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Précaires en colère

Chronodrive : contre la précarité, les jeunes salariés appellent à la grève samedi 25 juin

À Chronodrive, les salariés du magasin de Basso Cambo de Toulouse appellent à une première journée de grève pour les salaires. Une mobilisation qui s'annonce inédite dans un secteur où travaillent en majorité des jeunes précaires peu habitués des grèves.

mardi 21 juin

Crédits photo : Révolution Permanente Toulouse

Face à l’explosion des prix et avec des salaires aux minimums légaux, les salariés du magasin de Toulouse Basso Cambo s’organisent pour une hausse des salaires depuis plusieurs semaines. Réunis dimanche 19 juin, la décision a été prise d’appeler à un premier jour de grève le samedi 25 juin avec une revendication de 7 % d’augmentation pour toutes et tous. Une grève qui s’annonce très suivie sur l’un des plus gros magasins de Chronodrive, où travaillent plus d’une centaine de salariés sur les 4 000 que compte l’enseigne spécialisée dans le drive.

Les jeunes travailleurs du site de Toulouse appellent donc à la grève, mais aussi à un rassemblement de soutien à 11 heures devant le magasin Chronodrive Basso Cambo (16 Av. du Dr Maurice Grynfogel, 31100 Toulouse). Aussi, ils ont décidé de lancer une caisse de grève pour appeler à la solidarité financière, qui sera décisive pour permettre à de nombreux salariés déjà précaires de se mettre en grève et de continuer à se mobiliser si cela devenait nécessaire.

Une jeunesse travailleuse en première ligne de la précarité

Chronodrive est une entreprise de la grande distribution qui embauche massivement des jeunes précaires, travaillant pour la plupart en temps partiel pour financer leur études. La question de la précarité est donc omniprésente pour ces nombreux salariés payés au SMIC, qui ont été en première ligne des conséquences de la pandémie. Si l’on se souvient des queues interminables de milliers de jeunes venant chercher des colis alimentaires, la jeunesse est aujourd’hui en première ligne de l’explosion des prix.

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Derrière le slogan « vos courses faites en 30 minutes », les conditions de travail à Chronodrive sont très difficiles avec un métier de préparateur de commande physique et des cadences imposées. Certains préparent des commandes à une température de trois degrés au secteur frais, pendant que d’autres transpirent en pleine canicule dans un entrepôt non climatisé. À cela s’ajoute des sonneries infernales qui résonnent dans tout le magasin pour annoncer l’arrivée des clients, l’un des plus énervants étant un fort bruit de klaxon qui signale qu’un client attend depuis plus de deux minutes trente la livraison de ses courses.

Aussi, les salariés subissent « les heures supplémentaires imposées » avec ce que la direction appelle le régime de « modulation ». Un système fait pour « flexibiliser » les travailleurs avec un étalement semestriel des heures travaillées. C’est une vraie mine d’or pour les managers qui gèrent beaucoup de contrats à temps partiel, très « flexibles ». Cela leur permet d’ajuster précisément les heures de travail selon les flux, « d’optimiser la productivité » comme ils aiment le dire, mais aussi de ne jamais payer ces heures en tant qu’heures supplémentaires.

À ces conditions de travail au rabais, s’ajoute le problème à l’origine de la colère actuelle, celui d’une rémunération au plus bas, c’est-à-dire au SMIC. Malgré la difficulté du travail, Chronodrive cherche à tout prix à économiser sur les salaires, allant jusqu’à ne pas rémunérer les quelques minutes de temps de pauses. Un mépris de trop pour les salariés de Chronodrive qui entendent bien obtenir une augmentation de 7 % des salaires, comme un minimum de reconnaissance d’un travail physique et difficile.

Contre la précarité, la jeunesse en grève pour faire payer la crise au grand patronat

Filiale du Groupe Auchan, Chronodrive est détenu par la famille Mulliez, septième fortune de France qui cumulait 24 milliards de patrimoines en 2021 selon Challenges. Les salariés le savent bien, ils travaillent pour enrichir des milliardaires qui ont largement de quoi augmenter les salaires, mais aussi améliorer les conditions de travail. Seulement, le demander ne suffit pas, il faut s’organiser pour imposer nos revendications et faire respecter nos droits.

C’est dans ce sens qu’a été créée la section CGT à Chronodrive suite au premier confinement sur la base de la colère provoquée par « l’arnaque de la prime Macron ». Les salariés, après avoir fournit énormément d’efforts suite à l’explosion de la demande pendant le confinement, n’ont au final obtenu que des miettes par rapport aux 1000 euros promis. Après avoir créé un outil pour s’organiser en tant que jeunes précaire, la section syndicale a notamment pris en charge des cas de harcèlements moraux et sexuels au sein de l’entreprise. Un combat mené en particulier par Rozenn Kevel, syndiquée CGT qui s’est faite licenciée par l’entreprise quelques mois après la prise en charge de ces cas de harcèlements, au prétexte d’un tweet dénonçant le gaspillage alimentaire.

C’est suite à son licenciement que Chronodrive a connu la première grève de son histoire, pour dénoncer le licenciement de Rozenn mais aussi les violences sexistes et sexuelles au sein de l’entreprise. Plus d’un an après, de nombreux salariés du magasin Chronodrive de Basso Cambo s’organisent contre la précarité et s’apprêtent à se mettre en grève pour une augmentation des salaires.

Malgré toutes les difficultés à s’organiser dans un secteur précaire, avec des horaires disparates, un turn-over fréquent mais aussi une forte répression patronale, les jeunes travailleurs de Chronodrive montrent aujourd’hui la voie à suivre pour lutter contre la précarité et les salaires de misère. Face à l’explosion des prix, c’est aux plus riches de payer la crise. Les grandes fortunes qui ont accumulé des milliards sur le dos du travail des salariés, même en pleine pandémie, ont largement de quoi financer l’augmentation de nos salaires. A rebours des discours qui cloisonneraient les luttes de la jeunesse aux portes de l’université, les travailleurs de Chronodrive nous montre que la précarité des jeunes se combat également dans le monde du travail. Face à la crise économique, cet exemple envoie un message fort : pour l’augmentation de nos salaires et l’amélioration de nos conditions de vie, c’est au grand patronat de payer et c’est par la grève qu’il faudra lui imposer !

Soutenez la lutte des jeunes salariés précaires de Chronodrive en donnant à leur caisse de grève



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