^

Politique

Manifestation de La Chapelle

Cinq raisons de se mobiliser aux côtés des migrants le 16 juin

Comité de Rédaction Un festival. De mauvaise foi et de mensonges. Le gouvernement de Valls, qui dit que son premier ennemi est le FN, fait les choses en grand, dans un pur esprit lepéniste : une ratonnade à grande échelle, dans les rues de la capitale et à la frontière italienne, pour se débarrasser du « problème » des réfugiés, un discours injurieux à l’égard de ceux qui « n’auraient pas vocation à rester sur le territoire national », pour complaire aux franges les plus réactionnaires de la société. En comparaison, Nicolas Sarkozy, qui essaie d’attirer à lui les projecteurs en disant vouloir remettre en cause le droit du sol, fait figure de petit joueur. Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est toute notre classe, toute la jeunesse, à commencer par leurs organisations politiques et syndicales, qui ont à gagner, si les réfugiés gagnent et que Hollande et Valls sont forcés à reculer. Pour cela nous serons à leur côté, à nouveau, à la manifestation parisienne du 16 juin.

lundi 15 juin 2015

En défense de l’humanité

Les prises de position de Valls par rapport au dossier des réfugiés ont toutes été plus scandaleuses les unes que les autres. L’une des raisons avancées pour ordonner l’expulsion du camp de La Chapelle, mardi 6 juin, était le « risque sanitaire », en raison d’un risque d’épidémie de gale et de dysenterie, selon Marisol Touraine, ministre de la Santé. C’est bien pourtant son gouvernement qui, pour essayer de diviser les solidarités tissées entre migrants, a empêché qu’ils occupent collectivement un lieu, leur donnant en revanche l’autorisation de dormir, sans abri, dans le Jardin d’Éole, dans le 18ème.

Cela peut sembler la moins grave des contradictions, mais à bien y penser, laisser un gouvernement soi-disant de gauche officialiser le fait que des gens doivent dormir dans la rue, c’est céder sur les limites ultimes de ce que le droit est censé dire, y compris dans cette société. Celui qui n’est pas capable de se lever contre les formes les plus élémentaires de la dégradation de la condition humaine, alors celui-là sera désarmé au moment où ce sera sur lui que se concentrera l’attaque. Comme l’écrivait le pasteur allemand Martin Niemöller, dans un poème de 1942, « lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester ».

En défense de l’antiracisme

Plus que le précédent peut-être, ce gouvernement s’est fait une spécialité de diviser. C’est ainsi qu’avec cynisme il distingue les réfugiés, entre ceux, d’un côté, qui pourraient prétendre « au statut de réfugié et au droit d’asile » et, de l’autre, les « réfugiés économiques » qui n’auraient pas vocation à rester en France. Mais une fois que l’on a risqué sa vie sur un canot pneumatique, en Méditerranée, y a-t-il une différence entre le fait d’avoir fui les combats en Syrie, Daesh et les bombardements impérialistes, et le fait d’avoir voulu fuir un présent fait de chômage, de misère voire de faim, au Soudan au Tchad ou au Niger ?

Ce faisant, le gouvernement instaure au plus bas de l’échelle sociale sa logique de fragmentation, à laquelle il superpose l’opposition entre ceux qui auraient une carte de séjour et celles et ceux d’entre nous qui auraient un document d’identité français. Céder sur ces arguments, c’est déjà laisser grande ouverte la porte aux pires idées racistes et xénophobes au sein même de notre classe. C’est laisser entendre qu’entre nous, sur nos lieux de travail, il y aurait des hommes et des femmes de première et de deuxième catégorie, et parmi ces derniers ceux que l’on pourrait expulser.

En défense de nos droits démocratiques

Mais nous avons tous les mêmes intérêts, à commencer par la défense des droits démocratiques les plus élémentaires. Là encore, c’est par une imbrication complète des droits que céder sur l’un, que nous ne reconnaîtrions pas comme nôtre, immédiatement, c’est céder sur le reste.

Accepter que puissent être remis en cause le droit de circuler et le droit d’asile, le droit de faire sa vie en France, c’est accepter que les queues seront encore plus longues, en préfecture, pour avoir un simple récépissé de carte de séjour. C’est accepter que les contrôles d’identité seront toujours plus nombreux et musclés et violents dans les manifs, car la police se sentira tout permis, plus encore qu’aujourd’hui. C’est accepter, en dernière instance, que puissent être enfoncés le droit de vote, d’association, ou de réunion, au nom de n’importe quel principe supérieur, qui serait la sécurité du territoire, ou telle ou telle urgence politique, comme l’invoque, en ce moment, Hollande et Valls en parlant de « crise des réfugiés », alors que leurs ministres attaquent l’extrême gauche et bientôt l’ensemble de la gauche politique et sociale.

En défense de l’internationalisme

Encore une fois, pour qu’une femme ou un homme préfère risquer sa peau, celle de sa famille, parfois, à la dérive, trois ou quatre jours en mer, à la perspective de rester dans sa ville ou son village, c’est parce que sa vie, est devenue intenable. Et le premier responsable de cet état de fait, le premier coupable d’une Afrique ou d’un Moyen-Orient prostré dans la misère, traversé par les conflits, où une partie de la population survit avec moins de un dollar par jour, quand elle ne risque pas sa vie sous les bombes des uns, ou des autres, c’est l’impérialisme.

Côté hexagonal, c’est le bras armé de la bourgeoisie française à l’étranger, les militaires et les multinationales, qui par l’ingérence, l’immixtion et les interventions sont responsables de la situation que connaissent la Centrafrique (où la France est intervenue sept fois depuis 1970), le Mali, le Tchad et le Niger, où Paris a soutenu et continue de soutenir les pires dictatures, ou encore la Libye, un pays balkanisé, d’abord par les frappes de la coalition en 2011. En pillant les ressources, en plaçant ses marionnettes au pouvoir, en faisant de ces pays des bagnes à ciel ouvert, c’est bien la France, la France des patrons du CAC 40, des Total, des Areva et des Bolloré, qui sont responsables de ces vagues de d’immigrations qu’aucun mur ni barbelé ne pourront stopper.

En défense de nos intérêts de classe, mardi 16 juin, à La Chapelle

Lutter aux côtés des réfugiés pour leur droit à un logement digne, c’est lutter pour le droit au logement pour toutes et tous. Lutter pour la régularisation de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses sans-papiers, c’est lutter pour créer, en dernière instance, un meilleur rapport de force vis-à-vis de nos employeurs qui, eux, sont absolument conscients de l’intérêt commun qu’ils ont dans l’exploitation. Lutter contre la campagne raciste et xénophobe du gouvernement, c’est la meilleure façon de nous préparer à faire l’unité de notre classe, de l’ensemble de notre classe.

L’appel à manifester du collectif unitaire, composé de nombreuses organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier et de la jeunesse, à commencer par la CGT 75, Solidaires, la FSU et l’Unef, est un premier pas pour construire un mouvement d’ensemble au moins comparable à celui qui a appuyé la vague de luttes des sans-papiers après leur expulsion de Saint-Bernard, en août 1996, faisant reculer Chirac après avoir fait reculer Juppé, en novembre-décembre 1995.

C’est la voie également qui facilitera l’émergence d’une réelle coordination entre campements, aujourd’hui fragmentés, mais aussi les conditions politiques d’une contre-attaque contre ce gouvernement de combat qui, tout en s’en prenant aux plus faibles et aux plus démunis de nos frères et sœurs, compte bien, dès que l’occasion se présentera, détruire ce qui reste du Code du travail et des conventions collectives, en commençant par les plus précaires d’entre nous, pour élargir l’offensive par la suite. C’est pour l’ensemble de ces raisons que la manifestation du mardi 16 juin à Paris, partant de La Chapelle, doit être un succès.

15/06/15.




Mots-clés

Réfugiés   /    Sans-papiers   /    Politique