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Plan de bataille

« Comment gagner ? » : à Toulouse, 170 grévistes en AG éducation pour discuter du plan de bataille

Ce 19 janvier à Toulouse, 170 grévistes de l’éducation réunis en AG ont pointé la nécessité d’un plan de bataille pour construire la grève et aller vers la reconductible. Un exemple à généraliser.

lundi 23 janvier

Ce jeudi 19 janvier, les travailleurs de l’éducation ont manifesté leur opposition à la réforme des retraites à travers une grève majoritaire : 70% de grévistes dans le premier degrés selon le SNUipp-FSU, et 65% dans le secondaire selon le SNES-FSU, avoisinant dès lors la très grosse journée du 5 décembre 2019.

Dans le département de la Haute Garonne, les syndicats annoncent « 75% de grévistes dans le premier degré et 300 écoles fermées » et plus de 60 % de grévistes dans le secondaire. Les personnels de l’éducation étaient nombreux à défiler dans les rues toulousaines, et, à la suite de la manifestation, une Assemblée Générale de l’éducation inter-établissements s’est tenue à la Bourse du Travail.

170 grévistes : enseignants, AESH ou encore AED, syndiqués et non-syndiqués. L’AG de Toulouse est l’une des plus nombreuses au niveau national. Des lycéens étaient également présents pour suivre la dynamique, très prometteuse en cette première journée de mobilisation. Plusieurs interventions ont marqué l’enthousiasme soulevé par le caractère massif de la journée, mais aussi le plaisir de se retrouver nombreuses et nombreux en AG. Implantée dans la paysage militant toulousain, l’AG éducation avait en effet joué un rôle progressiste dans la construction des mobilisations de 2018 et de 2019, contre la réforme du bac, puis contre le premier projet Macron de réforme des retraites

Une AG qui pose la nécessité de s’organiser pour penser les suites de la mobilisation

Les premières interventions ont directement pointé la nécessité de s’organiser pour penser les suites de la mobilisation, jusqu’au retrait de la réforme. Une enseignante affirmait en ce sens : « On le sait tous très bien, une ou quelques journées isolées, aussi massives soient-elles, ne suffiront pas pour faire retirer la réforme […] il faut poser la question de la montée crescendo pour construire la reconductible. Avec des AG de grévistes, décisionnaires, des caisses de grève, des interpros pour bâtir des liens avec les autres secteurs ».

Une position faisant consensus au sein de l’AG. Plusieurs grévistes ont insisté sur la centralité d’un mouvement de « grève générale » ou d’une reconductible large, qui s’étende à l’ensemble des secteurs, seule solution pour obtenir une victoire. Il a dès lors été discuté de retrouver les réflexes du mouvement de 2019, en réactivant les outils dont s’était dotée l’AG : la commission « caisse de grève » - outil central pour tenir dans la durée, d’autant plus pour les travailleurs et travailleuses les plus précaires comme les AESH, AED, ou encore ATSEM – et des commissions « actions », « tournées d’établissements » ou encore « interpro » pour construire le mouvement avec les autres secteurs.

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La question de l’interprofessionnelle et de la jonction avec les autres secteurs

En 2019, déjà, le secteur de l’éducation avait localement été très actif dans la construction d’une interprofessionnelle et d’actions unitaires. En plus de proposer d’aller vers les autres secteurs en lutte, différentes interventions ont abordé l’importance de porter des « revendications ambitieuses », qui donnent envie de se battre et qui permettent d’agréger les secteurs les plus précaires. Parmi ces revendications ont été évoquées la retraite à 60 ans et 55 ans pour les métiers pénibles, la question de la hausse des salaires et des pensions de retraites, à l’heure où l’inflation frappe de plein fouet.

C’est le sens de l’intervention de Julian, enseignant en lycée et militant à Révolution Permanente : « On se bat contre la réforme des retraites, mais il ne faut pas oublier les revendications qui ont été celles de tous les secteurs depuis un moment, à savoir revenir à la retraite à 60 ans, 55 ans pour les métiers pénibles, mais également l’indexation des salaires sur l’inflation. Ce matin j’étais sur un piquet de grève à Tisséo par exemple, eux sont mobilisés contre la réforme des retraites, mais leur préoccupation principale c’est comment on remplit le frigo à la fin du mois. »

La nécessité d’un calendrier offensif pour construire la reconductible

La question centrale a été celle du plan de bataille et de la nécessité d’imposer un calendrier offensif, qui permette d’aller vers une grève reconductible. En ce sens, le calendrier annoncé par les raffineurs de la CGT pétrochimie, proposant une stratégie crescendo (24h de grève le 19 janvier, 48h le 26 janvier, et 72h de grève à partir du 6 février pour ouvrir sur la reconductible) a été revendiqué dans plusieurs prises de paroles.

Ce calendrier, qui a été proposé par la CGT pétrochimie quelques jours avant la mobilisation du 19, a été défendu du fait de son caractère offensif et de la possibilité qu’il ouvre pour construire la grève reconductible, en proposant des perspectives claires pour la poursuite de la grève, sa massification et son extension.

L’AG a dès lors voté le fait de rejoindre le plan des raffineurs et d’appeler l’intersyndicale à suivre ce plan crescendo. Une position qui exprime la détermination des grévistes à frapper dur et fort, et la conscience que les journées isolées imposées par l’inter-syndicale ne suffiront pas. Cet état d’esprit semble être présent plus largement dans le secteur de l’éducation, à l’heure où d’autres intersyndicales locales ou assemblées générales embryonnaires ont évoqué l’enjeu de la reconduction et de rejoindre le calendrier des raffineurs.

Après les annonces de l’intersyndicale, organiser des AG pour se saisir du 31 janvier et frapper plus fort

Alors que l’intersyndicale s’est finalement prononcée pour une nouvelle journée de grève le 31 janvier, imposant une date lointaine et isolée, les syndicats Sud Education et CGT Educ’action ont tous deux appelés à la grève reconductible à partir de cette date. Deux appels qui peuvent représenter des points d’appuis dans la logique de construire la grève reconductible en s’appuyant sur les autres secteurs, mais qui ne suffiront pas à eux seuls.

Pour construire une grève reconductible effective et massive, le développement de l’auto-organisation par le biais d’assemblées générales sera en effet déterminant. Les AG sont en effet essentielles pour construire et massifier la mobilisation : aller chercher les collègues et les secteurs qui n’ont pas encore sauté le pas, organiser des actions et tournées pour convaincre largement de partir sur une grève plus dure et reconductible, construire collectivement ce calendrier, discuter des modalités d’actions et d’organisation de la grève, etc.

Cette semaine, des heures d’information syndicales et des réunions de secteurs sont prévues dans les établissements mobilisés, notamment a Berthelot et Bagatelle. Ce sont des points d’appui pour organiser des AG a l’échelle des établissements en lien avec l’AG éducation inter-bahuts, tout en allant vers la construction d’une AG interprofessionnelle afin d’inciter les autres secteurs à se saisir, eux-aussi, de la date du 31 janvier pour frapper plus fort.



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