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Chômage partiel

Chômage partiel : Bruno Le Maire réduit la part prise en charge par l’État au nom de la relance

Après trois semaines de déconfinement, le gouvernement annonce réduire la prise en charge du chômage partiel par l’État. Derrière la rhétorique de la relance économique, la menace des licenciements se précise.

lundi 25 mai

Crédits : POOL New
 
Après les déclarations de Muriel Pénicaud il y a deux semaines, c’est au tour de Bruno Le Maire d’annoncer ce lundi la réduction de la prise en charge du chômage partiel.
 
Au micro de BFM TV-RMC, il a réitéré la décision du gouvernement : « à compter du 1er juin, il y aura une évolution des règles », « raisonnable » et « progressive » d’après le ministre. Des dispositions précises et chiffrées ont été annoncées dans la foulée : la prise en charge à 85% par l’État contre 100% du chômage partiel actuellement. Seuls les secteurs dont l’activité n’aura pas repris au 1er juin verront l’intégralité de la prise en charge du chômage partiel maintenue, notamment les cafés et restaurants et le secteur touristique.
 
Dès lors le gouvernement assume de déléguer une partie non négligeable du chômage partiel, soit 15% de l’indemnisation. « Les entreprises seront ainsi remboursées de 60% du salaire brut, au lieu de 70% précédemment », pointe le ministère du Travail dans un communiqué. Mais si le gouvernement affirme que cela ne change rien pour les salariés, ce n’est qu’à moitié vrai. En effet, laisser aux entreprises une partie de la charge du chômage a un objectif : relancer au plus vite l’économie et renvoyer les salariés au boulot quelles que soient les conditions sanitaires.
 

Une reprise encore partielle : le gouvernement veut forcer le déconfinement quoiqu’il en coûte

 
Pour l’heure, le déconfinement est à deux vitesses et, comme nous l’avions mis en exergue, touche en premier lieu les classes populaires. Un déconfinement qui n’est pour l’heure pas encore totalement enclenché puisque la reprise de l’économie est encore partielle. C’est ce que pointe notamment François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, qui estime ainsi que l’économie fonctionnera à 83% en mai, contre 73% en avril. Une reprise qui ne semble pas répondre aux désiratas du gouvernement pour qui la relance rapide est la priorité : « On n’y est pas encore, on va poursuivre cette relance de l’activité économique. Et tous les plans sectoriels sur lesquels j’ai travaillé – et que le président de la République va annoncer en ce qui concerne l’automobile – doivent nous permettre d’accélérer la reprise économique », disait en ce sens le ministre de l’économie au micro de Jean-Jacques Bourdin.
 
Et le dispositif d’aide au chômage partiel est de plus en plus pointé comme un frein à la reprise, car pas assez « incitatif ». Selon Éric Chaney, économiste à l’institut Montaigne (think tank patronal) cité dans Courrier International, « le chômage partiel (qui a été souscrit pour 12,4 millions d’employés) était le bon moyen d’éviter les licenciements, mais il n’incite pas à reprendre le travail ».
De fait, il constitue une aubaine pour le patronat, non seulement exonéré d’une part non négligeable de la masse salariale durant le confinement, mais en plus épargné de la prise de risque liée à l’incertitude économique à la sortie du confinement. C’est ce qu’illustrent notamment les récentes prises de positions du Medef ou de l’UIMM (Fédération patronale de la métallurgie) réclament ainsi une prolongation du chômage partiel jusque début septembre, tout en faisant une ode à la « flexibilisation ».
 
Mais ce que cache cette rhétorique de la relance de l’activité c’est la volonté du gouvernement d’ouvrir la voie à la restructuration de l’économie avec tout ce que cela implique. C’est en quelque sorte ce qu’a expliqué Bruno Le Maire qui accepte que Renault ferme des sites et procède donc à des licenciements au nom de la « compétitivité ».
 

Pour les salariés, la menace des licenciements

 
Si les franges de la bourgeoisie jouent chacun leurs partitions pour se répartir les pertes, il est clair qu’elles s’accordent parfaitement sur ceux qui doivent payer les conséquences de la crise économique : les travailleurs.
 
De même, les conséquences sur les TPE, PME, petits artisans, commerçants et agriculteurs s’annoncent très lourdes, et risquent de provoquer des faillites.
 
Bruno Le Maire a eu beau jeu d’annoncer que, malgré la réduction de la prise en charge du chômage partiel par l’État, « les salariés, eux, ne perdront rien, ce sont les employeurs qui vont devoir payer un peu plus ». Il est néanmoins clair que les patrons ne prendront pas en charge le chômage partiel et reporteront le coût en forçant la reprise ou en licenciant.
 
Le chômage partiel a en effet joué le rôle d’amortisseur du chômage et des licenciements. Sa réduction risque d’accélérer la vague de licenciements qui s’annonce avec la crise économique, déjà visible dans les plans de restructuration annoncés, que ce soit dans l’aéronautique ou le commerce.
 
Pour que les « héros » de la première et deuxième ligne ne soient pas les sacrifiés de demain, il est urgent de ne pas accepter le chantage des classes dominantes qui consiste à exiger des sacrifices aux travailleurs au nom de la relance comme un antidote aux faillites. Alors que de nombreux travailleurs du secteur privé ont su imposer pendant le confinement la fermeture des entreprises non essentielles et que le secteur de la santé est aujourd’hui en lutte, cette séquence a su démontrer que seuls les travailleurs eux-mêmes étaient en mesure de défendre leurs intérêts, par la lutte, et que le règne du profit n’était pas la seule alternative.




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