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Chine. Révolte ouvrière à Foxconn : des milliers de travailleurs en grève affrontent la répression

Depuis ce mercredi 23 novembre, les ouvriers de l'usine Foxconn à Zhengzhou sont entrés en grève et s'affrontent à la répression du régime. Des scènes de révolte ouvrière impressionnantes, en réponse aux conditions de travail et la politique sanitaire autoritaire de l'État chinois.

jeudi 24 novembre

La grève touche le complexe industriel de Foxconn à Zhengzhou, capitale de la province du Henan, la plus grande usine d’iPhone au monde qui emploie plus de 200.000 ouvriers. En raison de nouveaux cas d’infection au Covid, Foxconn a décidé de confiner le lieu et d’y isoler les salariés, suivant la politique Covid-zéro imposée par Xi Jinping.

Des scènes d’affrontements avec la police en Chine montrent une escalade des mobilisations depuis mercredi matin. La mobilisation à Zhengzhou pourrait symboliser une dangereuse accumulation de frustration face à la politique sanitaire imposées par la bureaucratie du PCC. En effet, Foxconn avait déjà été le théâtre d’importantes grèves (à la suite de suicides et de mauvais traitements) et est considérée comme l’une des pires entreprises en matière d’exploitation de la classe ouvrière chinoise.

Selon de nombreux grévistes, les manifestations ont commencé tôt ce mercredi matin pour dénoncer le plan des patrons de Foxconn qui visait à retarder le paiement de certaines primes. Les travailleurs ont ensuite scandé « Donnez-nous notre salaire ! » entourés de policiers vêtus d’uniformes sanitaires blancs. Alors qu’on voit sur certaines images les salariés de Foxconn abattre avec colère les barrières sanitaires qui les forçaient au confinement jusqu’à présent dans l’entreprise, d’autres montrent des jets de lacrymogène par la police sur les manifestants.

Dans d’autres vidéos, plusieurs camions de pompiers entourés de policiers en tenue de protection apparaissent près des blocs d’habitation tandis qu’une voix se fait entendre sur un haut-parleur disant : "Tous les travailleurs, veuillez retourner dans votre logement, ne vous associez pas à une petite minorité d’éléments illégaux".

Les travailleurs réclament le respect de leurs conditions de travail par l’entreprise. L’usine travaille sur un régime de bas salaires (moins de 300 $ par mois) pendant les mois de basse saison, ce qui oblige les travailleurs à faire de nombreuses heures supplémentaires pendant les saisons de pointe pour gagner un salaire annuel décent.

Selon RFI, qui a recueilli le témoignage d’un ouvrier de l’intérieur convoqué par les autorités municipales pour travailler chez Foxconn, l’entreprise a entamé "une mobilisation quasi militaire dans les villes et villages du Henan (…) Il y a une grande pénurie de main-d’œuvre chez Foxconn. Chaque ville doit envoyer au moins une personne à l’usine. Ils m’ont appelé pour me demander si je voulais continuer à travailler jusqu’à ce que j’obtienne ma prime. Ce sont les gens du gouvernement qui sont directement impliqués dans le recrutement » explique-t-il.

Dans d’autres vidéos, on voit des ouvriers encourager leurs camarades : "Défendons nos droits !" alors qu’ils sont encerclés par la police. L’un des travailleurs a déclaré que "Foxconn ne traite jamais les humains comme des êtres humains".

La police anti-émeute de l’État a commencé à réprimer brutalement les grévistes. Des images montrent des policiers donnant des coups de pied à la tête et au torse des travailleurs, alors qu’ils sont déjà allongés et immobilisés.

En plus des conditions de travail terribles auxquelles sont soumis les salariés de Foxconn, ces derniers dénoncent la politique de confinement interne à l’entreprise. Obligés de dormir dans des dortoirs avec des collègues testés positifs au Covid-19 (alors que le confinement était censé permettre d’éviter toute contagion interne) des salariés se seraient enfuis dans la nuit sans l’autorisation de l’entreprise. De plus, la période de haute saison a justifié une augmentation du rythme de production par les patrons pour augmenter leurs marges pour les fêtes de fin d’année. Les ouvriers sont contraints d’adhérer à un système de circuit fermé au sein de l’usine, une des pires horreurs des décennies de croissance économique chinoise.

Avec ce régime, particulièrement encouragé par les employeurs taïwanais, les travailleurs vont de la chaîne de montage aux dortoirs de l’usine, passant des mois à l’intérieur des locaux de l’entreprise, entassés dans des conditions sanitaires et hygiéniques épouvantables, devant retourner à l’usine à tout moment. Derrière l’affirmation d’éviter toute contamination interne, la situation sanitaire de l’entreprise à servi de prétexte pour justifier une production à haute intensité.

Dans un communiqué publié mercredi, Foxconn a cyniquement confirmé qu’il y avait eu de la "violence" à l’usine et a reconnu que les travailleurs s’étaient plaints des salaires et des conditions de travail à l’usine.

Foxconn est le plus grand fabricant d’iPhone d’Apple, contribuant à 70 % des expéditions d’iPhone dans le monde. La plupart des téléphones portables proviennent de l’usine de Zhengzhou, bien qu’elle ait d’autres sites de production en Inde et dans le sud de la Chine.

Le mécontentement face aux règles strictes de quarantaine Covid-zéro, la surexploitation imposée par l’entreprise, la propagation d’épidémies infectieuses dans un régime de confinement d’usine en plus des conditions épouvantable, des salaires impayés et des situations de pénuries alimentaires ont poussé les travailleurs à fuir l’usine.

Il s’agit de la plus importante grève ouvrière en Chine, dans la plus grande usine d’assemblage d’iPhone au monde. C’est presque un univers parallèle à ce que la Chine a connu il y a quelques semaines, dans le faste du 20e Congrès du Parti communiste qui a intronisé Xi Jinping pour un troisième mandat et le titre informel de nouveau timonier.

La révolte des ouvriers de Foxconn est un exemple que Xi Jinping ne veut en aucun cas diffuser, car il pourrait donner lieu à des alliances entre les travailleurs et la classe moyenne urbaine dans les grands centres contre la politique du Covid-zéro. L’hystérie de la politique de confinement de la pandémie a conduit à des fermetures en série dans les plus grandes villes de Chine, dont Shanghai, Tianjin, Chengdu et Schengen. Le désespoir touche désormais les secteurs de la classe moyenne qui ont jusqu’à présent bénéficié des réformes du régime.

Foxconn est le plus grand employeur du secteur privé en Chine, avec plus d’un million de personnes travaillant à travers le pays dans une trentaine d’usines et d’instituts de recherche. La nouvelle grève des travailleurs de Foxconn pourrait inciter d’autres travailleurs touchés par la politique de Xi Jinping à protester. La lutte des classes en Chine pourrait saper l’un des principaux piliers de la politique réactionnaire de la bureaucratie du PCC et constituer un encouragement pour les travailleurs du monde entier.



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