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Politique

Crise sanitaire et économique

Chômage partiel. Pénicaud veut stopper l’aide d’État, le début de licenciements de masse ?

Ce 12 mai, Muriel Pénicaud a annoncé que l’État n'avait pas vocation à continuer de payer « l'intégralité des salaires », annonçant la fin progressive des aides concernant le chômage partiel. Une situation qui pourrait conduire à un phénomène de licenciements de masse.

mardi 12 mai

Avec la crise du Coronavirus, l’État est resté fidèle à sa ligne, rivalisant d’idées pour offrir des cadeaux au patronat. L’un de ces dispositifs, au milieu du déluge de milliards directement versé aux entreprises (surtout les plus grandes), a permis aux entreprises de voir l’État prendre en charge le coût du chômage partiel.

Interviewée sur LCI ce 12 mai, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a déclaré que l’État n’avait pas vocation à continuer de payer « l’intégralité des salaires » du secteur privé. L’idée est bien de réduire progressivement ce dispositif d’aide d’État d’ici au 1er juin. « Aujourd’hui, les conditions de la reprise sont là » a annoncé Pénicaud, tout en précisant que certains secteurs, comme l’hôtellerie et la restauration, devraient continuer à bénéficier de ce dispositif.

Il est clair que cette décision a été motivée par la volonté de ne pas creuser plus encore la dette publique française, déjà forte avant la crise, et qui tutoie aujourd’hui les 120% du PIB. Tout ceci dans un contexte d’incertitude économique, notamment sur la question des taux d’intérêt sur les titres de dettes, aujourd’hui historiquement bas, mais qui pourraient exploser avec la crise.

Toutefois, la décision du gouvernement de stopper – même progressivement – l’aide d’État au chômage partiel pourrait avoir deux conséquences distinctes.

D’abord, ce sont en premier lieu les TPE, PME, petits artisans, commerçants et agriculteurs qui devrait subir un contrecoup important. Aujourd’hui, ces petits patrons se retrouvent concrètement face au risque de faillites, étranglés par les crédits. Pour eux, le dispositif d’aide d’État au chômage partiel, bien que grandement insuffisant, était une béquille indispensable pour ne pas mettre la clé sous la porte.

Ensuite, concernant les grandes entreprises, c’est une autre histoire. Le hochet de la faillite, agité par une partie des directions de ces entreprises – comme le PDG d’Airbus par exemple – est avant tout un argument fumeux afin de préserver leur profits. Loin d’un risque de faillite, l’objectif est bien de ne pas sortir un sou de leur poche pour payer la crise. A ce titre, la fin du dispositif d’aide d’État pour le chômage partiel devrait sans doute être synonyme de plan de licenciements massifs, afin d’utiliser les travailleurs comme variable d’ajustement à la crise. Concrètement, le non-renouvellement des contrats précaires (CDD, intérim) illustre cette stratégie à venir, tout comme les débuts d’annonce de plan de licenciement, en particulier dans l’industrie aéronautique, comme l’ont montré les exemples de Daher et de Derichebourg Aero.

En soi, le dispositif d’aide d’État au chômage partiel a été un vrai cadeau, fait en priorité au grands patrons, ce qui a retardé conjoncturellement et mécaniquement un véritable massacre sur le terrain de l’emploi. Aujourd’hui, le gouvernement, en mettant en avant la reprise d’activité pour justifier la fin de ce dispositif, se dédouane de toute responsabilité dans l’explosion du chômage à venir tout en préparant le terrain, pour le patronat, sur le thème des lamentations indissociables des périodes de crises économiques.

C’est pourquoi il est central que le mouvement ouvrier affiche sa solidarité et un programme d’alternative à la hauteur des enjeux, en refusant tout les licenciements, la fin des contrats précaires, une hausse générale des salaires à 1800€ net par mois et la baisse du temps de travail sans baisse de salaires. Face aux lamentations des capitalistes qui commencent déjà, il est indispensable d’exiger l’ouverture des livres de comptes, au niveau des entreprises voire de branches entières. Face au chantage à la fermeture sur fond de faillites, il est indispensable de réclamer la nationalisation, sous contrôle des travailleurs, des entreprises concernées. Concernant les TPE, PME et la situation des petits artisans, commerçants et agriculteurs, le mouvement ouvrier doit, là encore, proposer un programme alternatif pour ces secteurs. C’est pourquoi il est indispensable d’exiger la nationalisation sous contrôle de comité de travailleurs et des épargnants de l’ensemble des banques privés en une institution bancaire unique d’Etat, afin d’octroyer des prêts à des taux favorables pour l’ensemble de ces secteurs, et ainsi les préserver de la ruine.




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