^

Politique

Rentrée

Classes sans enseignants, manque de moyens : la rentrée de tous les dangers pour l’exécutif ?

La rentrée des classes ce jeudi 1er septembre a été marquée par la crise de l’Education Nationale alors que le corps enseignant est une nouvelle fois confronté aux conséquences de la casse du service public avec une pénurie inédite de main d’œuvre. Pour le gouvernement qui espère poursuivre le train des réformes libérales dans ce secteur, la colère qui gronde n’augure rien de bon.

jeudi 1er septembre

C’est sous le signe de la crise de l’Education Nationale que s’est faite la réouverture des classes pour plus de 12 millions d’élèves du primaire et du secondaire. Après deux années de Covid et un mandat Blanquer ayant profondément marqué ce secteur, la pénurie de professeurs passe très mal auprès du corps enseignant et des parents d’élève.

« Il y aura bien un professeur devant chaque classe » rassurait pourtant le ministre de l’Education nationale Pap Ndiaye le 26 août dernier alors qu’était annoncé que pas moins de 4 000 enseignants manqueraient à l’appel le jour J. Finalement, ce sont seulement 3 000 contractuels, embauchés dans l’urgence, qui se sont présentés en salle des profs ce jeudi. Pari non tenu pour le ministre donc, puisqu’au-delà des questions que soulève le recrutement par job-datings, un millier d’enseignants restait introuvable.

Une situation inquiétante que cherche à tout prix à minimiser Pap Ndiaye en invoquant un simple couac en lien avec l’entrée en vigueur de la réforme des concours de l’Education Nationale – désormais accessibles uniquement après l’obtention d’un Master 2. Et pour cause, c’est en réalité à une conséquence de la casse de l’Education Nationale par le gouvernement que font face les enseignants.

D’un côté, le gel du point d’indice pendant 10 ans et son dégel de 3,5% en 2022 en dessous du rythme de l’inflation entraine des baisses de salaire importantes, qui couplées aux longs trajets imposés à de nombreux enseignants pour pouvoir exercer, plonge dans la précarité beaucoup d’entre eux. De l’autre, la mutation du métier de prof par les réformes du Bac Blanquer participe de la lassitude comme le résume William Lafleur – alias « MonsieurLeProf » sur Twitter – dans les colonnes du HuffingtonPost :« Les élèves sont sous pression et n’apprennent plus pour eux, les parents sont extrêmement tendus et font bien plus de réclamations pour essayer de modifier les notes… Tout ceci transforme notre métier. Nous devenons des évaluateurs constants, à défaut d’être des enseignants. »

Un mal être qui explique que de nombreux enseignants quittent le navire, pendant que ceux qui restent sont confrontés à un sous-effectif de plus en plus important. Cette année faute de forces, les élèves s’entassent à plus de 30 dans certaines classes, y compris dans les quartiers populaires où le manque de moyens est dramatique. « Nous sommes obligés d’aller chercher des tables dans d’autres salles de classe, et il n’y a même plus suffisamment de chaises pour tout le monde » résume une enseignante de Seine Saint Denis et militante à Sud Educ.

Conscient de la colère qui gronde, le gouvernement cherche à apparaitre sous son meilleur jour. Après avoir mis au poste de premier ministre une figure affiliée à la gauche et à l’antiracisme, c’est en mettant en avant des réformes « progressistes » que l’exécutif espère passer cette tempête. Ce lundi, Pap Ndiaye affirmait sa volonté de renforcer « la mixité sociale » dans les établissements et de faire de la valorisation des écoles des « quartiers défavorisés » une « priorité de son ministère ». Une manière de faire passer la pilule de grosses attaques à venir dans la continuité des réformes Blanquer, à l’instar de la réforme des collèges ou du projet d’augmenter le temps passé en entreprise pour les lycéens professionnels.

Mais cette situation dans un secteur très remonté contre le gouvernement laisse entrevoir une rentrée qui se pourrait être agitée bien au-delà de l’Education Nationale. En effet, les grèves de professeurs qui débutent lundi prochain pour exiger plus d’effectifs et de moyens pourraient trouver un écho favorable auprès d’autres secteurs du monde du travail qui subissent aussi de plein fouet la crise économique.

Toutefois, ce n’est qu’à condition d’un véritable plan de bataille dans l’Education Nationale que pourra s’exprimer pleinement la colère qui gronde chez les enseignants. Jusqu’ici, les directions syndicales sont restées globalement silencieuses vis-à-vis de la rentrée des classes et ne posent comme perspective qu’une seule date de mobilisation en septembre. Au-delà de la journée du 29 qui peut effectivement jouer comme point d’appui et terrain de confluence, il s’agit donc de chercher intensifier et coordonner les dynamiques de grève à la base afin de faire de ce mois de septembre la rentrée de tous les dangers pour le gouvernement.



Mots-clés

Témoignage travailleurs de l’éducation   /    Education nationale    /    Rentrée   /    Education   /    Politique