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Colombie. Duque réprime dans le sang une nouvelle mobilisation d’ampleur

Ce mercredi la Colombie a vécu une nouvelle journée de mobilisation nationale d’ampleur. A nouveau le gouvernement Duque a répondu par une violente répression qui a fait au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés.

vendredi 28 mai

Depuis le 28 avril dernier, la Colombie connaît des mobilisations massives de la part des travailleurs et de la jeunesse, contre la réforme fiscale du gouvernement de Duque. Malgré le retrait de la réforme fiscale à l’origine des premières manifestations par le gouvernement et la démission du ministre des finances qui en était l’instigateur, le peuple Colombien continue de se mobiliser, face au mépris du gouvernement colombien mais plus globalement autour d’un ras-le-bol général provoqué par des décennies d’attaques sociales. Convoquée par le Comité National de Grève et par différentes organisations, une nouvelle journée de mobilisation nationale d’ampleur a une nouvelle fois traversé tout le pays, mercredi 26 mai. Cette journée a été marquée encore une fois par de multiples violences policières et par une répression particulièrement brutale, notamment dans la ville de Tuluá. Des violences qui ont couté la vie à un jeune homme et fait des dizaines de blessés.

Déjà, mardi soir, une répression violente s’était abattue sur l’un des blocages routiers mis en place par les manifestants dans la ville de Tulùa. Une répression dont la responsabilité est directement celle du président Iván Duque qui faisait peser depuis une semaine sur les manifestants la menace d’un ultimatum pour déloger les blocages routiers. Ce mardi, Duque s’est rendu dans le port de Bonaventura en compagnie du ministre de l’Intérieur et d’une commission de délégués gouvernementaux et y a affirmé « En Colombie il n’y a pas le droit de bloquer les routes, par conséquent nous verrons un grand engagement de la force publique s’il le faut pour le bien de la Colombie du sud-ouest et de notre communauté ». Les menaces s’expliquent avant tout par le fait que la mobilisation continue et paralyse désormais 50% de l’économie portuaire autour de nombreux blocages mis en place par les manifestants.

À Tuluá, l’embrasement du Palais de justice et une violente répression

La répression et les attaques de mardi à Tuluá se sont soldées par l’embrasement du Palais de justice. Malgré les accusations de Duque et de l’ancien président d’extrême droite Álvaro Uribe qui pointent du doigt les manifestants, de nombreux internautes dénoncent sur les réseaux sociaux la responsabilité des paramilitaires et la complicité de la police dans l’incendie. Dans un tweet, le ministre de la Justice Wilson Ruiz Orejuela condamne et accuse les manifestants de « vandalisme et d’actes terroristes », montrant la volonté du gouvernement de criminaliser le mouvement social. Cette propagande du gouvernement s’accompagne d’une volonté de casser le mouvement par la terreur. Ainsi depuis le début mouvement plus de 44 personnes ont été tuées et l’on dénombre plus de 2000 blessés et ce alors que 120 personnes sont toujours portée disparues selon l’ONG Temblores.

Aussi, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) a publié mardi une déclaration sévère condamnant les graves violations des droits de l’homme au cours des manifestations. A rebours du discours que souhaite imposer le gouvernement Duque « la Commission souligne que dans au moins 1 038 manifestations, il y a eu des cas de décès, de disparitions, de blessures et d’agressions sexuelles résultant d’un usage disproportionné et illégitime de la force. Ces événements se sont produits notamment dans des villes comme Bogota, Cali, Pereira, Popayán et Yumbo, et ont eu un impact particulier parmi les peuples indigènes, les femmes et les personnes d’origine africaine. »

La journée de manifestation a notamment été marqué par le meurtre d’un étudiant en droit par la police. l’ONU a dans un communiqué réclamé des « éclaircissements sur la mort violente » du jeune étudiant : « nous sommes très inquiets pour Tuluá. Nous sommes en contact avec les autorités et la société civile. Nous rappelons que les droits de l’homme et le dialogue sont le moyen de surmonter cette situation » et se contente donc de « rappeler les droits de l’homme » et d’appeler au dialogue, alors que le gouvernement Duque, sa police et son armée ont les mains souillées de sang.

Depuis une semaine le gouvernement faisait peser sur les manifestants des menaces de débloquer avec force les routes bloquées, il a mis ce mercredi sa menace à exécution, dans le sang et la violence. Dans le même temps les directions syndicales, regroupées dans le Comité national de grève, ainsi que les organisations politiques d’opposition, se réunissent autour d’une table avec Duque, alors celui-ci a les mains salies du sang de milliers de personnes, assassinées ou blessées. Ils cautionnent dès lors sa politique et n’espèrent qu’affaiblir le gouvernement en vue des élections présidentielles de 2022 ou du moins ne proposent pas de plan de bataille à la hauteur pour les millions de jeunes et de travailleurs qui se mobilisent dans les rues colombiennes. Surtout la coalition d’opposition au gouvernement colombien actuel, menée par Gustavo Petro, œuvre également pour cette politique de dialogue. Comme le rapporte Claudia Cinnatti, dans un article traduit par Révolution Permanente : “Cette politique a été explicitement formulée par Petro lors d’une réunion avec le Comité de grève ; en leur disant qu’ils auraient dû "crier victoire" après le retrait de la réforme par Duque, et prenant acte de la distance entre les directions syndicales et les jeunes précaires et des quartiers qui continuent à se battre et ne veulent pas rentrer chez eux, en leur conseillant de définir un ou deux objectifs immédiats et de s’asseoir pour dialoguer avec le gouvernement. Ils rendent ainsi un service inestimable à la classe dirigeante, agissant pour sauver le gouvernement Duque, qui est affaibli, pour éviter sa chute révolutionnaire et pour consolider la déviation du processus vers les élections de l’année prochaine. Le processus a toujours une fin annoncée.”

Au regard de la situation actuelle l’émergence de la classe ouvrière à la tête de l’alliance avec l’ensemble des exploités est fondamentale pour pouvoir garantir une solution progressiste à la crise générale en Colombie et le renversement révolutionnaire de Duque et de tout le régime. Par cela autour de la lutte pour la grève générale, pour l’auto-organisation de la classe ouvrière et contre la logique de dialogue avec le gouvernement Duque s’ouvre la voie pour que les travailleurs et la jeunesse se dotent d’une organisation puissante qui leur est propre. Un parti révolutionnaire des travailleurs et des exploités qui lutte bec et ongle pour donner une solution définitive aux problèmes les plus pressants auxquels le capitalisme les condamne et qui pose comme voie de sortie la nécessité d’un gouvernement des travailleurs et des exploités.




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