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Répréssion de la jeunesse

Chili. La police de Boric réprime une manifestation et blesse un étudiant par balle

Vendredi dernier, les étudiants et lycéens chiliens sont sortis dans la rue pour réclamer un réajustement des bourses alimentaires et ont fait face à une violente répression. Un étudiant a été blessé par balle par un policier. Une preuve de plus pour ne pas faire confiance au régime de Boric et à ses réformes de l’appareil répressif de l’État.

lundi 28 mars

Crédit photo : JOHAN ORDONEZ / AFP

Vendredi dernier, les étudiants et lycéens chiliens sont descendus dans les rues de plusieurs villes du pays pour réclamer un réajustement des bourses alimentaires, dont la valeur a été gelée depuis plusieurs années. À cette revendication s’est ajoutée la lutte contre les violences machistes et la demande historique d’accès à une éducation gratuite, universelle, démocratique et non sexiste.
Il s’agit de la première manifestation étudiante sous le gouvernement de Gabriel Boric, dont la réponse n’a pas été très différente de celle des gouvernements précédents : il a ordonné une répression sévère avec des canons à eau. L’événement le plus grave s’est produit lorsqu’un carabinier a sorti son arme et tiré à bout portant sur l’un des étudiants, le blessant.

La répression a été dénoncée par les organisations et les activistes des droits de l’homme, qui ont également dénoncé l’hypocrisie du gouvernement de Boric. A sa prise de fonction, ce dernier mettait justement en avant la forte composition de politiciens issus du mouvement étudiant de 2011 dans son gouvernement, et notamment lui-même.

Toutefois, ce qui pourrait être considéré comme une contradiction semble être un élément caractéristique de la politique « modérée » du gouvernement de Boric, qui, immédiatement après les élections, a affiché un net virage vers le centre en concluant des accords avec les partis néolibéraux. Loin d’incarner le changement réclamé par les soulèvements de 2019 et promis lors de sa campagne, l’actuel président a choisi d’accorder sept ministères à la « Concertación », un des piliers de l’ancien régime. Il a même conservé dans son équipe de nombreuses figures de cette ancienne alliance de centre-gauche. C’est le cas par exemple de Mario Marcel, actuel ministre des Finances qui a été président de la Banque Centrale du Chili de 2012 à 2016, et qui est l’un de ceux qui ont jeté les bases de l’austérité et de la privatisation du secteur public.
Et en effet, si on maintient les politiques d’austérité, on maintient la répression contre ceux qui se soulèvent contre elles. En ce qui concerne l’appareil répressif, déjà en janvier avant de prendre ses fonctions de président, Boric était passé d’un discours de « refondation » des carabiniers, agents militaro-policiers armés de carabines, à une proposition de simple « réforme ».

Ainsi, l’actuel président chilien a reconduit Ricardo Yáñez au poste de directeur national de l’ordre et de la sécurité, alors même qu’il était en poste lors de la rébellion d’octobre 2019, comme directeur général des Carabineros. Il est important de rappeler qu’au cours du mandat de Yáñez, il y a eu 476 plaintes officielles d’abus sexuels commis par des policiers, ainsi qu’un grand nombre de violations des droits de l’homme. Et face à cela, la récente nomination de la première femme aide de camp de l’histoire du Chili n’est rien d’autre qu’une façade hypocrite pour tenter de redorer le blason une institution répressive et réoxygéner le régime, sous couvert de l’inclusion et de l’égalité des genres.

La violente répression de vendredi montre que l’on ne peut pas faire confiance au gouvernement Boric, qui continue de se droitiser sur différents aspects de sa politique. Seule la mobilisation dans les rues, avec la force et l’expérience des révoltes de 2019, pour revendiquer la libération de tous les prisonniers politiques sans restriction, pour exiger la dissolution de Carabineros, pour dénoncer l’impunité des carabiniers et de tous les responsables des violations des droits de l’homme, permettra d’imposer la victoire.



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