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Circulaire Castaner : le gouvernement tente de cacher son impopularité

Le 10 décembre dernier, Christophe Castaner adressait aux préfets une circulaire portant sur l’attribution des nuances politiques aux candidats aux élections municipales et intercommunales des 15 et 22 mars. Depuis plusieurs jours le texte fait polémique, tant il constitue une tentative grossière de manipulation électorale.

mardi 21 janvier

Crédit photo : LUDOVIC MARIN / AFP

Depuis une semaine, la « circulaire Castaner » est vivement critiquée à droite comme à gauche. En effet, elle permettrait aux macronistes de brouiller la lisibilité des résultats des prochaines élections municipales en gonflant les scores de LREM. Les réactions sont donc fortes dans l’opposition qui accuse le gouvernement et la majorité d’avoir voulu manipuler le scrutin. Saisi par deux élus municipaux LR de l’Ain, candidats à leur réelection, Elisabeth Laroche et Alexandre Nanchi, le Conseil d’Etat devrait ainsi statuer sur la légalité de la circulaire. Retour sur une polémique.

Une modification avantageuse de la comptabilisation des scores des municipales

Pour appréhender correctement cette circulaire il faut s’intéresser au système qui jusqu’à présent était en usage lors des élections. Un candidat déposant sa candidature, peut choisir de concourir avec une « étiquette politique », mais il peut également faire le choix de se présenter « sans étiquette ». Jusqu’alors, ce sont les préfets qui par la pratique du « nuançage » coloraient politiquement la candidature de ces « sans étiquettes », qui se voyaient attribuer une classification, « divers gauche », « divers centre » ou « divers droite ».

Avec sa circulaire « relative à l’attribution des nuances politiques aux candidats aux élections municipales, adressée aux Préfets le 16 janvier, Christophe Castaner modifie les règles pour les prochaines élections municipales. En effet, alors qu’en 2014 seules les communes de moins de 1000 habitants échappaient à cette pratique, ce sont désormais toutes les communes de moins de 9000 habitants, soit 96% des communes et 47 % de la population française, qui devront s’en passer.

Sans surprise, la circulaire fait donc scandale. En effet, elle effacera du paysage l’expression politique de 96% des communes. Or, la nuance, attribuée par l’administration, est un enjeu central pour les partis politique, puisqu’elle permet d’agréger les résultats des différentes tendances politiques et de faire émerger les grandes tendances au niveau local et national. Dans le cas précis des prochaines municipales, l’éviction des communes de moins de 9000 habitants, devrait être particulièrement avantageuse pour la République En Marche, en permettant au parti présidentiel de masquer sa faible implantation dans les petites communes au profit des grandes villes, dans lesquelles elle présente beaucoup plus de candidats. De quoi susciter les accusations de manipulation électorale de la part de la gauche comme de la droite.

La seconde manipulation que permet cette circulaire porte sur une nouvelle nuance, « LDVC (liste divers centre) », qui sera attribuée selon les directives transmises au préfet, aux listes ayant obtenant l’investiture de plusieurs partis dont LREM, le MODEM ou l’UDI, mais aussi aux listes qui, sans avoir été investies par ces partis, sont soutenues par ces mouvements, ainsi qu’à toutes les listes de sensibilité centriste, même les dissidentes. En d’autres termes il suffira à LREM de soutenir une liste pour que celle-ci devienne une liste divers-centre. La manœuvre est d’autant plus problématique que cette directive n’est donnée que pour les listes de nuance « divers centre ».

Ce dont il s’agit de façon claire pour la majorité présidentielle c’est de faire illusion. Alors que Macron n’a jamais été aussi impopulaire, que le gouvernement a connu un an de mouvement des Gilets jaunes et un mouvement de grève historique et toujours vivace contre la réforme des retraites, il choisit de casser l’outil d’évaluation des élections municipales pour mieux en dissimuler le résultat réel.

De fait, le gouvernement semble craindre ces élections. Organisées à mi-mandat, les municipales sont connues pour être des élections « sanctions ». Or, cette dimension risque d’être redoublée dans une situation où le gouvernement est particulièrement impopulaire. A tel point que LREM a conseillé à ses candidats aux municipales de ne pas afficher le logo du parti. Ceux-ci se sont en effet vus remettre un guide contenant 134 pages et devant leur servir de carnet de route lors des prochaines municipales. Il y est notamment conseillé « de faire campagne sur une étiquette de rassemblement/société civile » plutôt que sous l’étiquette En Marche quand la situation n’est pas favorable. Une attitude qui ne semble pas choquer Pierre Person délégué général adjoint de LREM qui revendique sans gêne cette position, expliquant qu’il ne trouvait « ce guide absolument pas cynique ».

Une manœuvre grossière qui en dit long sur le souci « démocratique » d’un gouvernement, si prompt à traiter les actions de gréviste de « honte pour notre démocratie », mais capable de tous les coups bas pour tenter de se redorer son blason… sans grandes chances de succès.




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