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GUERRE EN UKRAINE

Civils massacrés à Boutcha : les dirigeants occidentaux appellent à durcir les sanctions contre la Russie

Le départ des troupes russes de la région de Kiev ont révélé des scènes de crimes atroces, telles que le massacre de Boutcha, qui ont provoqué un choc à l’international, montrant l'horreur des conséquences de l'invasion russe sur les civils. Les puissances occidentales se sont empressées de réagir, s’en servant de point d’appui pour justifier un durcissement contre la Russie.

lundi 4 avril

Crédits photo : RONALDO SCHEMIDT / AFP

Suite aux annonces des autorités russes concernant le retrait de leurs forces dans la région de Kiev la semaine passée, la vice-présidente ukrainienne de la Défense, Hanna Maliar, déclarait ce samedi que « toute la région de Kiev a été libérée de l’envahisseur ». Mais les images du retour des militaires ukrainiens dans les villes de la région qui étaient jusque là soumises à l’occupation russe, ont provoqué un choc à l’international, celles-ci révélant des scènes de crimes atroces, où les corps de 410 civils ont étés découverts - qui doivent être unanimement condamnés comme tels. Accusée de « crimes de guerre », la Russie a immédiatement nié son implication, son ministère de la Défense dénonçant ce dimanche « une nouvelle production du régime de Kiev pour les médias occidentaux », et a demandé que le Conseil de Sécurité de l’ONU se réunisse lundi sur le sujet. Dans l’état actuel, il reste très difficile de savoir exactement ce qu’il s’est passé, même si l’historique de crimes contre des civils par l’armée russe laisse entendre qu’elle pourrait être responsable de tels crimes.

Boutcha, où la découverte des conséquences funestes de la guerre sur les civils ukrainiens

Parmi elles, le massacre de Boutcha – ville dont le nom à fait le tour du monde, a particulièrement suscité l’effroi : des images de corps calcinés, de civils exécutés sur leur vélo, ou bien ligotés et morts d’une balle dans la tête,… « Dans certaines rues, on voit quinze à vingt cadavres sur le sol » décrivait ainsi le maire de la ville.

Mais d’autres zones n’ont, elles non plus, pas été épargnées. Sur l’autoroute E40, qui relit les villes de Kiev et Jytomyr, les soldats ukrainiens ont découvert des scènes macabres, décrites dans le journal Le Monde : « La tuerie s’étend sur près d’un kilomètre […] la plupart des cadavres gisent à côté des automobiles. Ils sont tous soit partiellement brûlés, soit entièrement calcinés ». De son côté, The Economist relate plusieurs témoignages d’habitants de Motyzhyn, située à l’Ouest de Kiev, qui racontent le meurtre de la maire de la ville et de sa famille, qui aurait été « arrêtée le 23 mars » par des soldats russes et « dont les corps ont été exhumés peu après le rétablissement du contrôle ukrainien ».

L’ONG Human Rights Watch a ainsi publié un rapport ce dimanche qui documente « plusieurs cas de violations des lois de la guerre par des forces militaires russes à l’encontre de civils dans les zones sous occupation de Tchernihiv, Kharkiv et Kiev », décrivant « des crimes de guerres apparents ». Témoignages à l’appui, le rapport détaille que les soldats russes auraient « appréhendé cinq hommes et ont exécuté sommairement l’un d’entre eux » à Boutcha le 4 mars, un homme déclare « qu’un soldat russe avait menacé de l’exécuter sommairement, lui et son fils » le 6 mars, et une femme raconte « qu’un soldat russe l’avait violée à plusieurs reprises dans une école de la région de Kharkiv » le 13 mars. Des atrocités qui révèlent toute l’horreur de la guerre actuelle qui se déroule en Ukraine. Face aux conséquences mortifères de l’invasion réactionnaire de Poutine, exigeons le départ immédiat des troupes russes de l’Ukraine !

Les puissances occidentales utilisent l’horreur pour durcir les sanctions contre la Russie

Si les puissances occidentales se sont empressées de réagir, en condamnant les horreurs perpétrées, celles-ci s’en servent de point d’appui pour justifier un durcissement de la pression exercée sur la Russie.

En effet, depuis dimanche, s’exerce une surenchère verbale, lancée d’abord par le président ukrainien Zelensky, le premier à qualifier les faits de « génocide », repris ensuite par le premier ministre polonais Mateusz Moriawiecki qui déclarait que « ces massacres sanglants commis par des Russes, des soldats russes, méritent d’être appelés par leur nom. C’est un génocide, et il doit être jugé », tandis que la première ministre estonienne, Kaja Kallas, comparait les images « meurtres de masse des régimes soviétiques et nazis ». Plusieurs chefs d’États appellent à un jugement de la Russie par la Cour Pénale Internationale, tels que Emmanuel Macron ou encore Pedro Sanchez, qui dénonce « des cas présumés de crimes contre l’humanité », pendant que Carla Del Ponte, ancienne procureure des tribunaux des Nations unies, demande à ce qu’un mandat d’arrêt international soit émis à l’encontre de Poutine, qu’elle qualifie de « criminel de guerre ». L’ambassadrice américaine des Nations Unies s’est quant à elle exprimée sur ses réseaux sociaux, déclarant que « nous ne pouvons pas laisser un Etat membre qui est en train de saper tous les principes qui nous tiennent à cœur participer au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU ».

Une surenchère qui va de pair avec une volonté de renforcement des sanctions à l’égard de la Russie. C’est le sens de l’intervention de Macron au micro de France Inter ce lundi, qui s’est prononcé en faveur de nouvelles sanctions, évoquant l’interdiction potentielle de l’importation de pétrole et de charbon russe, comme le décrit le Financial Times. Quant à l’Allemagne, la ministre des affaires étrangères a promis « d’intensifier les sanctions contre la Russie et d’apporter un soutien encore plus important à la défense de l’Ukraine ». Une réunion des vingt-sept pays membres de l’Union Européenne a d’ailleurs été convoquée en urgence ce mercredi pour discuter de nouvelles sanctions contre Moscou. Si plusieurs propositions sont sur la tables, celles concernant de plus grandes restrictions et des embargos sur les exportations énergétiques comme le gaz, le charbon ou le pétrole risquent d’occuper la majeure partie du débat.

Exigées depuis plusieurs semaines maintenant par le gouvernement ukrainien, l’arrêt des exportations de gaz russe est une décision difficile à prendre pour les Etats membres de l’UE, certains en étant très dépendants, comme l’Allemagne qui a fait savoir ce lundi qu’il était « impossible » de substituer le gaz russe « pour le moment ». Mais les appels du pied se multiplient : l’Italie, de la voix d’Enrico Letta, chef du parti démocrate de centre-gauche, a déclaré être favorable à «  embargo complet sur le pétrole et le gaz russes », tandis que les États Baltes ont annoncé avoir mis à terme aux importations de gaz russe, poussant par là les autres membres à faire de même.

Ainsi, sous couvert de la condamnation des scènes de crimes atroces découverts en Ukraine, les puissances occidentales durcissent les sanctions envers la Russie, qui touchent en premier lieu la population russe, et leur fait porter par là le fardeau de l’invasion de Poutine. Une position d’autant plus hypocrite au regard des massacres perpétrés par leurs propres armées en Irak ou en Afghanistan – pour ne citer que ces deux exemples. Dans ce sens, face à l’invasion réactionnaire de Poutine, et au regard de l’ingérence des puissances impérialistes occidentales, il est nécessaire non seulement de s’opposer aux sanctions qui visent à affamer le peuple russe, mais également de défendre une politique anti-impérialiste indépendante, pour une sortie du conflit qui soit véritablement progressiste pour les populations ukrainiennes et russes.



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