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Trahison

Collaboration de classe. Laurent Berger satisfait de la « méthode » Castex

Ce jeudi matin, Jean Castex recevait les partenaires sociaux pour discuter du chantier de la réforme des retraites et de la vague de licenciements massive. Laurent Berger est ressorti de cette rencontre ravi de la « méthode » du nouveau premier ministre.

jeudi 9 juillet

Arrivée à Matignon du patron de la CFDT Laurent Berger le 9 juillet 2020 pour une rencontre avec le nouveau Premier ministre Jean Castex. Crédit photo : © AFP, Anne-Christine POUJOULAT

Jean Castex, nouveau premier ministre, n’a pas été choisi par hasard par Macron. Il a notamment pour mission de résoudre l’épineux chantier de la question de la réforme des retraites, qui a été suspendue pendant le confinement. Depuis sa nomination, il répète vouloir régler au plus vite ce dossier. Il s’est présenté comme un « homme de dialogue » en expliquant que tout se fera « dans le dialogue et la main tendue ». Sur RMC et BMFTV mercredi, il a indiqué vouloir rencontrer « les partenaires sociaux, tous, un par un, et tous ensemble avant le 20 juillet » pour discuter d’un certain nombre de sujets, en particulier de la réforme des retraites. En effet, à peine nommé le gouvernement est déjà affaibli, et restaurer l’illusion du dialogue social apparaît comme une nécessité pour préparer les attaques antisociales à venir.

Les « méthodes » de Jean Castex ont charmé Laurent Berger

Avant le remaniement Macron avait annoncé, lors d’un entretien pour le Parisien, vouloir reprendre la réforme des retraites autour de concertations cet été, avec les partenaires sociaux.
Si Jean Castex est prêt à suivre l’offensive de Macron sur les retraites et l’a fait savoir ce mercredi devant les sénateurs, les tensions sociales post-confinement avec la vague massive de licenciement et le potentiel explosif que contient cette réforme qui a déclenché une mobilisation historique en décembre dernier, l’oblige finalement à prendre des pincettes. En somme, la nouvelle stratégie du gouvernement est d’avancer sûrement mais prudemment. Le but étant que la réforme passe, mais en évitant le plus possible les dommages collatéraux. C’est la raison pour laquelle le nouveau premier ministre a rencontré les secrétaires généraux de la CGT, de FO et de la CFDT ainsi que l e patron du MEDEF, un par un ce jeudi à Matignon. Une stratégie qui semble fonctionner avec Laurent Berger, adepte du « dialogue social », anagramme de la collaboration de classe.

En effet, le secrétaire général de la CFDT est ressorti visiblement satisfait de sa rencontre avec Jean Castex. Il a salué « la méthode » utilisée, une expression qu’il a répété au moins une dizaine de fois dans sa réaction à chaud. Il s’est ainsi félicité de cette rencontre, qui s’est faite selon lui dans un « climat d’écoute, d’échange », et « très franche et très ouverte sur la question de la méthode ». Laurent Berger se sent comprit et écouté, et le fait savoir en adressant des flatteries au nouveau gouvernement : « Être reçu la semaine de la nomination du gouvernement […] c’est un signe positif » se argue-t-il.

La réforme des retraites : consensus entre la CFDT et les grands patrons

Mais qu’est-ce qui est ressorti de cette rencontre à part des bonnes « méthodes » ? Laurent Berger le dit lui même : rien. « On était pas tellement sur le fond, on était plutôt sur la méthode » dit-il, et plus explicite encore « Sur le fond je suis incapable de vous dire ce qu’il en ressortira ».

Pour autant, sur la question des retraites, il n’en démord et le dit fermement : « La CFDT a très clairement dit qu’elle pensait que c’était pas le sujet d’actualité. On lui a dit [au Premier Ministre] que pour nous c’était l’emploi d’abord. C’était la vraie priorité. ». Laurent Berger garde la même position qu’il y a une semaine. Pour autant, il n’est pas anti-réforme des retraites, il considère juste que ce n’est pas la bonne saison… « Sur les retraites, la CFDT a dit clairement que ce n’était pas le sujet de l’été ni de l’automne » dit-il. Au moins c’est clair, pour lui il est préférable d’attaquer en hiver donc.

Ainsi, voilà que Berger se retrouve à défendre les même positions que le grand patronat. Selon le Monde, le Medef, syndicat des grands patrons, a lui aussi exercé une pression sur le gouvernement en s’opposant à la réactivation du débat sur la réforme des retraites. Cela révèle clairement la peur des grands patrons et de la bourgeoisie à remettre le feu au poudre, dans un contexte où la spontanéité des masses est hautement inflammable.

Et que la macronie se rassure, Laurent Berger n’a aucunement l’intention de s’opposer à la réforme si le gouvernement décidait de passer en force. Il a ainsi déclarait que « la CFDT ne pratique pas la chaise vide, mais si le gouvernement ouvre des concertations sur les retraites cet été ou à l’automne, la CFDT ne s’y investira pas vraiment ». C’est tout.

Selon Berger, on l’a comprit, c’est l’emploi d’abord. Il dit « La question des retraites ne doit pas venir polluer la question de la relace économique et sociale ». Mais dans la bouche du leader cédétiste, il ne faut pas y voir une quelconque référence à la lutte pour l’interdiction des licenciements ou le partage du temps de travail. Non, c’est surtout d’avantage d’argent public à destination des entreprises, comme il le propose dans une tribune publiée le 8 juillet dans Le Monde et cosignée avec Louis Gallois – ancien patron d’Airbus et haut-fonctionnaire – pour étendre les aides publiques pour lutter contre le chômage et créer des emplois dans le secteur de l’économie sociale et solidaires, sans remettre à aucun moment en cause les profits des grands patrons. Un programme compatible avec celui du MEDEF. D’ailleurs qu’on ne s’y trompe pas, dans le secteur de l’aéronautique, un des secteurs les plus touchés par ce début de crise économique, les « plans de restructuration » se traduisent par des licenciements massifs, mais aussi par des accords de performances collectives, qui cassent les acquis sociaux des travailleurs. Et la plupart du temps, ces accords sont signés grâce à l’alliance entre patrons et directions syndicales traîtres, prônant « dialogue social » et responsabilité des salariés pour mieux faire passer la pilule comme le fait Laurent Berger.

Voilà donc ce que propose le dirigeant de la CFDT : attendre l’hiver pour attaquer sur les retraites, et en attendant concentrons nous sur des plans de licenciements pour relancer l’économie. Il dévoile une fois de plus le vrai visage de la bureaucratie syndicale en s’accordant avec le patronat et le gouvernement avant de défendre les intérêts des salariés.

Face à cela, il ne faut rien attendre des concertations avec le gouvernements. Le poids des chaînes ne se négocie pas. Il s’agit de se battre, été, automne ou hiver, contre les licenciements, contre la casse des acquis sociaux, pour le retrait total de la réforme sans négociation.




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