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Qui sème la misère récolte la colère

Clermont Ferrand : 5000 agriculteurs manifestent et font face à la répression policière

Ce jeudi, quelques 800 tracteurs et près de 5000 manifestants se sont rendus place de Jaude à Clermont Ferrant pour dénoncer le projet de réforme de la Politique Agricole Commune et revendiquer des prix plus rémunérateurs. La démonstration de force des agriculteurs s’est terminée en affrontements avec les gendarmes mobiles.

vendredi 26 mars

Crédit photo : Philippe Desmazes - AFP

Ce jeudi 25 mars vers 11H, à Clermont-Ferrand, des centaines de tracteurs et plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés sur la Place de Jaude et dans les rues environnantes à l’appel de la FSDEA et des Jeunes Agriculteurs, pour une mobilisation « d’envergure ». Venus de Lozère, du Lot, de l’Aveyron, de la Creuse, de la Corrèze, de l’Ain, de la Nièvre, du Cantal, de la Haute-Loire, de l’Allier, de la Saône-et-Loire, ou encore du Puy-de-Dôme, les agriculteurs sont venus en nombre, bloquant les principaux axes de l’autoroute dès le matin, pour rejoindre la manifestation régionale appelée à Clermont-Ferrand, mais aussi à Lyon. Selon les représentants syndicaux, 22 départements étaient représentés à Clermont-Ferrand.
 

 
Massivement, les agriculteurs ont dénoncé la non-application de la loi Égalim (Équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire pour une alimentation saine, durable et accessible à tous) et le projet de réforme de la Politique agricole commune (PAC), mais aussi le surendettement et les mises aux normes difficiles à mettre en place et coûteuses. Dans les colonnes de Marianne, Didier, éleveur, s’exprime ainsi : « On s’étonne qu’il y ait des suicides aussi souvent dans les fermes, mais c’est pas étonnant : c’est de pire en pire. On court à notre perte ». Et si Castex avait annoncé, début mars, 60 millions d’euros d’aides d’urgence dans la Creuse, les agriculteurs dénoncent une mesure cosmétique et l’importante mobilisation de ce jeudi est le témoignage éclatant d’une colère qui reste vivace.
 
La crise est venue exacerber une situation qui était déjà dramatique pour de nombreux agriculteurs : « On est toujours payés avec les mêmes prix que nos grands-parents alors que les charges n’ont jamais cessé d’augmenter, qu’on travaille comme des fous, qu’on a des emprunts et des factures à rembourser en permanence, et tout ça pour dégager à peine un salaire de 400 euros. Qui pourrait accepter ça ?  » s’exclame Michael, producteur laitier, au micro de Marianne, place de Jaude dans la capitale de l’Auvergne. 
 
C’est en guise « d’ultime avertissement » que les agriculteurs se sont retrouvés largement ce jeudi, créant des kilomètres de bouchons sur les autoroutes dès le matin, avant d’aller déverser leurs remorques de fumier et redécorer de tas de pneus et de lisier plusieurs points de la ville dont la préfecture et l’Hôtel de ville, après le rendez-vous qu’avaient les représentants syndicaux à la Préfecture. 
 

 
Face à cet appel, la Préfecture avait prévu un dispositif important d’une centaine de gendarmes sur place, comme l’a indiqué la Police nationale 63 sur son compte Twitter : 

L’après-midi des tensions avec les forces de l’ordre se sont développées. Dans la continuité du rendez-vous avec le préfet du Puy-de-Dôme, Philippe Copin, les agriculteurs ont voulu intensifier la pression pour obtenir une entrevue avec le ministre de l’agriculture, ce qui a été dans un premier temps refusé. Après que la police ait tenté de disperser le rassemblement par l’envoi de bombes lacrymogènes, les manifestants ont haussé le ton et chargé à bord de leurs engins agricoles. C’est après ces échanges tendus que le préfet a appelé les syndicats en annonçant l’obtention du rendez-vous avec le ministre Julien Denormandie en début de semaine prochaine. 

Si les agriculteurs ont quitté la place après l’obtention de ce rendez-vous, ils ont averti que de nouveaux rassemblements seraient à l’ordre du jour, à Clermont-Ferrand, Lyon ou encore Paris, si leurs revendications ne sont pas prises en compte. La mobilisation des paysans si elle perdure et dépasse le mot d’ordre d’interpellation du gouvernement pourrait participer à mettre l’exécutif en difficulté. Dans un contexte de grave crise économique, l’ouverture d’un front paysan contre Macron et son monde, devra poser la question d’une alliance avec les secteurs du monde ouvrier en première ligne face au virus et aux licenciements. Pour que ces secteurs se rejoignent, se pose la question d’une alliance revendicative avec des secteurs du salariat, pour l’instauration de comités de contrôle des prix, constitués de producteurs, de salariés de la grande distribution, de l’agro-alimentaire et de consommateurs pour un prix de vente et d’achat qui permette à tout le monde de trouver son compte, y compris de manière sanitaire et écologique. Une alliance qui pose le problème du dépassement des directions agricoles qui se battent en dernière instance pour les firmes, pas pour les fermes.




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