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Mobilisation au Chili

Chili. Le retour des mobilisations à deux semaines du vote pour une nouvelle constitution

Le chili, après des mois de passivité lié à la crise sanitaire, redevient la scène de grandes tensions. Après les grandes répressions ces dernières semaines, une gestion catastrophique de la crise sanitaire de la part du gouvernement et le plébiscite constitutionnel qui rapproche, la colère reprend les rues presque un an après le début des grandes mobilisations connues l'année dernière.

lundi 12 octobre

crédit photo : La Izquierda Diario

Avec des manifestations de plus en plus massives dans la Plaza de la Dignidad, le Chili reprend ses coutumes de l’année dernière : exiger une vie digne, dénoncer la répression, exiger le départ de Piñera, son gouvernement et la constitution de Pinochet.

Après un confinement silencieux et militarisé, ce qui a débuté à la fin du mois de septembre avec quelques manifestants isolés dans la Place de la Dignidad, la mobilisation s’est intensifiée le premier vendredi d’octobre. Elle s’élève notamment contre les violences policières suite à une video qui a fait le tour du monde et sur laquelle un adolescent de 16 ans est poussé sur un pont par un carabinier pendant une manifestation. Ce jeune a ensuite été détenu par la police - malgré son état grave de santé et le fait d’avoir été victime d’une tentative d’homicide. Une tentative du gouvernement de criminaliser la lutte et donner de la peur à l’avant-garde de cette lutte est la jeunesse.

Les manifestations ont continué le lundi 5 pour exiger la liberté des prisonniers politiques pendant les mobilisations de 2019, dénonçant la répression et l’impunité policière. Des mobilisations qui deviennent de plus en plus récurrentes et massives, notamment celle de vendredi dernier avec 1500 personnes réunies, et où l’intensité de la répression policière n’a en rien entamé la détermination des manifestants.

Essayant d’attiser cette colère et avec la peur de revenir aux scènes connues à la fin de 2019, le gouvernement essaye de criminaliser les manifestants. C’est le sens des déclarations du maire de Santiago, qui affirme qu’« on est en train de revivre la situation cauchemardesque d’octobre et novembre l’année dernière où les gens ont vu la destruction de leur quartier, leur entourage... ». Or, si « terroristes de la ville » il y a, ce sont bien ceux qui ont tué et blessé des personnes dans les rues : les policiers qui ont démontré pendant les mobilisations de 2019 toutes leurs couleurs notamment à travers une répression extrêmement violente.

Tensions en crescendo à presque un an du réveil du peuple chilien et à deux semaines du plébiscite

Depuis 2019, le Chili traverse une grande crise politique qui est l’expression d’un rejet très grand de la population, surtout des jeunes, vis à vis du gouvernement néolibéral de Piñera. Une série de manifestations massives qui dénonçaient la répression et luttaient pour l’approbation d’une constitution pour mettre fin à celle héritée de la dictature.

Un mécontentement que Piñera pensait s’être éteint pendant son confinement militarisé mais qui promet de revenir plus fort que jamais à cause de la mauvaise gestion de la crise par le gouvernement, notamment suite aux scandales envers le ministre de la santé accusé d’avoir caché les vrais chiffres de la pandémie.

En effet, cette crise sanitaire a fait ressortir plus que jamais les inégalités du peuple chilien et n’a fait que les approfondir avec des millions de personnes qui se sont retrouvées au chômage. Elle a également démontré les résultats d’années de politiques néolibérales avec un système de santé publique qui n’avait pas les conditions structurelles pour faire face à la pandémie.

C’est dans ce contexte que les Chiliens vont voter les 25 octobre la future constitution, qui est aujourd’hui celle rédigée en 1980 par le dictateur Pinochet.

Pour une assemblée constituante révolutionnaire

Le pays vit un moment historique avec la possibilité de virer la constitution de Pinochet. Cependant, le processus référendaire qui vise à établir une nouvelle constitution a été mis en place par des partis issus du régime dans l’objectif de canaliser la colère exprimée par les manifestants lors des mobilisations d’octobre 2019. Le gouvernement essaye derrière sa proposition d’Assemblée Constituante de camoufler le régime actuel avec un verni démocratique.

Ainsi, loin de donner place à un régime plus « démocratique », le processus constituant actuel ne laisse aucune place aux travailleurs, mais s’inscrit dans la continuité du régime. En aucun cas elle ne cherche à mettre la mobilisation en son cœur. Tout au contraire, ce processus constituant est issu de ces partis du régime qui directement ont été la caution de la répression terrible qui s’est abattue sur les manifestants.

Tout au contraire, il s’agirait à l’inverse, que le monde du travail et la jeunesse au Chili oppose la revendication d’une Assemblée constituante révolutionnaire qui soit souveraine, où le monde du travail et la jeunesse puissent être élu démocratiquement. Une Assemblé constituante dans laquelle les élus seraient révocables, et toucheraient un salaire égal à la moyenne d’un salaire de travailleurs. Une Assemblée Constituante libre et souveraine qui doit s’inscrire sur les cendres du régime actuel en toute indépendance des partis du régime.

Cette revendication légitime doit s’inscrire dans le cadre des mobilisations actuelles. En faisant l’expérience de cadre exprimant les traits les plus avancés de la démocratie bourgeoise, les travailleurs pourraient approfondir cette remise en question du régime pour poser plus généralement la question du pouvoir politique, pour un gouvernement ouvrier, pour remettre en question les rapports de domination et d’exploitation.

En ce sens, l’énergie qui s’exprime dans les rues en ce moment doit continuer la lutte pour revendiquer une Assemblée constituante libre et souveraine, reprenant le chemin de la grève générale afin de pouvoir virer Piñera et son gouvernement assassin, en finir avec la répression et reprendre, sans pièges les exigences d’octobre 2019.




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