^

Monde

108 nouveaux cas en 24 heures

Chine. Le spectre d’une seconde vague démontre les dangers du déconfinement précoce

À peine déconfinés, les populations mises en quarantaine pendant plus de deux mois sont de nouveau face au spectre d'une nouvelle salve de contamination. Avec 108 nouveaux cas en 24 heures en Chine, et 200 à Singapour, la courbe épidémique risquerait de s'envoler pour un second round. Une situation qui ne manque pas de rappeler que le déconfinement hâtif, la réouverture des entreprises non essentielles, et l'absence de mesures tendant à briser les chaines de contamination nous font courir à la catastrophe.

lundi 13 avril

La déclaration de nouveaux cas de contamination et de décès en Chine et au Singapour laisse craindre une nouvelle vague épidémique fulgurante. Ce scénario qui guette une Asie à peine déconfinée lève également le voile sur le discours contradictoire du gouvernement à propos du déconfinement et de "l’après".

Principalement arrivés de Russie, ces ressortissants chinois attirent l’attention des autorités, qui y voient la nécessité de faire fermer de manière plus drastique encore leurs frontières. Cependant, l’absence de campagne de test massif pour la population - seule la fièvre et les déplacements sont contrôlés - laisse plutôt entendre que l’incapacité à isoler les nouveaux cas de contamination, principalement asymptomatiques, serait à l’origine de cette nouvelle vague. Une seconde salve générée par un déconfinement prématuré et mal organisé qui rappelle les aspirations des pays européens.

Il y a plusieurs jours, le gouvernement Philippe faisait appel à Monsieur Satex tandis que l’Italie élaborait une stratégie de déconfinement national, et que l’Autriche annonçait la réouverture de ses commerces. Un "plateau épidémique" qui justifiait de suivre la lignée de la Chine, qui après deux mois de confinement, avait organisé un "retour à la normale".

Ce lundi 13 avril, Emmanuel Macron s’est finalement exprimé à propos de la suite du confinement. La quarantaine généralisée a été allongée au 11 mai, le chef de l’Etat faisant allusion au redémarrage de l’épidémie en Chine. Pourtant, le temps de confinement vers lequel l’exécutif s’achemine, correspond quasiment à l’identique avec celui qu’avais mis en place la Chine, à savoir deux mois.

Macron décide de déconfiner progressivement à partir du 11 mai, privilégiant les tests des personnes présentant des symptômes et le port du masque pour tous. Une stratégie qui n’a pas permis à la Chine, ni à Singapour, d’échapper à une deuxième vague épidémique, que tous les soignants avaient pourtant en ligne de mire.

En effet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertait sur un déconfinement prématuré qui peut "entraîner une résurgence mortelle". L’INSERM expliquait également qu’un déconfinement progressif ne ferait finalement que retarder de quelques semaines une nouvelle vague qui viendrait balayer les hôpitaux publics : " Le confinement va durer longtemps car on ne peut pas vivre normalement avec cette épidémie. Le fait d’attendre encore pour le lever a l’avantage de garder un nombre de cas abaissé et allège la charge pour le système hospitalier".

Le spectre d’une nouvelle vague pose les germes d’un retour à la contestation. Après un silence contraint autour d’éventuels nouveaux cas de Covid-19 sur le territoire chinois, une vidéo montrant des cadavres transportés en secret la nuit par des personnels soignants a fait la lumière sur une situation beaucoup moins apaisée que ce que prétend le régime politique. Des vidéos commencent également à circuler sur les milliers d’urnes funéraires, signe de la dévaluation importante du bilan chinois, et qui met aujourd’hui le doigt sur le danger d’un déconfinement rapide.

En parallèle, au Singapour, ce sont les résidences ouvrières qui sont devenues les nouveaux foyers de contamination. Avec 500 nouveaux cas dans ces complexes hébergeant des dizaines de milliers de travailleurs, la deuxième vague semble s’attaquer encore une fois principalement à ceux qui sont en première ligne. Après le maintien initial de la production, Singapour s’est finalement résignée à mettre en quarantaine plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers pour éviter la propagation du virus au travers des usines.

Comme le résume à LCI Arnaud Banos, chercheur au CNRS spécialiste de la modélisation, la dynamique asiatique laisse entrevoir le schéma que risque de prendre l’Europe : "En l’état actuel de la courbe épidémique, il n’est absolument pas envisageable" d’éviter un rebond épidémique. Une situation qui vient mettre à mal les velléités internationales de reprise des productions non essentielles, arrêtées par le fait de droits de retraits et grèves sauvages dans plusieurs pays.

En réalité, comme l’exprimait le spécialiste William Dab dans les colonnes du Monde, c’est bien la prévention d’une nouvelle vague - à travers un programme sanitaire capable de briser les chaînes de contamination - combinée à la recherche d’un vaccin qui pourront enrayer l’épidémie et éviter une hécatombe prolongée. Une préconisation qui malgré l’écho qu’elle obtient dans les sphères médicales se heurte encore, y compris en Chine et à Singapour, aux stratégies irresponsables des gouvernements.




Mots-clés

Covid-19   /    confinement   /    Chine   /    Monde