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Du Pain et des Roses

Quand le discours raciste instrumentalise les violences faites aux femmes

Cologne. Des dizaines de plaintes pour agression sexuelle le soir du jour de l’an

Dans la ville de Cologne, en Allemagne, le soir du réveillon, près d'une centaine de femmes ont été agressées sur la place de la gare centrale où la foule a l’habitude de se rassembler pour fêter la nouvelle année. Depuis, au moins 90 d'entre elles sont venues déposer plainte auprès de la police de la ville contre des faits qui vont du vol à l'arraché à l'agression physique (mains aux fesses et à l'entrejambe, vêtements déchirés, etc.). Ces agressions violentes, commises par des dizaines d'hommes apparemment organisés sont depuis relayées dans la presse et dans l'opinion publique allemande et française comme ayant été le fait de personnes « en provenance d'Afrique du Nord ou arabes ». Il n’en fallait pas plus pour déchaîner à nouveau une vague de haine et de xénophobie à l'encontre des migrants ayant trouvé refuge dans la ville depuis quelques mois. Sarah Carah

mercredi 6 janvier 2016

Selon les sources de la police jusqu’à présent, rien ne permet de déterminer l’identité des agresseurs. Cinq d’entre eux auraient été interpellés et la police serait en train d’étudier les caméras de vidéo-surveillance. Selon le chef de la police de Cologne, les policiers intervenus ce soir-là, qui sont aujourd’hui fortement critiqués pour leur inaction, voire même leur absence au moment des faits, évoquent « dans leur très large majorité de jeunes hommes, âgés de 18 à 35 ans », précisant qu’il s’agirait d’hommes « apparemment d’origine arabe ou nord-africaine ». « Apparemment ». Il aura suffit cependant de cette précision pour que l’ensemble de l’enquête semble désormais tournée vers la question de l’origine des agresseurs.

A qui sert donc cette question ? Elle sert évidemment en premier lieu à l’extrême-droite et aux discours anti-migrants. De part et d’autre du Rhin, la fachosphère s’échauffe, persuadée d’avoir - enfin ! - trouvé l’argument pour défendre leur discours raciste. Les agresseurs seraient alors d’emblée la dizaine de milliers de réfugiés qui habitent dans la ville de Cologne et aux alentours depuis la soi-disant politique « d’ouverture des frontières » mise en place par Merkel. L’extrême droite allemande s’est empressée d’instrumentaliser les souffrances vécues par ces femmes pour condamner à nouveau l’accueil des réfugiés en Allemagne. D’Egalité et Réconciliation à « Français de souche », la cyber-extrême-droite en profite pour reprendre les amalgames : les réfugiés seraient la cause de tous nos maux, du « vol de nos emplois » jusqu’aux violences faites aux femmes.

« Dans le doute » en effet, il est bien plus facile de prétendre que les viols et les violences faites aux femmes seraient l’apanage de l’étranger, de l’autre, de celui qu’on ne connaît pas, de celui qui ne parle pas ou ne prie pas « comme nous ». Concernant ces agressions horribles et scandaleuses, des pages et des pages de commentaires ou de fil twitter pour dire qu’on ne sait rien, mais qu’on sait qu’ils sont ou plutôt doivent être arabes, et qu’ils doivent « rentrer chez eux ». Cette logique de repousser au loin par ce biais les violences de genre qui traversent notre société n’est pas nouvelle. Elle tend à faire passer ces violences pour des actes de marginaux, de fous, de barbares, pour mieux « oublier » que c’est bien au sein du couple et dans les familles, par des agresseurs connus, que sont commises l’immense majorité de ces violences. Pour mieux « oublier » aussi que ceux qui échappent aux condamnations, ce sont bien plus souvent les Strauss-Kahn ou les millionnaires.

L’origine des coupables de ces agressions sordides le soir du réveillon n’a rien à voir avec le nécessaire soutien aux victimes, et la violence machiste ne connaît pas de frontières. Violences conjugales et violences sexuelles ne sont pas l’apanage des hommes d’une religion ou d’une origine. Les violences faites aux femmes de Cologne ne sont malheureusement utilisées jusqu’à présent que pour remplir les colonnes des journaux à scandales, avides des petits détails, et pour justifier les discours xénophobes sous couvert d’un « féminisme » qui a davantage à voir avec le « fémo-nationalisme » (quand la cause des femmes est instrumentalisée à des fins nationalistes ou impérialistes dans les pays occidentaux, notamment) que de la défense des femmes. Ce ne sera pourtant jamais en perpétuant des préjugés et fantasmes racistes qu’il sera possible de lutter contre les violences faites aux femmes. Femmes d’ici ou d’ailleurs, ce n’est ni en acceptant ces discours, ni en ayant des illusions sur la police et la justice de cette société, qui pourchassent au quotidien les femmes migrantes à nos frontières, que nous pourrons en finir avec le harcèlement et les agressions de rue ou au foyer, mais bien en unissant nos forces !




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