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Politique

MACRON II

Choix du 1er ministre, retraites, … : la macronie toujours fébrile après l’investiture

Pendant son discours de ré-investiture, Macron a continué de prôner sa « nouvelle méthode » pour un « quinquennat nouveau ». Une posture défensive, qui masque mal la crainte du président face à un nouveau quinquennat qui s’annonce explosif.

lundi 9 mai

Source photo : Ludovic MARIN/AFP

Un discours passe-partout qui cache mal la fébrilité du gouvernement

Ce samedi 7 mai, près de 500 personnes était rassemblées dans la salle des fêtes de l’Elysée pour assister à la cérémonie de ré-investiture d’Emmanuel Macron, réélu président de la République deux semaines plus tôt. A la différence de 2017, où Macron avait paradé sur les Champs-Elysées dans une voiture militaire, la macronie a organisé une cérémonie plus « sobre » et « traditionnelle » pour rendre hommage à ceux « qui ont fait partie de l’histoire de ce premier quinquennat ». Une manière de briser l’image jupitérienne du président, mais surtout d’éviter les déboires habituels de ses apparitions publiques.

C’est donc sous le regard des anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, des ex-premiers ministres et de nombreuses personnalités politiques, que Macron a entamé un discours passe-partout, similaire à celui du soir de sa réélection, répétant que son élection l’« oblige ». S’il n’a donné que des orientations vagues quant au quinquennat à venir, il n’a eu de cesse de répéter qu’il allait « agir », en conscience des « fractures » et des « peurs » tout en exaltant sa fameuse « nouvelle méthode  » - dont on ne connaît toujours pas la teneur – pour « bâtir un nouveau contrat productif, social et écologique ».

Un discours creux mais qui témoigne des préoccupations de Macron fraîchement réélu : continuer de dialoguer sur sa gauche, notamment avec la jeunesse à laquelle Macron a promis de léguer une « planète plus vivable », et bâtir une « méthode » qui lui permette de gouverner et surtout d’imposer ses contre-réformes. Ainsi, s’il cherche à apparaître comme « un président nouveau » avec « un mandat nouveau » comme il l’expliquait dans son discours, c’est d’abord que la crainte d’une explosion sociale le force à se maintenir dans une position défensive.

Législatives, choix du premier ministre… Macron II face à ses premières contradictions

Des contradictions qui apparaissent au grand jour alors que toute la classe politique attend la macronie au tournant. Après avoir essuyé un premier échec quant à la consolidation du « parti unique » annoncé par Macron le soir du premier tour, le gouvernement a fini par réussir à regrouper ses alliés pour s’assurer la majorité. Un accord a ainsi été scellé avec Horizons (le nouveau parti d’Edouard-Philippe) et le MoDem pour se présenter aux législatives sous une bannière commune « d’Ensemble ! » - en changeant le nom de LREM par « Renaissance » pour l’occasion.

Seulement, cette union apparaît plus comme un pacte de non-agression qu’un réel regroupement, très loin des ambitions initiales de Macron. L’accord stipule ainsi que chacune des organisations aura son propre groupe à l’Assemblée, qu’elles ne « pourront pas se piquer des députés entre eux », et que, s’ils mettent en place une association de financement unique pour les élections, chacun repartira ensuite avec ses fonds propres.

L’accord pour les législatives scellé, c’est le choix d’un Premier ministre à même de mener la campagne qui suscite désormais toutes les interrogations. A cet égard, le président cherche un profil bien particulier, à même de tenir à l’Assemblée nationale face à des oppositions qui sortiront très probablement renforcées des législatives, de dialoguer avec les préoccupations écologiques et sociales de la jeunesse et des classes populaires, tout en mettant en œuvre les contre-réformes de Macron.

S’il avait quelques profils en tête, il n’a pour l’instant essuyé que des refus : Jean Castex a refusé de rester au-delà du 13 mai (date d’expiration du premier mandat de Macron), Véronique Bédague, directrice générale de Nexity a décliné la proposition, tout comme Valérie Rabault, présidente du PS à l’Assemblée Nationale, qui a déclaré refuser de porter la retraite à 65 ans. Mais si Macron retarde l’échéance, c’est aussi l’expression d’un doute quant au projet de son nouveau quinquennat au regard des tendances contradictoires auquel il prétend répondre.

Macron cherche une voie face à la pression sur la gauche et le risque d’explosion sociale

Face à une situation sociale à haut risque pour les classes dominantes – en témoigne le conflit ukrainien qui perdure, et l’inflation qui ne cesse de croître, pour Macron II, une question centrale demeure : comment gouverner dans le quinquennat à venir ?

Si la principale réforme de Macron, à savoir la très contestée réforme des retraites, était absente de son discours d’investiture, c’est bien que celui-ci opère depuis plusieurs semaines un changement de ton. Il se disait « prêt à discuter » pendant l’entre deux-tours, et souhaite depuis jouer la carte du dialogue social avec les directions syndicales pour donner l’illusion d’un compromis et réussir à faire passer une réforme impopulaire, qui cristallise toute l’opposition, tant sur la gauche de Macron avec le « droit à la retraite à 60 ans » que propose la NUPES que sur sa droite avec Marine Le Pen qui revendique elle aussi une simili retraite à 60 ans.

De l’autre côté, face à la colère qui existe quant à l’inflation qui réveille le spectre d’un risque de Gilet Jaune XXL, Macron cherche à donner des gages. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la future « loi pouvoir d’achat », que veut promulguer le gouvernement à la sortie des législatives et qui comprendrait l’indexation des retraites sur l’inflation, la mise en application du chèque alimentaire, la reconduction du « bouclier tarifaire », … Des mesures très limitées, mais qui ont pour objectif d’éviter de potentielles explosions sociales sur la question des prix, sans s’attaquer au patronat et à la question des salaires.

Quelles que soit les hésitations de Macron et même si ce dernier temporise, le début du quinquennat et la progression de l’inflation et de la crise – dont les pseudos gages sur le terrain social n’enrayeront pas l’impact sur les travailleurs et classes populaires - pourrait très vite balayer l’espoir de maintenir un équilibre instable. Dans ce cadre, toutes les mesures antisociales du gouvernement pourraient constituer les étincelles de grands mouvements de contestation face à un gouvernement haï et à la légitimité faible. Un tableau qui souligne à quel point il y a urgence à préparer la bataille contre le gouvernement, en refusant la canalisation institutionnelle proposée par la NUPES autant que l’illusoire « dialogue social » sur lequel parient les directions syndicales. L’urgence est à construire par en bas, dans nos entreprises, nos universités et dans la rue un bloc de résistances qui prépare la contre-offensive face au quinquennat à venir.



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