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Colombie. La répression sanglante du régime fait au moins 19 morts, mais la mobilisation continue

En Colombie, au moins 19 personnes ont été assassinées par la police lors des mobilisations qui secouent actuellement le pays. Les manifestations continuent contre le gouvernement d’Ivan Duque et un appel à la grève générale a été lancé ce mercredi 5 mai.

mardi 4 mai

Photo : AFP

Ni le retrait de la réforme fiscale, ni la démission du ministre des finances, ni la répression brutale qui a coûté la vie à des dizaines de manifestants n’ont arrêté la puissante rébellion ouvrière et populaire que connaît la Colombie.

Après l’annonce du retrait de la réforme fiscale dimanche, les mobilisations et les blocages se sont poursuivis dans les principales villes du pays face à la répression de la police et de l’armée, Cali étant l’une des villes où les manifestants ont le plus résisté aux attaques des forces de répression, dans des combats de rue massifs de jour comme de nuit.

Cette résistance et la détermination des assemblées locales et des comités de grève départementaux, ont obligé les centrales syndicales regroupées au sein du Comité National de Grève a lancé un appel ce lundi pour maintenir les mobilisations et a appelé à une journée nationale de lutte pour ce mercredi 5 mai.

Militarisation et répression

Ce lundi, le meurtre du jeune Colombien Nicolás Guerrero a choqué le pays. Des policiers de Cali, dans le Valle del Cauca ont férocement réprimé les mobilisations de la ville. Le jeune de 22 ans est mort d’une balle dans la tête d’un des agents de l’ESMAD (escadron anti-émeutes) et est décédé tôt ce lundi matin.

Selon une dépêche AFP, les chiffres officiels révèlent qu’au moins 19 personnes ont été tuées par les forces de police ou par l’armée. Les organisations de défense des droits de l’homme affirment quant à elle qu’au moins 26 personnes ont été tuées par la police lors des manifestations qui ont débuté le 28 avril. En outre, des centaines de personnes ont été blessées, ont disparu et ont subi des violences sexuelles de la part des forces répressives. On parle notamment de 800 blessés et d’un cas de viol perpétré par des policiers.

Des scènes de cette répression sanglante circulent en boucle sur les réseaux sociaux. Mais le gouvernement persiste : son objectif est de mettre fin à la rébellion par tous les moyens les plus brutaux à sa disposition.

Cyniquement, et pour justifier la répression, les assassinats et l’intervention de l’armée contre les manifestants, le ministre de la Défense, Diego Molano, a assuré que « la Colombie fait face à la menace terroriste d’organisations criminelles qui, déguisées en vandales, harcèlent des villes comme Cali, Bogota, Medellin, Pereira, Manizales et Pasto pour les déstabiliser ».

Cette prétendue « guerre contre le terrorisme », est un prétexte utilisé pendant des années par les gouvernements colombiens pour légitimer les assassinats en masse de dirigeants syndicaux, sociaux et paysans qui restent toujours impunis. Mais en réalité, c’est à des millions de travailleurs, de jeunes et de pauvres qui se sont rebellés pour défendre leurs droits, que le gouvernement a déclaré la guerre.

La militarisation de la police en Colombie n’est pas nouvelle. Pendant des années, elle a joué le rôle de bras armé de la guerre contre les luttes qui s’opposaient au gouvernement et elle a imposé sa terreur dans les villes. Pour preuve la police colombienne relève du ministère de la Défense et non de celui de l’Intérieur.

Un exemple de cette militarisation est celui du Commando Jungla, ces unités de police militaire censées lutter contre le trafic de drogue et étroitement liées à des agences américaines telles que la Drug Enforcement Administration. Ces unités ont également été formées par des agents du Special Air Service (SAS) de l’armée britannique.

L’assassinat de Nicolas Guerrero rappelle celui de Dylan Cruz, tué en 2019 lors de révoltes étudiantes. En effet, les homicides et les violences de la police colombienne ne sont pas nouveaux : entre 2017 et 2019, 639 homicides ont été commis par des membres des forces armées, de la police et des services de renseignement, selon l’ONG Temblores. Ceci dans un contexte de répression dans de nombreux cas dirigée contre les figures des luttes sociales, entre 2016 et 2020, on compte 971 indigènes, paysans, syndicalistes, femmes et écologistes, tués par des forces de l’Etat ou para-étatiques liées à la droite.

En septembre 2020, des manifestations contre les violences policières avaient secoué le pays. L’élément déclencheur avait été le meurtre de Javier Ordoñez, un avocat de 43 ans, arrêté pour non-respect du confinement selon la police. À cette occasion, le président Ivan Duque avait défendu avec force la police : « En aucun cas nous ne pouvons accepter, en tant que pays, que les policiers soient stigmatisés, qu’ils soient traités d’assassins ».

La déclaration du ministre de la Défense, qui soutient la violence des forces répressives, n’est donc pas accidentelle. Malgré le retrait de la réforme fiscale annoncée par le président Iván Duque ce dimanche, les manifestations se sont poursuivies dans différentes villes. Le Comité de grève national a appelé à la poursuite des mobilisations et à une manifestation nationale le 5 mai.

L’ampleur des manifestations et des grèves, des appels des comités départementaux, ainsi que de différentes organisations à poursuivre la lutte, rendent urgente la préparation d’une véritable grève générale qui puisse paralyser toute la production et les services comme les transports.

Cette lutte doit inclure des demandes de sanctions pour tous les responsables de la répression, tant les membres des forces répressives que les responsables politiques. La revendication d’en finir avec les accords bilatéraux avec les États-Unis qui ont militarisé le pays, ainsi que la dissolution de la police, peuvent permettre de poursuivre la lutte contre le gouvernement.

Cet article est une traduction d’un article de Diego Sacchi initialement publié sur le site de notre média frère la Izquierda Diario.




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