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SYNDICATS PRO-PATRONAUX

Chronodrive. La CFDT et la CFTC dénoncent le « chant de sirène » des grévistes pour freiner la mobilisation

A la veille de la grève à Chronodrive pour les salaires, la CFDT et la CFTC dénoncent les « chants de sirène » des grévistes pour freiner la mobilisation.

vendredi 8 juillet

Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

À Chronodrive, à la veille de la deuxième journée de grève pour les salaires, la CFTC la CFDT ont décidé de se déguiser en héros grecs pour essayer de convaincre les salariés…de ne pas faire grève. Dans leur dernier tract on pouvait lire : « Ulysse avait été mis en garde ! « Faites attention, vous allez rencontrer des sirènes. Elles tenteront de vous attirer. Vous ne devez pas écouter leur chant ou vous vous échouerez contre les rochers. » ».

Et poursuivait : « en tant que syndicat historique et surtout majoritaire a Chrono, nous devons à notre tour t’expliquer certaines choses. Depuis quelques mois certaines personnes tentent de surfer sur l’augmentation des prix dus à des évènements catastrophiques tels que le COVID ou la guerre en Ukraine […] La solution : faire des appels à manifester ? Réclamer des augmentations déraisonnables ? Dénigrer en toute impunité les actions de personnes que tu as choisies et qui agissent pour toi depuis nombreux années ? Oui nous aimerons être payés plus ! Oui nous aimerions avoir plus d’avantages et en demander encore plus ! Mais combien de temps cela peut durer ? 6 mois ? 1 an ? 2 ans ? devoir fermer les magasins avec des licenciements que cela entrainerait pour pouvoir payer les salaires d’autres collaborateurs ? Nous te faisons confiance pour avoir l’intelligence et le discernement nécessaire Pour comprendre que Chrono dégage depuis 2 ans des bénéfices, mais n’est rien de milliardaire. Notre actionnaire est à nos côtés […] »

Si hier Ulysse guidait ses combattants de Troie à Ithaque parmi d’innombrables risques, aujourd’hui il veut les convaincre que rester au SMIC et perdre du salaire est une bonne chose. Triste fin pour Ulysse, mais surtout pour ces syndicats qui relayent le discours du patronat alors qu’ils étaient censés défendre les intérêts des travailleurs.

Difficilement la direction aurait pu faire mieux : culpabiliser les grévistes et la CGT Chronodrive en les comparant aux méchantes sirènes du mythe, menacer et diviser les salariés avec des éventuels licenciements et enfin plaindre la 7ème fortune de France qui cumule « seulement » 26 milliards d’euros. Dans cette plaidoirie des riches adressée aux salariés, les syndicats ne se sont pas non plus privés de garder le silence dans leur tract sur certaines causes de l’inflation comme la spéculation et l’explosion des bénéfices du grand patronat depuis le début de la pandémie.

En plein période d’inflation, si le patronat se refuse à augmenter les salaires des Chronodrivers en arguant des problèmes économiques, la responsabilité de n’importe quel syndicat aurait dû être de demander la comptabilité de l’entreprise et la transparence totale sur les bénéfices de la famille Mulliez.

Mais comme on peut le lire dans leur tract pour la CFDT et la CFTC les salariés ne pouvaient qu’échouer ou se résigner : ou « céder au chant des sirènes [donc échouer contre les rochers] ou aller le plus loin possible sereinement ». Il semblerait donc que rester précaires et au SMIC en pleine inflation, ne pas pouvoir suivre les études, subir les cadences ou encore le harcèlement dont témoignent certains salariés serait donc aller en avant « sereinement ».

Ce décalage entre ces deux syndicats et le vécu de la majorité des salariés n’est pas anodin. En effet, ces syndicats sont composés majoritairement par des encadrants à temps complet et non par des préparateurs de commandes, le statut de la plupart des salariés de l’entreprise et qui sont actuellement en grève. Ces deux syndicats, siégeant au CSE avaient aussi accepté la conclusion des Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) en avril de laisser l’écrasante majorité des salariés au SMIC. Malgré cela, la CGT Chronodrive a tenté d’interpeller à plusieurs reprises la CFDT et la CFTC pour participer à la mobilisation pour des hausses de salaire, des invitations qui sans surprise ont été laissées lettre morte.

Mais loin de jouer un rôle passif, avec leur tract (qui a été diffusé à l’ensemble de magasins Chronodrive contrairement à ceux de la CGT Chronodrive) les deux syndicats semblent avoir participé main dans la main avec la direction pour essayer de freiner la mobilisation du samedi 9 juillet. En effet leur tract est sorti au même moment que les salariés ont appris que la direction allait tenter de faire travailler le plus possible les salariés en périodes d’essai le jour de la grève.

Et ce n’est pas tout, car pour essayer d’invisibiliser la grève et après qu’un soutien majoritaire des clients de l’enseigne ai été reflété par des vidéos sur les réseaux sociaux et par des dons dans la caisse de grève, la direction a aussi mis en place une offre des bons d’achats aux clients (de 30 euros !) sur le Chronodrive Basso Cambo pour avoir le gros des commandes avant samedi. Des manœuvres qui en disent long de l’inquiétude de la direction face à la grève.

Bien que ces manœuvres de la direction et des syndicats pro-patronaux n’ont pas empêché les salariés d’élargir et construire la grève de ce samedi, elles s’ajoutent aux difficultés de se mobiliser et se coordonner dans un secteur si précaire et mettent en évidence la nécessité de construire des syndicats combatifs, comme à Chronodrive avec la section CGT, pour repartir avec plus de force dans la période qui vient. Face à ces difficultés le résultat de la grève du 9 juillet sera tout à l’honneur des jeunes salariés de Chronodrive qui ont décidé de relever la tête contre la précarité.



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