’urgence et le couvre-feu au niveau national.

Dans le cas du PS, un communiqué a été publié expliquant leur absence dans cette réunion, alors que, pour le PC, son président, le député Guillermo Teillier a indiqué qu’il n’avait reçu l’invitation du ministre Blumel que vers 10 heures aujourd’hui, mais que, dans tous les cas, il se dissociait de cette réunion, compte tenu du contexte de répression.

« Curieusement, aujourd’hui à 10 heures, nous avons reçu une invitation du gouvernement et j’ai également reçu un appel du ministre Blumel qui m’a invité », a déclaré le député, ajoutant que « les mouvements sociaux ne sont pas entendus et on préfère faire ce genre de de réunion à La Moneda [le palais présidentiel] (...) sans savoir s’il y aura des définitions claires et précises », selon le media Radio Bio Bio.

Le Frente Amplio à la croisée des chemins face à la militarisation et à la répression

Dans le cas du Frente Amplio (FA) [coalition de partis et mouvements de gauche], il existe des divisions importantes en son sein. Selon le media "El Desconcierto", les partis Revolución Democrática (RD), Comunes y Convergencia Social (CS), considéraient encore quelques heures avant la possibilité de participer à cette réunion avec le président Piñera. Finalement, étant donné que le gouvernement a maintenu sa ligne répressive avec l’état d’urgence et les couvre-feux, il a été décidé qu’aucune des composantes de la coalition ne participe à la réunion.

Non au pacte social avec le gouvernement assassin et antidémocratique

Pour autant, il reste inacceptable de penser s’asseoir avec un gouvernement responsable de plus de 15 personnes tuées au niveau national, et qui reste réticent à mettre fin à sa ligne répressive et criminelle face à la protestation sociale, où militaires et policiers ont attaqué en permanence et parfois violé les dizaines de milliers de personnes qui crient haut et fort : “que se vayan los pacos y milicos de las calles” [« Flics et militaires dégagez des rues ! »].

Les dockers lundi, mais aussi les mineurs ont fait une petite démonstration : avec les mobilisations et la paralysie des ports et de l’activité minière, la grève est la modalité d’action qui peut faire tomber réellement non seulement l’état d’urgence et la répression, mais aussi le gouvernement de Piñera et tout ce régime pourrissant.




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