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Politique

Nous ne paierons pas la crise !

« Choc économique violent » : Le Maire annonce une récession historique de 11 % en 2020

Malgré une récession encore plus brutale que prévu, d’abord estimée à 8 % en 2020 avant que le ministre de l’économie annonce le chiffre de 11 % cette semaine, le gouvernement tente d’apparaître optimisme, masquant la profondeur de la crise.

mardi 2 juin

« J’ai la conviction absolue que nous allons rebondir en 2021 » a décrété Bruno Le Maire sur BFMTV ce mardi, après avoir annoncé l’estimation d’une récession à 11 % pour 2020, soit trois points de plus que les 8 % initialement prévus. Car si pour le ministre de l’économie « le choc de la crise a été particulièrement en France », il affirme avoir la conviction que « la stratégie adoptée [par le gouvernement] de soutien aux secteurs, d’accompagnement des salariés et de modernisation de notre tissu productif, nous permettra de rebondir en 2021 ».

Un discours au diapason avec le reste du gouvernement, qui voudrait nous faire croire que la crise ne serait que passagère, conséquence malheureuse et épiphénomène de la crise sanitaire. Pourtant, la brutale récession anticipée par l’INSEE et le gouvernement représente déjà un indice de la profondeur de la crise économique en cours. Au deuxième trimestre, la chute du PIB qui avait atteint -55,8 % au premier, pourrait atteindre environ 20 % selon l’INSEE. Cette chute brutale du PIB est évidemment due au fait que la pandémie a mis à l’arrêt des secteurs entiers, affectant les chaînes de production mondiales et interdépendantes.

Mais la situation inédite a également fait éclater d’autres contradictions propres à l’économie capitaliste, et qui n’ont cessé de s’amplifier depuis 2008. Par exemple, le décalage qui existe entre l’économie dite réelle et sa titrisation sur les marchés financiers est deux fois plus important qu’avant la crise des subprimes. D’autre part, la reprise économique post-2008 avait dans une très grande mesure reposé sur les taux de croissance à deux chiffres des pays dits émergeant, et en particulier la Chine. Mais aujourd’hui, la croissance chinoise est au plus bas, et aucun pays ne sera en mesure de jouer le même rôle qu’il y a 10 ans. Le taux de chômage actuel aux Etats-Unis est plus proche de la Grande dépression de 1929 que des chiffres de 2008.

La situation, qui combine bulles spéculatives d’ampleur, contractions des marchés financiers et récession dans l’économie réelle, vient révéler l’instabilité inhérente à un système mondial pétri d’absurdité. Dans ces coordonnées, on est en droit de s’interroger le « rebond » en 2021 promis par Bruno Le Maire cette semaine. Et plus particulièrement sur « la stratégie » adoptée par le gouvernement pour faire face à la crise économique actuelle.

Car l’objectif du gouvernement, au service du patronat, c’est avant-tout de sauver les très grandes entreprises, au détriment des TPE et des PME où les faillites s’accumulent, mais surtout au détriment des travailleurs à qui l’on compte faire payer la crise. En témoigne par exemple le prêt de 5 milliards garantis par l’État à Renault, qui menace néanmoins de supprimer des milliers d’emplois et a annoncé la fermeture du site de Choisy. Même musique dans l’industrie aéronautique, secteur épargné en 2008 mais aujourd’hui frappé de plein fouet par la crise. Et les premiers touchés par les licenciements seront les travailleurs de la sous-traitance, à l’instar des ouvriers de Derichebourg Aéro, à qui on laissait le choix pendant le confinement entre « mourir de faim ou du virus » et qui sont aujourd’hui concernés par un plan de licenciement visant à détruire 700 emplois.

Voilà ce qui se cache derrière le « soutien aux secteurs », « l’accompagnement des salariés » et la « modernisation de notre tissu productif » vantés par Bruno Le Maire ce mardi. Face à cette « stratégie adoptée » par le gouvernement pour « rebondir en 2021 », les travailleurs aujourd’hui premiers touchés par la crise économique nous montrent la voie à suivre, la seule issue progressiste face à cette récession d’ampleur. Les ouvriers de Renault Choisy sont entrés en grève reconductible et bloquent l’usine, les travailleurs de Derichebourg en grève ont organisé un premier rassemblement ce mardi qui a rassemblé plus de 150 personnes dans la région toulousaine, la manifestation à Maubeuge contre la restructuration du groupe Renault avait réuni 8000 personnes.

Cette radicalité et cette colère sont amenées à s’amplifier au fur et à mesure que pleuvront les attaques visant à nous faire payer la crise. La grève et la mobilisation sont les seuls moyens d’imposer un véritable rapport de force, refuser de payer leur facture, et surtout montrer que c’est nous qui faisons tourner le monde, et que c’est à nous de décider ce qu’il faut produire, et comment.




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