^

Notre classe

Correspondant ouvrier

Clientélisme et répression syndicale : les méthodes du PDG de Dassault Aviation

Nous publions la contribution d’un salarié de Dassault, une des principales entreprises du secteur aéronautique. Il dénonce les méthodes du patronat de Dassault-Aviation, entre "dialogue social", clientélisme et répression syndicale.

jeudi 22 avril

Éric Trappier poursuit une trajectoire fulgurante, après avoir été nommé président-Directeur Général de Dassault Aviation, président de l’European Aerospace and Defence Industries Association (ASD), président du Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales (GIFAS) et président du Conseil des Industries de Défense Françaises (CIDEF), il vient d’être nommé président du syndicat patronal de l’UIMM, l’Union des industries et métiers de la métallurgie.

Cette nomination pourrait étonner, alors qu’elle intervient seulement quelques jours après les révélations par Médiapart d’une nébuleuse affaire de corruption dans le cadre de la vente d’armes par Dassault Aviation au gouvernement Indien. Comment est-ce que le patronat justifie la nomination d’Éric Trappier dans sa branche la plus forte, l’UIMM (anciennement comité des Forges de France, un syndicat de défense des intérêts du patronat dans la sidérurgie au passé sulfureux) ? Certainement pas pour sa probité dans les affaires ou pour sa volonté à instaurer la paix dans le monde (en tant que président des vendeurs de canons européens -l’ASD- ce serait assez difficilement entendable). Mais alors pour quelle raison ? Officiellement, l’UIMM explique qu’Eric Trappier aurait instauré un dialogue social constructif dans son entreprise Dassault Aviation (NDLR, avec les syndicats de salariés).

Pourtant derrière le "dialogue social" à Dassault Aviation se cachent des méthodes patronales dignes de la politique sociale du 19ème siècle et des différences salariales colossales entre les salariés ouvriers et cadres, hommes et femmes. Ainsi, un ouvrier expérimenté de 50 ans touche en moyenne 1900 € net /mois alors qu’un cadre du même âge a un salaire proche des 5500 € net/mois. Dans le même temps, le salaires des femmes est en moyenne 15 % inférieur à celui de leurs collègues masculins.

Cette politique du grand écart salarial se concrétise ensuite lors des élections syndicales et professionnelles. Les cadres votent massivement pour la CFE-CGC et l’UNSA, dont les membres sont extrêmement bien traités par la direction (puisque certains font même partie du comité de direction de l’entreprise). Et pour cause, ces syndicats, CFE-CGC et UNSA, sont très favorables à la signature d’accords avec le patronat, et ce même lorsqu’ils sont en défaveur des salariés ouvriers. En ce sens, le dernier accord NAO qui acte d’une augmentation de salaire de 0,5 % sur 2 ans pour les ouvriers mais de 3 % pour les cadres est une nouvelle illustration de cet état de fait. Ainsi la signature de cet accord par la CCFE-CGC, s’inscrit dans une logique de clientélisme très installée à Dassault Aviation.

Sans grande surprise, dès que l’occasion s’y est prêtée, le délégué syndical central de la CFE-CGC de Dassault Aviation a félicité le PDG de Dassault Aviation pour sa récente nomination à la tête de l’UIMM et pour avoir entamé une carrière de militant syndical (le cynisme n’a décidemment aucune limite dans les locaux de Dassault aviation). Comme nous avons pu l’écrire, à Dassault Aviation la confusion des genres entre certains syndicats et la direction de l’entreprise est totale !!!
Le PDG a en conséquence les mains libres pour tout tenter, la CFE-CGC et L’UNSA signant tous les accords que la direction leur présente. Les salariés se retrouvent donc avec des accords creux, comme pour le télétravail, ce que certains membres de la direction on même fini par admettre. Des accords qui finissent par mettre la vie des salariés en danger puisque plusieurs clusters se sont formés dans des open space du site de production d’Argenteuil où des dizaines de salariés ont été contaminés alors qu’ils auraient dû être, chez eux, en télétravail (dont le directeur du site, son directeur adjoint et le DRH de l’établissement). Une situation que l’inspection du travail a corrigé, en réponduant fermement à ces agissements et en mettant fin à ces pratiques.

Des accords, tout aussi vides, sont signés sur l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes. Dans le même temps, les ouvrières de plus de 40 ans continuent à gagner 8 % de moins que leurs collègues masculins, les techniciennes et agent de maitrise de plus de 40 ans ont un salaire inférieur de 6,5%, et enfin l’écart salarial est de 14,2% pour les ingénieures de plus de 50 ans. Aucune mesure de correction mise en place par Dassault et par les syndicats conciliants avec la direction n’a corrigé ces écarts.

Dans cette droite lignée, l’accord portant sur le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap a permis durant les dernières années d’acheter une chaise ergonomique de 300 € pour les 65 salariés avec RQTH que compte l’usine D’Argenteuil. Lors du renouvellement de cet accord objectivement inefficace, la direction a encore supprimé les moyens alloués aux salariés en situation de handicap, ce qui n’a pas empêché la CGC et l’UNSA de le signer.

Si pour les syndicats perpétuellement signataires, la CGC et UNSA, Eric Trappier agite la carotte et récompense, pour la CGT la situation est radicalement autre ? Les rendus de jugement parlent d’eux-mêmes, de 1993 à 2016 Dassault Aviation a été reconnu coupable de discrimination syndicale envers des militants de la CGT, pas moins de 68 fois et ce devant de nombreuses juridictions : tribunal correctionnel, Conseil de prud’hommes, cours d’appel et cours de cassation. Actuellement plus de 50 syndiqués de la CGT sont toujours en contentieux juridique pour que la justice mette un terme aux agissements d’ Eric Trappier.

Voilà ce qui se joue avec le "dialogue social" une politique clientéliste bénéfique seulement au patronat, et dont les grands perdants sont les ouvriers, les femmes, les nouveaux embauchés, les salariés avec une RQTH, ...

Mais Eric Trappier ne s’arrête pas là. Le PDG s’est aussi doté d’un outil de « dialogue » efficace qu’il résume ainsi : « on fait peur, ensuite on discute ». En septembre 2020 pour faire accepter un PSE aux organisations syndicales, après plusieurs semaines de « peur » et de pressions en tout genre, il a de lui-même mis fin aux négociations de PSE et proposé des accords salariaux aux rabais. En parallèle de ce chantage au PSE, le patronat de Dassault Aviation cumule les bénéfices, 303 millions d’euros en 2020 auxquels il faut rajouter les 100 millions de Thalès. Eric Trappier fait pourtant le constat d’une situation de crise incontestable pour cette année. Apparemment pas pour les riches et le patronat...

Les ouvriers et leurs représentants tiennent alors et toujours le rôle "d’irritants sociaux" comme le dirait la direction de Dassault Aviation. Après la répression syndicale, Dassault Aviation sous la direction d’Eric Trappier a trouvé la parade et elle est radicale : diminuer le nombre d’ouvriers en CDI avec des contrats Dassault et sous-traiter au maximum chez une multitude de PME TPE où les revendications salariales seront plus faciles à éteindre. Mais ce n’est pas tout, il s’agit aussi pour M. Trappier de sous-traiter dans des pays à bas couts, voire à très bas couts, sans réel droit du travail. Ainsi, à son initiative, la première usine Dassault va être construite en Inde à Nagpur. Pour chaque usine Dassault sur le territoire français des dizaines de sous-traitants sont mis à contribution et les effectifs internes Dassault Aviation sont en chute libre, à Argenteuil, en 10 ans les effectifs ont été divisés par 2 (de 1200 à 600).

Clientélisme, chantage au PSE, atomisation des ouvriers, pressions à travailler plus notamment de nuit et le samedi, discriminations syndicales envers les syndicats les plus revendicatifs, opposition farouche au télétravail, absence de mesures pour atteindre l’égalité salariale ou la prise en compte des handicaps, impositions des congés, délocalisation dans les pays à « bas coûts » où le travail des enfants n’est toujours pas interdit… Voilà le visage de l’UIMM.

Malgré un climat délétère et répressif chez Dassault Aviation, les militants de la CGT ont réussi à créer un véritable rapport de force depuis 1 mois en appelant à la grève tous les vendredis après-midi. Les revendications sont simples, de la stagnation des salaires nait la baisse du pouvoir d’achat pour les salariés les moins bien payés : les ouvriers. Il s’agit alors pour les grévistes de Dassault Aviation d’imposer la réouverture des négociations salariales ! Ce mouvement est extrêmement bien suivi sur tous les sites de production de l’entreprise et notamment à Biarritz, Poitiers et Argenteuil. Les salariés ont bien l’intention de poursuivre ce mouvement jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

Les militants de Dassault Aviation ne perdent pas non plus de vue l’avenir qui se profile avec le déconfinement et ils seront présents sur les grandes mobilisations nationales qui auront lieu : pour les salaires et l’emploi, pour le 1er mai, pour défendre leur convention collective de la métallurgie, etc.

Le patronat vient de nommer un nouveau chef, mais le camp des travailleurs est de plus en plus conscient de ses intérêts de classe et de la force de ses mobilisations.




Mots-clés

Dassault   /    répression syndicale   /    Airbus   /    Grève   /    corruption   /    Licenciement(s)   /    Toulouse   /    Notre classe