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FUERA DUQUE !

Colombie. Les femmes et les minorités en première ligne contre la répression de l’État

Après le suicide d'une manifestante de 17 ans violée par 4 policiers dans le cadre du mouvement social en Colombie, les minorités sexuelles et culturelles qui ont toujours été en première ligne réaffirment leur rejet de la répression et appellent à la poursuite du mouvement social contre l'état exploiteur et oppresseur.

lundi 17 mai

Crédits photo : Contagio Radio

Depuis le 28 avril, des mobilisations de travailleurs et des classes populaires se développent dans les principales villes du pays. Un des moteurs de la mobilisation sociale est la dénonciation de la situation de répression et militarisation ordonnée par le régime de Duque. Le premier jour, plus de 500 000 personnes ont manifesté et l’armée a tiré à balle réelle et procédé à des centaines d’arrestations. Aujourd’hui, malgré la répression, jeunes, ouvriers, précaires et indigenas sont déterminés à poursuivre le mouvement contre la bourgeoisie colombienne à la botte des Etats-Unis et des institutions financières internationales. Aujourd’hui, selon l’ONG Temblores, on compte pas moins de 48 assassinats, 1780 blessés, 1180 détenus et 548 disparus.

Les femmes et les minorités ont toujours été à l’avant-garde de la mobilisation, représentant les secteurs les plus précarisés du pays. Pour ne donner que quelques chiffres, alors qu’en juillet 2020, le taux de chômage chez les jeunes hommes était de 22 %, il était de 32 % pour les femmes. De plus, les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes. Ce sont également celles qui sont employées dans les secteurs les plus précarisés et les plus exposés lors de la crise pandémique. Dans un contexte de violences structurelles, elles ont aussi subi, lors de ce mouvement social, des violences spécifiques. C’est sous le slogan : « Les femmes ne sont pas un butin de guerre », que femmes et minorités ont été au centre des manifestations dans plusieurs villes du pays, le vendredi 14 avril, après le suicide d’une jeune femme de 17 ans violée par 4 policiers à Popayan dans le cadre du mouvement social en cours.

A ce jour, selon l’ONG Temblores, pas moins de 15 manifestantes ont été violées par des membres de la force publique dans le cadre du mouvement. Selon le défenseur du peuple, 87 cas de violences de la part des forces publiques ont été perpétrées contre des femmes et minorités sexuelles. Mais plus largement, selon la même organisation, entre 2017 et 2019, les forces de police seraient responsables de 102 cas de violences sexuelles, et à cela s’ajoutent 30 cas en 2020 (les données n’ayant pas été toutes publiées).

Minorités sexuelles et culturelles contre les violences sexistes et sexuelles

Le samedi 15 mai, une table ronde s’est tenue à La Loma de la Dignidad à Cali et a réuni des collectifs de femmes afrodescendantes, indigenas, trans, lesbiennes et féministes pour dénoncer la répression et appeler à la poursuite du mouvement.

Un grand nombre de prises de paroles ont dénoncé des violences contre les minorités sexuelles et culturelles et ont réaffirmé leur soutien inconditionnel à la première ligne en déclarant : « L’État ne me protège pas, la première ligne me protège ». Ces prises de paroles ont également été l’occasion de rappeler le rôle fondamental qu’a joué la minga (un collectif d’organisations indigenas) dans le cadre de la défense contre la répression.

A ces voix s’ajoutent celles du mouvement LGBT très présent depuis le début des protestations, contre les violences transphobes et homophobes et la précarité des populations LGBT. Les populations LGBTIQ ont historiquement été touchées par la violence sociale et ont été des cibles de la police. En 2019, l’organisation Colombia Diversa a reporté l’assassinat de 106 personnes LGBT, ainsi que des violences policières sur 109 personnes LGBT, les femmes trans étant sur-représentées dans ces chiffres. Les personnes trans sont structurellement exclues du marché du travail ce qui les obligent à exercer des activités informelles comme la prostitution, les rendant encore plus vulnérables.

Mais c’est également le cas des femmes afro colombiennes et indigenas qui ont dénoncé les violences sexuelles comme méthode de contrôle des femmes dans le cadre du processus d’assimilation qu’elles ont vécu de la part de l’État colombien. En 2020, la communauté embera avait dénoncé le viol d’une enfant de 13 ans par 7 militaires. Le CRIC (Conseil régional indigena du Cauca) avait alors signalé le caractère structurel de ces agressions de la part de la force publique et des acteurs armés dans les communautés rurales wayuu, embera et afrocolombiennes. Au cours du mouvement social, les femmes de la communauté Misak ont déboulonné la statue du conquistador Gonzalo Jiménez de Quesada dans la ville de Bogota et ont appelé à éliminer tout ce qui représente le colonialisme et l’oppression.

Face à la violence policière, l’affirmation des mouvements de femmes et des minorités sexuelles contre le régime de Duque

Les femmes, dans le rôle social qui leur a été assigné ou non, ont été en première ligne du mouvement. Depuis le début, elles sont présentes sur les blocages et dans les marches mais elles se sont également organisées pour appuyer la jeunesse par la provision de repas et l’appui logistique dans les quartiers les plus actifs de la ville de Cali, tel que le collectif de mères qui s’est constitué dans le quartier de Siloé où 17 jeunes ont été assassinés depuis le début du mouvement. Une trentaine de mères de manifestants et manifestantes, dans ce quartier qui a subi une répression féroce, se sont notamment réunies pour protéger la manifestation et, pour certaines, prendre la place symbolique de leur enfant disparu.

Ainsi, le 14 mai, dans les principales villes de la mobilisation, les cortèges se sont peints de violet. Mais le 9 mai, des manifestation de mères et sages-femmes ont eu lieu à Cali, Bogota, Medellin, à Armenia et Bucaramenga pour dénoncer plus largement les violences contre les jeunes et dans le cadre du mouvement national sous les slogans tels que : « Nous ne faisons pas naître nos fils et nos filles pour la guerre » ou encore « nous ne voulons plus d’une guerre qui nous tue, ni d’une paix qui nous opprime ». La manifestation a été convoquée notamment par l’organisation des mères des faux-positifs connues sous le noms de mères de Soacha, les 6000 jeunes assassinés dans le cadre d’opérations extra-judiciaire et présentés comme des « prises de guerre » menées par l’armée dans le cadre du conflit colombien.

Dans le cadre du mouvement social en cours, de la dénonciation de la précarité, de l’exclusion et de la répression, les questions féministes et antiracistes émergent de manière puissante, les minorités et les femmes étant sur-représentées dans les secteurs les plus précarisés par le système capitaliste et patriarcal. D’ailleurs, autour de ces questions et de la lutte menée par les minorités sexuelles et culturelles, l’ennemi est désigné, c’est le régime de Duque ; et c’est bien dans ce sens que les luttes des minorités s’inscrivent dans le cadre de la construction plus large d’un mouvement alliant travailleuses et travailleurs, précaires, indigenas et jeunes contre la classe bourgeoise colombienne et pour une autonomie populaire.




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